Art Tatum(1909 — 1956)

Art Tatum

États-Unis

6 min de lecture

MusiqueCompositeur/triceXXe sièclePremière moitié du XXe siècle, à l'âge d'or du jazz aux États-Unis, entre l'ère du swing et l'émergence du bebop

Arthur « Art » Tatum (1909-1956) est un pianiste américain de jazz, considéré comme l'un des plus grands virtuoses de l'histoire du piano. Quasi aveugle de naissance, il révolutionna la technique pianistique par sa vélocité, ses harmonies audacieuses et ses réharmonisations.

Questions fréquentes

Art Tatum (1909-1956) est un pianiste de jazz américain quasi aveugle de naissance, dont la virtuosité a stupéfié ses contemporains. Ce qui le distingue des autres pianistes, c'est sa capacité à transformer des mélodies simples en constructions harmoniques d'une complexité inouïe, comme s'il jouait à quatre mains. Il faut imaginer que, pour apprendre, il imitait des rouleaux de piano mécanique conçus pour deux pianistes, ce qui forgea sa sonorité d'une densité et d'une vélocité uniques. Moins un interprète qu'un réinventeur, il a élevé le standard jazz au rang d'art majeur.

Faits marquants

  • Né le 13 octobre 1909 à Toledo (Ohio), atteint d'une grave déficience visuelle dès l'enfance
  • Premiers enregistrements solo en 1933, dont une version éblouissante de « Tiger Rag »
  • Forme en 1943 un trio influent avec le guitariste Tiny Grimes et le contrebassiste Slam Stewart
  • Enregistre dans les années 1950 une série monumentale de sessions solo et en groupe pour le producteur Norman Granz
  • Meurt le 5 novembre 1956 à Los Angeles, laissant un héritage technique inégalé

Œuvres & réalisations

Tiger Rag (1933)

Pièce d'anthologie de ses premiers enregistrements solo, démonstration éblouissante de vélocité qui sidéra les pianistes de son temps.

Tea for Two (1933)

Réharmonisation virtuose d'une chanson populaire, devenue l'emblème de son art de transformer les « standards ».

Yesterdays (années 1930-1950)

Ballade de Jerome Kern qu'il interpréta à de multiples reprises, sommet de son lyrisme et de ses harmonies raffinées.

Enregistrements du Art Tatum Trio (1943-1944)

Avec Tiny Grimes à la guitare et Slam Stewart à la contrebasse, un format de petit ensemble qui influença durablement le jazz de chambre.

The Tatum Solo Masterpieces (1953-1955)

Plus d'une centaine de morceaux gravés en solo pour Norman Granz, somme monumentale considérée comme le couronnement de son œuvre.

The Tatum Group Masterpieces (1954-1956)

Série de rencontres en petit comité avec des géants comme Ben Webster, Benny Carter ou Lionel Hampton, parmi ses derniers enregistrements.

Anecdotes

Un soir, alors que le pianiste-star Fats Waller jouait dans un club new-yorkais, Art Tatum entra dans la salle. Waller s'arrêta et annonça au public : « Moi, je joue juste du piano, mais ce soir, Dieu en personne est dans la maison. » La formule devint légendaire, au point qu'une compilation de ses enregistrements live fut plus tard intitulée God Is in the House.

Presque aveugle de naissance, le jeune Art apprit en grande partie en écoutant des rouleaux de piano mécanique. Certains de ces rouleaux avaient été enregistrés par deux pianistes jouant ensemble : Tatum, croyant qu'il s'agissait d'un seul musicien, s'efforça de reproduire toutes les notes à lui seul, ce qui forgea sa sonorité d'une densité et d'une vélocité stupéfiantes.

Les plus grands virtuoses du piano classique venaient l'écouter avec stupéfaction. Vladimir Horowitz, Sergueï Rachmaninov ou encore le compositeur George Gershwin assistèrent à ses concerts, et beaucoup affirmèrent n'avoir jamais entendu une technique pianistique aussi prodigieuse, classique ou jazz confondus.

Atteint de cataractes dès la naissance, Tatum ne voyait presque rien : il distinguait un peu les formes d'un seul œil après plusieurs opérations. Il pouvait déchiffrer des partitions très agrandies en les collant contre son visage, mais il se reposait surtout sur son oreille absolue et sa mémoire phénoménale.

Dans les clubs after-hours de Harlem, les pianistes se livraient à des « cutting contests », de véritables duels musicaux pour désigner le meilleur. Tatum y régnait sans partage : même des maîtres comme James P. Johnson ou Fats Waller préféraient s'effacer. Il donnait souvent le meilleur de lui-même tard dans la nuit, une fois les concerts payants terminés.

Sources primaires

Présentation d'Art Tatum attribuée à Fats Waller (club new-yorkais) (années 1930)
I just play the piano, but tonight God is in the house. (Moi, je joue juste du piano, mais ce soir Dieu est dans la maison.)
Billing radiophonique de la station WSPD, Toledo (vers 1929-1930)
Arthur Tatum, Toledo's Blind Pianist — annonce sous laquelle le jeune Tatum animait sa propre émission de piano sur la radio locale de Toledo.
Premiers enregistrements solo pour Brunswick Records (21 mars 1933)
Séance fondatrice où Tatum grave en solo « Tea for Two », « Tiger Rag », « St. Louis Blues » et « Sophisticated Lady », révélant au public sa virtuosité et ses réharmonisations.
The Genius of Art Tatum / The Tatum Solo Masterpieces (production Norman Granz) (1953-1956)
Marathons d'enregistrement organisés par le producteur Norman Granz : Tatum y grave plus d'une centaine de morceaux en solo, somme monumentale de son art et testament discographique.

Lieux clés

Toledo, Ohio

Ville natale de Tatum, où il étudia la musique et anima une émission de piano à la radio WSPD avant de partir pour New York.

Harlem, New York

Cœur du jazz où Tatum s'imposa dans les clubs et les after-hours, dominant les fameux duels de pianistes (« cutting contests »).

Londres, Angleterre

Étape de sa tournée britannique de 1938, qui témoigna de sa réputation internationale auprès des amateurs de jazz européens.

Chicago, Illinois

L'une des grandes scènes de jazz où Tatum se produisit régulièrement dans les clubs durant les années 1930 et 1940.

Los Angeles, Californie

Ville où il enregistra ses monumentales sessions pour Norman Granz et où il mourut en 1956.

Voir aussi