Clora Bryant(1927 — 2019)

Clora Bryant

États-Unis

6 min de lecture

MusiqueXXe siècleÂge d'or du jazz américain au XXe siècle : essor du bebop dans les années 1940-1950 et scène afro-américaine de Los Angeles, dans un contexte de ségrégation raciale et de place difficile faite aux femmes instrumentistes.

Clora Bryant (1927-2019) est une trompettiste de jazz américaine, l'une des très rares femmes à s'imposer comme soliste dans le bebop. Figure de la scène de Central Avenue à Los Angeles, elle a côtoyé les plus grands musiciens de son temps.

Questions fréquentes

Clora Bryant (1927-2019) est une trompettiste de jazz américaine, l'une des rares femmes à s'imposer comme soliste dans le bebop des années 1940-1950. Ce qui la rend singulière, c'est qu'elle a brisé deux barrières à la fois : celle du genre, dans un milieu d'hommes, et celle de la race, dans une Amérique encore ségréguée. Contrairement à beaucoup de musiciennes cantonnées au chant ou au piano, elle a choisi la trompette, un instrument exigeant, et a tenu tête aux plus grands lors des jam sessions de Central Avenue à Los Angeles. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle incarne la lutte pour la reconnaissance des femmes instrumentistes dans le jazz.

Faits marquants

  • Née le 30 mai 1927 à Denison (Texas), morte le 25 août 2019 à Los Angeles.
  • Devient dans les années 1940 l'une des seules trompettistes femmes du bebop, sur la scène de Central Avenue à Los Angeles.
  • Joue et se produit aux côtés de figures majeures comme Dizzy Gillespie, Charlie Parker et Billie Holiday.
  • Enregistre en 1957 son unique album comme leader, « Gal with a Horn ».
  • Invitée à se produire en Union soviétique en 1989.

Œuvres & réalisations

Membre des Prairie View Co-Eds (années 1940)

Orchestre de swing entièrement féminin avec lequel elle se produit pendant la guerre, jusqu'à l'Apollo Theater de Harlem.

Trompettiste sur la scène de Central Avenue (à partir de 1945)

Elle s'impose dans les clubs de Los Angeles aux côtés des grands noms du bebop, fait exceptionnel pour une femme instrumentiste.

« Gal with a Horn » (1957)

Son unique album en tant que leader, où elle joue de la trompette et chante : une rareté pour une femme à cette époque.

Concerts en URSS (1989)

Tournée en Union soviétique qu'elle a elle-même sollicitée, symbole d'ouverture culturelle pendant la Guerre froide.

Co-édition de « Central Avenue Sounds » (1998)

Elle contribue à cet ouvrage de référence sur l'histoire du jazz à Los Angeles, transmettant la mémoire de sa génération.

Anecdotes

Clora Bryant n'a jamais choisi la trompette : ce sont ses deux frères aînés, Fred et Mel, qui en jouaient. Quand ils sont partis à l'armée pendant la Seconde Guerre mondiale, l'un d'eux a laissé son instrument à la maison. Clora, adolescente, s'est mise à l'apprendre seule, encouragée par son père qui élevait seul ses enfants au Texas.

Étudiante au Prairie View College, elle rejoint les Prairie View Co-Eds, un orchestre de swing entièrement féminin. Pendant la guerre, ces musiciennes remplaçaient les hommes partis au front et se produisaient jusqu'au célèbre Apollo Theater de Harlem, à New York.

Sur Central Avenue à Los Angeles, le cœur de la vie jazz afro-américaine, Clora participait aux 'jam sessions' nocturnes et aux 'cutting contests', des joutes où les musiciens rivalisaient d'improvisations. Très rare femme trompettiste dans ce milieu d'hommes, elle tenait tête aux plus grands solistes.

Elle vénérait Dizzy Gillespie, l'un des inventeurs du bebop, qu'elle considérait comme son modèle et son mentor. Elle alla jusqu'à composer un morceau en son honneur, et leur amitié dura des décennies.

En 1989, elle écrivit elle-même aux autorités soviétiques pour demander à venir jouer en URSS. Invitée, elle devint l'une des premières musiciennes de jazz américaines à s'y produire, à l'époque de Mikhaïl Gorbatchev.

En 1996, une grave opération du cœur l'empêcha de rejouer de la trompette, qui demande un souffle puissant. Loin d'abandonner la musique, elle continua à chanter et à improviser en 'scat' avec sa voix jusqu'à un âge avancé.

Sources primaires

Central Avenue Sounds: Jazz in Los Angeles (témoignage oral de Clora Bryant), University of California Press (1998)
Sur Central Avenue, on pouvait passer d'un club à l'autre toute la nuit et entendre les meilleurs musiciens du monde. C'était notre université de la musique.
Album « Gal with a Horn », Mode Records (seul disque enregistré sous son nom) (1957)
Clora Bryant y joue de la trompette et chante, accompagnée d'un quartet, démontrant qu'une femme pouvait être à la fois soliste de bebop et chanteuse.
Documentaire « Trumpetistically, Clora Bryant » (réalisé par Zeinabu irene Davis) (1989)
Je voulais qu'on me juge comme musicienne, pas comme 'femme trompettiste'. Dizzy Gillespie a été mon mentor et mon idole.

Lieux clés

Denison, Texas

Ville du nord du Texas où Clora Bryant naît en 1927, dans le Sud américain alors ségrégué.

Prairie View College, Texas

Université historiquement noire où elle étudie et rejoint l'orchestre féminin des Prairie View Co-Eds.

Central Avenue, Los Angeles

Artère du jazz afro-américain de Los Angeles, foisonnante de clubs où Clora se forge une réputation de soliste.

Los Angeles, Californie

Ville où elle vécut l'essentiel de sa vie, mena sa carrière et s'éteignit en 2019.

Moscou, URSS

Capitale soviétique où elle se produisit en 1989, parmi les premières musiciennes de jazz américaines invitées dans le pays.

Voir aussi