Clara Schumann(1819 — 1896)

Clara Schumann

royaume de Saxe

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MusiqueCompositeur/triceMusicien(ne)XIXe sièclePianiste virtuose, compositrice majeure du romantisme

pianiste et compositrice allemande

Questions fréquentes

Clara Schumann (1819-1896) était une pianiste virtuose et compositrice allemande du XIXe siècle, considérée comme l'une des plus grandes artistes de son temps. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle incarne à elle seule trois rôles essentiels : interprète de génie, créatrice d'œuvres originales et gardienne de l'héritage de Robert Schumann. Elle a contribué à imposer la pratique du jeu de mémoire sur scène et a formé des générations de pianistes au Conservatoire Hoch de Francfort. Moins qu'une simple virtuose, elle fut une architecte de la vie musicale européenne.

Faits marquants

  • Enfant prodige, Clara Wieck donne son premier concert public à Leipzig à l'âge de 9 ans (1828) et est considérée comme l'une des plus grandes pianistes de son époque.
  • Elle épouse le compositeur Robert Schumann en 1840, après une longue bataille juridique contre son père qui s'opposait à cette union.
  • Compositrice prolifique, elle écrit son Concerto pour piano en la mineur (op. 7) à seulement 14 ans, une œuvre exceptionnelle pour son âge.
  • À la mort de Robert Schumann (1856), elle devient la principale interprète et promotrice de son œuvre, tout en élevant leurs sept enfants et en poursuivant sa carrière de concertiste.
  • Elle enseigne au Conservatoire de Francfort (Hoch'sches Konservatorium) de 1878 jusqu'à la fin de sa vie, formant une génération entière de pianistes européens.

Œuvres & réalisations

Concerto pour piano en la mineur, op. 7 (1835)

Composé alors que Clara n'avait que seize ans, ce concerto est une œuvre remarquable de maturité qui témoigne de son génie précoce. Il fut créé au Gewandhaus de Leipzig sous la direction de Felix Mendelssohn.

Trois Romances pour piano, op. 11 (1839)

Ces pièces lyriques et intimes révèlent le talent de compositrice de Clara, mêlant virtuosité et profondeur émotionnelle. Elles furent dédiées à Robert Schumann et témoignent de leur amour naissant.

Sonate pour piano et violon en ré mineur (1853)

Œuvre de grande envergure, cette sonate démontre la maîtrise de Clara des formes musicales classiques. Elle fut créée en privé et resta longtemps peu connue avant d'être redécouverte et enregistrée au XXe siècle.

Variations sur un thème de Robert Schumann, op. 20 (1853)

Composées en hommage à son mari, ces variations constituent un dialogue amoureux entre les deux compositeurs — Robert avait lui-même écrit des variations sur le même thème. C'est l'une des œuvres les plus personnelles et les plus touchantes de Clara.

Édition critique des œuvres complètes de Robert Schumann (1879-1893)

Après la mort de son mari, Clara consacra des décennies à établir l'édition de référence de ses partitions, publiée chez Breitkopf & Härtel. Ce travail musicologique colossal fit d'elle la première éditrice critique reconnue dans l'histoire de la musique classique.

Lieder pour voix et piano, op. 12 et 13 (1842)

Ces mélodies pour voix et piano, publiées sous le nom de Robert Schumann qui tenait à les signer conjointement, furent en réalité composées par Clara. Leur réattribution à Clara par les musicologues du XXe siècle fut un acte de justice historique.

Anecdotes

Clara Schumann donna son premier grand concert public à Leipzig à l'âge de neuf ans, en 1828, au Gewandhaus — l'une des salles de concert les plus prestigieuses d'Europe. Son père Friedrich Wieck l'avait formée avec une rigueur implacable depuis ses quatre ans, lui imposant des heures d'exercices quotidiens et un régime d'entraînement exceptionnel.

Robert Schumann, son futur mari, dut intenter un procès à Friedrich Wieck pour obtenir le droit de l'épouser en 1840. Le père de Clara s'opposait farouchement à cette union, allant jusqu'à formuler des accusations calomnieuses contre Robert devant le tribunal. Clara, âgée de vingt ans, choisit courageusement de soutenir Robert contre la volonté paternelle.

