Bettino Craxi(1934 — 2000)

Bettino Craxi

Italie, royaume d'Italie

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PolitiqueXXe siècleItalie de la seconde moitié du XXe siècle, des années de plomb à la crise du système politique de la Première République dans les années 1990

Homme d'État italien, secrétaire du Parti socialiste italien (PSI) puis président du Conseil de 1983 à 1987. Figure majeure de la vie politique italienne, sa carrière s'est achevée dans le scandale de corruption « Mani pulite ».

Questions fréquentes

Bettino Craxi (1934-2000) fut le premier socialiste à diriger le gouvernement italien, en tant que président du Conseil de 1983 à 1987. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il incarne à la fois l'apogée et la chute de la Première République : modernisateur du Parti socialiste italien (PSI), il en fait un acteur central des coalitions, mais son nom reste associé au scandale de corruption Mani pulite qui emportera tout le système politique au début des années 1990. Craxi est donc une figure ambivalente, symbole de l'ambition réformatrice et des dérives du financement des partis.

Faits marquants

  • Devient secrétaire national du Parti socialiste italien (PSI) en 1976
  • Premier socialiste à devenir président du Conseil italien, de 1983 à 1987
  • Gère la crise de Sigonella avec les États-Unis en 1985 (détournement de l'Achille Lauro)
  • Mis en cause dans le scandale de corruption Tangentopoli révélé par l'enquête Mani pulite à partir de 1992
  • S'exile à Hammamet en Tunisie pour échapper à ses condamnations et y meurt en 2000

Œuvres & réalisations

Direction du Parti socialiste italien (1976-1993)

Craxi modernise et réoriente le PSI, en faisant un acteur central des coalitions de gouvernement et le démarquant nettement du Parti communiste.

Présidence du Conseil des ministres (1983-1987)

Premier socialiste à diriger l'Italie, il mène le plus long gouvernement de la République jusqu'alors, dans une période de croissance économique.

Révision du Concordat avec le Vatican (1984)

Réforme historique mettant fin au statut de religion d'État du catholicisme et redéfinissant les rapports entre l'Italie et l'Église.

Gestion de la crise de l'Achille Lauro (1985)

Affirmation diplomatique de l'indépendance italienne face aux États-Unis lors du face-à-face de Sigonella.

Lutte contre l'inflation (échelle mobile des salaires) (1984-1985)

Son gouvernement réduit l'indexation automatique des salaires (« scala mobile ») pour combattre l'inflation, mesure confirmée par référendum en 1985.

Discours d'autodéfense devant la Chambre (1992)

Intervention restée célèbre où il dénonce le caractère généralisé du financement illégal des partis, défiant la classe politique tout entière.

Anecdotes

En 1985, lors de la crise de l'Achille Lauro, Craxi tient tête aux États-Unis : un paquebot italien est détourné par des militants palestiniens et un passager américain est tué. Quand des avions de chasse américains forcent l'avion des pirates à atterrir sur la base italienne de Sigonella, Craxi refuse de les livrer aux États-Unis, déclenchant un face-à-face tendu entre carabiniers italiens et soldats américains sur le tarmac.

Craxi voulait que le Parti socialiste se démarque des communistes : il fit remplacer le traditionnel symbole de la faucille et du marteau par un œillet rouge, fleur associée à la social-démocratie européenne. Ce changement d'emblème symbolisait sa volonté de moderniser et de « décommuniser » la gauche italienne.

Surnommé « il Cinghialone » (le gros sanglier) par ses adversaires, Craxi était réputé pour son caractère autoritaire et sa stature imposante. En 1993, après le scandale Mani pulite, des manifestants lancèrent des pièces de monnaie devant son hôtel romain à Rome, l'hôtel Raphaël, en criant « Bettino, tu veux ça aussi ? » pour dénoncer la corruption.

Plutôt que d'affronter ses procès en Italie, Craxi s'exila en 1994 dans sa villa de Hammamet, en Tunisie, où il vécut ses dernières années. Condamné par contumace, il refusa toujours de rentrer, se présentant comme une victime politique, et y mourut en 2000 sans avoir purgé ses peines.

En 1984, Craxi négocia avec le Vatican une révision du Concordat de 1929 : l'accord mit fin au statut de religion d'État du catholicisme en Italie, une réforme majeure portée par ce chef de gouvernement socialiste et laïque.

Sources primaires

Discours de Bettino Craxi à la Chambre des députés (autodéfense) (3 juillet 1992)
Que se lève celui qui, dans cette assemblée, n'a jamais perçu de financement irrégulier ou illégal pour son parti. Une grande partie du financement politique est irrégulière ou illégale.
Accord de révision du Concordat (Villa Madama) entre l'État italien et le Saint-Siège (18 février 1984)
Le principe de la religion catholique comme seule religion de l'État italien, à l'origine rappelé par les Pactes du Latran, est considéré comme n'étant plus en vigueur.
Lettre ouverte de Hammamet (déclarations d'exil de Craxi) (1990s)
Je ne suis pas un fugitif, je suis un exilé. On a voulu faire de moi le bouc émissaire d'un système que tous connaissaient et que beaucoup ont pratiqué.

Lieux clés

Milan

Ville natale de Craxi et berceau de son ascension politique. C'est aussi là que démarra l'enquête Mani pulite qui causa sa chute.

Palazzo Chigi, Rome

Siège de la présidence du Conseil italien, où Craxi gouverna de 1983 à 1987. Centre du pouvoir exécutif de la République.

Hôtel Raphaël, Rome

Résidence romaine de Craxi où eut lieu, en 1993, la scène des pièces de monnaie lancées par les manifestants. Symbole de sa disgrâce publique.

Base aéronavale de Sigonella, Sicile

Lieu du bras de fer de 1985 entre carabiniers italiens et soldats américains lors de la crise de l'Achille Lauro. Affirmation de la souveraineté italienne.

Hammamet, Tunisie

Station balnéaire tunisienne où Craxi vécut en exil de 1994 à 2000. Il y mourut sans être rentré affronter la justice italienne.

Voir aussi