Camille Claudel(1864 — 1943)

Camille Claudel

France

7 min de lecture

Arts visuelsArtisteXIXe siècleFin du XIXe siècle - Première moitié du XXe siècle

Sculptrice et peintre française (1864-1943), elle est l'une des grandes artistes de la fin du XIXe siècle. Élève et collaboratrice d'Auguste Rodin, elle développe son propre langage artistique avant d'être progressivement oubliée et internée à partir de 1913.

Questions fréquentes

Camille Claudel (1864-1943) est une sculptrice française dont le talent exceptionnel a émergé à une époque où les femmes étaient rarement admises dans les ateliers d'art. Ce qui la rend singulière, c'est moins sa relation avec Rodin que sa capacité à développer un langage artistique personnel, mêlant sensualité et drame psychologique. Contrairement à beaucoup de ses contemporaines, elle a réussi à exposer au Salon et à obtenir des commandes d'État. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle incarne à la fois la lutte des femmes artistes du XIXe siècle et le génie méconnu, son œuvre étant redécouverte avec force depuis les années 1980.

Faits marquants

  • 1882 : Entre à l'académie Colarossi à Paris, l'un des rares établissements acceptant les femmes artistes
  • 1884-1892 : Collaboration intensive avec Auguste Rodin qui reconnaît son talent et l'influence profondément
  • 1895 : Expose au Salon de Paris ses œuvres majeures comme 'L'Âge mûr' et 'Clotho'
  • 1913 : Internée à l'asile de Montdevergues à cause de troubles mentaux, reste en institution jusqu'à sa mort
  • 1951 : Rétrospective posthume qui redécouvre son œuvre et son importance artistique majeure

Œuvres & réalisations

Sakountala (L'Abandon) (1888)

Groupe en plâtre puis en marbre représentant un couple enlacé, inspiré d'une légende indienne. Cette œuvre lui valut une mention honorable au Salon et affirma son talent de sculptrice indépendante.

La Valse (1893)

Sculpture représentant un couple enlacé dans un mouvement de danse tourbillonnant. Chef-d'œuvre de grâce et de mouvement, cette pièce fut jugée trop sensuelle par l'administration qui refusa la commande en marbre.

Les Causeuses (Les Bavardes) (1897)

Petit groupe en onyx et bronze représentant quatre femmes en conversation intime. Œuvre remarquable par son usage novateur de l'onyx et son traitement intimiste du sujet.

La Vague (1897)

Sculpture en onyx et bronze montrant trois petites baigneuses sous une vague immense. Cette œuvre témoigne de l'influence de l'art japonais et de la capacité de Camille à créer un univers poétique personnel.

L'Âge mûr (1899)

Groupe sculptural autobiographique montrant un homme tiraillé entre une jeune femme suppliante et une vieille femme qui l'entraîne. Œuvre puissante évoquant sa rupture avec Rodin.

Persée et la Gorgone (1902)

Sculpture en marbre représentant le héros mythologique brandissant la tête de Méduse. L'une de ses dernières grandes œuvres, montrant sa maîtrise technique du marbre.

Anecdotes

Dès l'âge de 12 ans, Camille Claudel modelait la terre glaise avec une habileté qui impressionnait son entourage. Elle convainquit son père de l'inscrire à l'Académie Colarossi à Paris, l'une des rares écoles d'art acceptant les femmes, à une époque où l'École des Beaux-Arts leur était encore fermée.

Lorsque le sculpteur Alfred Boucher, qui donnait des cours à Camille et ses camarades, dut partir pour Rome, il demanda à Auguste Rodin de le remplacer. Cette rencontre, vers 1884, allait bouleverser la vie artistique et personnelle de Camille Claudel, qui devint à la fois élève, collaboratrice et modèle de Rodin.

Pour sa sculpture « Sakountala » (aussi appelée « L'Abandon »), Camille Claudel reçut une mention honorable au Salon de 1888. Cette œuvre, représentant un couple enlacé, fut saluée par la critique comme une pièce d'une sensibilité remarquable, affirmant son talent propre, distinct de celui de Rodin.

Camille Claudel réalisa « La Vague », une sculpture audacieuse en onyx et bronze représentant trois petites baigneuses sous une immense vague. Cette œuvre témoigne de l'influence de l'art japonais, notamment des estampes d'Hokusai, sur son travail, ce qui était très novateur pour l'époque.

Après son internement à l'asile de Ville-Évrard en 1913, puis son transfert à Montdevergues près d'Avignon, Camille Claudel ne sculpta plus jamais. Elle y passa trente ans, jusqu'à sa mort en 1943, malgré les avis de médecins estimant que son internement n'était plus justifié.

Sources primaires

Lettre de Camille Claudel à Rodin, 1886 (1886)
Il y a toujours quelque chose d'absent qui me tourmente. Je travaille avec acharnement à mon buste, mais je n'arrive pas à le finir.
Lettre de Camille Claudel à son frère Paul Claudel (vers 1910)
Je vis dans un monde si curieux, si étrange. Du rêve que fut ma vie, ceci est le cauchemar.
Article d'Octave Mirbeau dans Le Journal (1895)
Une femme de génie, et cela dans un art où il semble que le génie soit réservé aux hommes seuls. Mademoiselle Claudel est un grand sculpteur.
Rapport médical de l'asile de Ville-Évrard (1913)
Madame Claudel ne présente pas de troubles délirants systématisés. Elle souffre principalement d'idées de persécution sans fondement mais son état ne nécessite pas nécessairement un internement prolongé.

Lieux clés

Atelier du 19 quai de Bourbon, Paris

Atelier et logement de Camille Claudel sur l'île Saint-Louis à partir de 1899. C'est là qu'elle travailla dans un isolement croissant et détruisit certaines de ses œuvres.

Atelier de Rodin, rue de l'Université, Paris

Lieu de travail où Camille collabora avec Rodin pendant près de dix ans, contribuant notamment aux « Bourgeois de Calais » et à la « Porte de l'Enfer ».

Asile de Montdevergues, Montfavet (Avignon)

Établissement psychiatrique où Camille fut internée de 1914 à sa mort en 1943. Elle y vécut trente années sans jamais reprendre la sculpture.

Musée Camille Claudel, Nogent-sur-Seine

Musée inauguré en 2017 dans la ville où Camille passa une partie de son enfance et commença à sculpter. Il abrite la plus grande collection mondiale de ses œuvres.

Fère-en-Tardenois, Aisne

Village natal de Camille Claudel, où elle grandit au contact de la nature et commença à modeler la glaise dès son plus jeune âge.

Voir aussi