Après la mort de Robert Schumann en 1856, Clara refusa de se remarier et consacra le reste de sa vie à promouvoir l'œuvre de son mari. Elle édita ses partitions, organisa ses archives et joua ses compositions dans toute l'Europe pendant quarante ans, devenant ainsi la principale gardienne de son héritage musical.

Clara Schumann était une amie intime de Johannes Brahms, qui l'admirait profondément et lui dédia plusieurs de ses œuvres. Leur amitié, commencée en 1853 quand Brahms avait vingt ans et Clara trente-quatre, dura jusqu'à la mort de la pianiste en 1896 — Brahms mourut lui-même quelques mois plus tard, en 1897.

Pour financer ses huit enfants et subvenir aux besoins de sa famille lors des périodes de maladie de Robert, Clara enchaînait les tournées de concerts à travers toute l'Europe, jouant parfois plusieurs soirs de suite dans des villes différentes. Elle fut parmi les premières artistes à jouer de mémoire sur scène, sans partition posée sur le piano — une pratique alors révolutionnaire.

Sources primaires

Journal intime de Clara Schumann (1840-1896)
«Je ne puis vivre sans musique ; elle est pour moi l'air que je respire. Même dans les jours les plus sombres, le piano reste mon refuge et mon langage le plus vrai.»
Correspondance entre Clara et Robert Schumann (1832-1854)
«Tu es pour moi la pianiste la plus complète que j'aie jamais entendue, non seulement par la technique, mais par cette âme que tu mets dans chaque note. Je t'aime comme j'aime la musique elle-même.» — lettre de Robert à Clara, 1838.
Critique du Neue Zeitschrift für Musik sur un concert de Clara Wieck (1835)
«Mademoiselle Wieck a joué les variations de son père avec une assurance et une profondeur d'expression qui dépassent tout ce qu'on peut attendre d'une artiste de son âge. Elle est déjà, à seize ans, une pianiste accomplie.»
Lettre de Johannes Brahms à Clara Schumann (1854)
«Vous êtes pour moi la plus grande musicienne vivante, et votre jugement sur mes œuvres est celui que je respecte le plus au monde. Sans votre soutien, je n'aurais pas eu le courage de publier ma première sonate.»
Témoignage de Heinrich Ehrlich, critique musical berlinois (1870)
«Clara Schumann joue Bach avec une sévérité et une clarté qui font paraître tous les autres pianistes superficiels. Elle comprend que la musique est architecture avant d'être sentiment.»

Lieux clés

Gewandhaus de Leipzig

C'est dans cette salle de concert légendaire que Clara donna son premier grand concert public en 1828 à l'âge de neuf ans. Le Gewandhaus était le temple de la musique classique allemande, et y triompher signifiait entrer dans l'élite musicale européenne.

Maison natale de Clara Schumann, Leipzig

Clara naquit et grandit à Leipzig, ville de Bach et capitale musicale de l'Allemagne du XIXe siècle. Sa maison natale au Hohe Lilie est aujourd'hui un site mémoriel qui témoigne de l'effervescence musicale de cette époque.

Conservatoire Hoch de Francfort

Clara y enseigne de 1878 à 1892, formant une génération entière de pianistes européens selon ses principes rigoureux. Son enseignement y fut si influent que l'on parla d'une «école Clara Schumann» dont le rayonnement se fit sentir jusqu'au XXe siècle.

Asile d'Endenich, Bonn

C'est dans cet établissement psychiatrique que fut interné Robert Schumann de 1854 jusqu'à sa mort en 1856. Clara, que les médecins découragèrent de lui rendre visite pendant deux ans, ne put le voir qu'aux toutes dernières heures de sa vie.

Vienne, Autriche

Clara y triompha à l'âge de dix-neuf ans et y fut nommée pianiste de la Cour impériale en 1838, un titre que peu de musiciens étrangers, et encore moins de femmes, avaient jamais obtenu. Vienne représenta pour elle la consécration internationale.

Voir aussi