Chrétien de Troyes(1135 — 1181)

Chrétien de Troyes

France

7 min de lecture

LettresÉcrivain(e)Poète(sse)Moyen ÂgeXIIe siècle (environ 1135-1181)

Écrivain et poète français du XIIe siècle, Chrétien de Troyes est le fondateur du roman courtois. Ses œuvres majeures comme Yvain ou le Chevalier au Lion et Lancelot ou le Chevalier de la Charrette ont établi les codes de la littérature arthurienne médiévale.

Questions fréquentes

Chrétien de Troyes est un clerc lettré du XIIe siècle qui a vécu à la cour de Marie de Champagne. Ce qui le rend décisif dans l'histoire littéraire, c'est qu'il a inventé le genre du roman en langue française, en vers octosyllabiques, puisant dans la matière de Bretagne (légendes arthuriennes). Avant lui, les récits étaient surtout des chansons de geste ou des adaptations latines. Là où ses prédécesseurs racontaient des exploits guerriers, Chrétien met au centre l'amour courtois, la psychologie des personnages et la quête de sens. Son premier roman, Érec et Énide (vers 1170), pose les bases : un chevalier doit concilier prouesse et amour conjugal. Ce qu'il faut retenir, c'est que Chrétien invente moins une forme qu'une manière de raconter l'aventure intérieure.

Faits marquants

  • Actif en tant qu'écrivain entre 1170 et 1180 environ
  • Composition d'Érec et Énide (vers 1170), première grande œuvre du roman courtois français
  • Création d'Yvain ou le Chevalier au Lion (vers 1177-1181), explorant le conflit entre amour et devoir chevaleresque
  • Rédaction de Lancelot ou le Chevalier de la Charrette (vers 1177-1181), chef-d'œuvre du roman courtois
  • Travail à la cour de Champagne, protégé par la comtesse Marie de Champagne

Œuvres & réalisations

Érec et Énide (vers 1170)

Premier roman arthurien en langue française, il raconte comment le chevalier Érec doit concilier amour conjugal et prouesse chevaleresque. Cette œuvre fonde le genre du roman courtois.

Cligès (vers 1176)

Roman mêlant influences antiques et arthuriennes, il narre l'amour de Cligès et Fénice. Chrétien y revendique le transfert du savoir de la Grèce et de Rome vers la France.

Lancelot ou le Chevalier de la Charrette (vers 1177-1181)

Commandé par Marie de Champagne, ce roman met en scène l'amour absolu de Lancelot pour la reine Guenièvre. Il établit le modèle de l'amant courtois prêt à tout sacrifier pour sa dame.

Yvain ou le Chevalier au Lion (vers 1177-1181)

Récit des aventures d'Yvain qui, accompagné d'un lion fidèle, doit reconquérir l'amour de sa dame Laudine après avoir manqué à sa parole. C'est l'un des romans les plus étudiés en classe de 5e.

Perceval ou le Conte du Graal (vers 1181)

Dernier roman de Chrétien, resté inachevé, il introduit le thème du Graal dans la littérature. Le parcours initiatique du jeune Perceval, de naïf gallois à chevalier, a inspiré des siècles de réécriture.

Guillaume d'Angleterre (vers 1170 (attribution discutée))

Roman hagiographique attribué à Chrétien, racontant les épreuves d'un roi séparé de sa famille. Son attribution reste débattue parmi les médiévistes.

Anecdotes

Le nom même de Chrétien de Troyes indique son lien avec la ville de Troyes, en Champagne. Il a vraisemblablement vécu et travaillé à la cour de Marie de Champagne, fille d'Aliénor d'Aquitaine, qui lui aurait commandé l'écriture de Lancelot ou le Chevalier de la Charrette.

Chrétien de Troyes a laissé son dernier roman, Perceval ou le Conte du Graal, inachevé. Cette œuvre introduit pour la première fois le thème du Graal dans la littérature occidentale, un motif qui fascinera des générations d'écrivains après lui et donnera lieu à de nombreuses continuations par d'autres auteurs.

Dans le prologue de Cligès, Chrétien affirme avoir traduit ou adapté plusieurs œuvres d'Ovide, dont Les Commandements d'Ovide et L'Art d'aimer. Ces travaux de jeunesse, aujourd'hui perdus pour la plupart, montrent sa formation lettrée et sa connaissance approfondie de la littérature latine.

Chrétien de Troyes aurait confié à un autre poète, Godefroi de Leigni, le soin de terminer Lancelot ou le Chevalier de la Charrette. Certains médiévistes pensent qu'il était en désaccord avec le sujet imposé par Marie de Champagne, celui de l'amour adultère entre Lancelot et la reine Guenièvre.

Sources primaires

Prologue d'Érec et Énide (vers 1170)
Chrétien de Troyes affirme tirer son récit d'un conte d'aventure qu'il entend mettre en bel arrangement, car il est juste que celui qui a science et capacité de bien dire ne se taise pas.
Prologue de Lancelot ou le Chevalier de la Charrette (vers 1177-1181)
Chrétien déclare que sa dame de Champagne lui a fourni la matière et le sens de ce roman, et que lui n'y met que sa peine et son application.
Prologue de Perceval ou le Conte du Graal (vers 1181)
Chrétien dédie son œuvre au comte Philippe de Flandre, qu'il compare favorablement à Alexandre le Grand, affirmant que la charité du comte dépasse celle de tous les grands de ce monde.
Prologue de Cligès (vers 1176)
Chrétien dresse la liste de ses œuvres antérieures, mentionnant Érec et Énide ainsi que des adaptations d'Ovide, et proclame que la chevalerie et le savoir, jadis en Grèce puis à Rome, sont désormais venus en France.

Lieux clés

Troyes, Champagne

Ville natale présumée de Chrétien et siège de la cour de Marie de Champagne, où il a composé la majeure partie de ses œuvres. C'était alors un centre culturel et commercial majeur grâce à ses célèbres foires.

Cour de Flandre

Chrétien a dédié son dernier roman, Perceval, au comte Philippe de Flandre, ce qui suggère qu'il a séjourné ou entretenu des liens étroits avec cette cour du nord.

Forêt de Brocéliande (Paimpont)

Forêt légendaire de Bretagne qui apparaît dans Yvain ou le Chevalier au Lion, notamment avec la fontaine merveilleuse de Barenton. Elle est au cœur de l'imaginaire arthurien mis en scène par Chrétien.

Cathédrale de Troyes

La cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, en construction durant la vie de Chrétien, témoigne du dynamisme religieux et artistique de Troyes au XIIe siècle.

Provins

Ville de foire de Champagne, à proximité de Troyes, où se croisaient marchands et lettrés. Ce carrefour culturel a contribué à la circulation des récits et légendes qui nourrissaient l'œuvre de Chrétien.

Voir aussi