Django Reinhardt(1910 — 1953)

Django Reinhardt

France

9 min de lecture

MusiqueMusicien(ne)Compositeur/triceXXe siècleDjango Reinhardt évolue dans l'entre-deux-guerres et l'après-guerre, période d'essor du jazz en Europe, marquée par les Années folles, l'Occupation nazie et la reconstruction culturelle.

Django Reinhardt (1910-1953) est un guitariste de jazz manouche franco-belge, considéré comme l'un des plus grands guitaristes de l'histoire. Malgré une main gauche gravement brûlée, il développa une technique révolutionnaire et cofonda le Quintette du Hot Club de France avec Stéphane Grappelli.

Questions fréquentes

Django Reinhardt était un guitariste de jazz manouche franco-belge né en 1910 et mort en 1953. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a inventé un style de jazz unique, le jazz manouche, en fusionnant le swing américain avec la musique tzigane européenne. Malgré une main gauche gravement brûlée dans l'incendie de sa roulotte en 1928, il a réinventé sa technique en n'utilisant que deux doigts, devenant l'un des plus grands guitaristes de l'histoire. Son importance historique tient au fait qu'il a créé le premier grand groupe de jazz européen, le Quintette du Hot Club de France, et a influencé des générations de musiciens.

Citations célèbres

« La musique est une chose trop sérieuse pour ne pas en rire. »

Faits marquants

  • Né en 1910 à Liberchies (Belgique) dans une famille tsigane manouche, il grandit en France
  • En 1928, un incendie de sa roulotte lui brûle gravement la main gauche, ne lui laissant que deux doigts valides
  • En 1934, il cofonde avec le violoniste Stéphane Grappelli le Quintette du Hot Club de France, premier grand groupe de jazz européen
  • Compositeur de 'Minor Swing' (1937) et 'Nuages' (1940), pièces maîtresses du répertoire jazz mondial
  • Il meurt d'une hémorragie cérébrale en 1953 à Fontainebleau, laissant une œuvre fondatrice du jazz manouche

Œuvres & réalisations

Minor Swing (1937)

Composition en mineur devenue le standard absolu du jazz manouche, enregistrée avec le Quintette du Hot Club de France. Sa structure harmonique brillante et ses improvisations vertigineuses en font l'une des pièces les plus reprises de l'histoire du jazz.

Nuages (1940)

Ballade mélancolique composée pendant l'Occupation, elle devint l'hymne de la résistance culturelle parisienne et le morceau le plus célèbre de Django. Sa mélodie poignante fut diffusée clandestinement sur Radio Londres et symbolisa l'espoir en des temps sombres.

Djangology (1935)

Composition virtuose mettant en valeur le dialogue entre la guitare de Django et le violon de Grappelli. Ce titre donna naissance au terme 'djangologie', utilisé pour désigner l'ensemble du répertoire et de la technique inventée par Django.

Belleville (1936)

Hommage en musique au quartier populaire parisien de Belleville, mêlant influences manouches et swing américain. Ce titre illustre parfaitement la synthèse unique opérée par Django entre la musique tzigane européenne et le jazz américain.

Manoir de mes rêves (Django's Tiger) (1943)

Composition d'une grande richesse harmonique, enregistrée pendant la guerre, qui témoigne de la maturité artistique de Django à son apogée. Le titre américain 'Django's Tiger' fut adopté lors de la diffusion internationale après-guerre.

Mélodie au crépuscule (1952)

L'une des dernières compositions de Django, d'une grande sérénité, enregistrée à Samois peu avant sa mort. Elle illustre son évolution vers un style plus introspectif et la maîtrise totale de la guitare électrique en fin de carrière.

Anecdotes

En novembre 1928, Django Reinhardt échappe de justesse à la mort dans l'incendie de sa roulotte. Ses deux derniers doigts de la main gauche sont gravement brûlés et partiellement paralysés. Les médecins lui annoncent qu'il ne pourra plus jamais jouer de la guitare, mais Django réinvente entièrement sa technique en n'utilisant que deux doigts valides pour les accords complexes.

En 1946, Django Reinhardt est invité par Duke Ellington à tourner aux États-Unis, le pays du jazz. Mais le voyage tourne au désastre organisationnel : Django arrive sans guitare, sans partitions, avec des heures de retard aux répétitions. Pourtant, dès qu'il commence à jouer, le public américain est subjugué par ce génie européen venu des roulottes manouches.

Django Reinhardt était passionné de billard et de pêche à la ligne, au point de disparaître pendant des heures avant un concert pour jouer au billard. Ses partenaires musiciens, notamment Stéphane Grappelli, désespéraient de le trouver et devaient parfois commencer les concerts sans lui, avant qu'il n'arrive en retard, sourit aux lèvres, et illumine immédiatement la scène.

Pendant l'Occupation allemande, Django Reinhardt, en tant que Manouche, aurait dû fuir ou se cacher. Pourtant, il joua pendant toute la guerre à Paris, devenant étrangement populaire auprès des officiers nazis qui adoraient son jazz, malgré la politique officielle du régime contre cette musique jugée 'dégénérée'. Il tenta néanmoins de fuir en Suisse en 1943, sans succès.

Django composait sans savoir lire ni écrire la musique. Il mémorisait tout à l'oreille et improvisait constamment. Lorsque des musicologues ou des éditeurs voulaient noter ses compositions, ils devaient le suivre avec du papier à musique et transcrire en direct, car Django était incapable de leur dicter une partition écrite.

Sources primaires

Enregistrements du Quintette du Hot Club de France (Ultraphone/HMV) (1934-1939)
Les disques 78 tours enregistrés entre 1934 et 1939 constituent le témoignage sonore direct du génie de Django. Des titres comme 'Minor Swing' ou 'Djangology' sont captés dans des studios parisiens et diffusés dans toute l'Europe.
Interview de Django Reinhardt par Charles Delaunay, Jazz Hot (1938)
Django y évoque ses origines manouches, son apprentissage autodidacte et sa vision du jazz : 'Le jazz, c'est comme une conversation, il faut écouter l'autre avant de répondre.'
Témoignage de Stéphane Grappelli, recueilli dans 'Django Reinhardt' de Charles Delaunay (1954)
Grappelli décrit leur première rencontre au bal Blomet à Paris et la naissance spontanée du Quintette : 'Nous avons commencé à jouer ensemble et c'était comme si nous nous connaissions depuis toujours. Django entendait tout, retenait tout, inventait tout.'
Contrat d'enregistrement avec Decca Records (USA) (1946)
Document attestant la tournée américaine de Django aux côtés de Duke Ellington, témoignage de la reconnaissance internationale du musicien européen sur la scène jazz mondiale.
Enregistrements électriques de la période post-guerre (Swing/Vogue) (1947-1953)
Les enregistrements de 1947-1953 montrent Django adoptant la guitare électrique et évoluant vers le bebop, prouvant sa capacité constante à se renouveler jusqu'à sa mort.

Lieux clés

Zone des fortifications de Paris (Porte de Choisy)

Bidonville à la périphérie de Paris où vivaient de nombreuses familles manouches, dont celle de Django. C'est là qu'il grandit, apprit la guitare dans les bals musette et forgea son identité musicale dans la misère et la créativité.

Bal Blomet, Paris 15e

Célèbre dancing parisien où Django et Stéphane Grappelli se rencontrèrent et jouèrent ensemble pour la première fois, donnant naissance à leur partenariat légendaire et au futur Quintette du Hot Club de France.

Salle Pleyel, Paris

Prestigieuse salle de concert parisienne où Django et le Quintette du Hot Club de France donnèrent certains de leurs concerts les plus mémorables, consolidant la réputation du jazz manouche auprès du grand public parisien.

Samois-sur-Seine, Seine-et-Marne

Village au bord de la Seine où Django passa les dernières années de sa vie à pêcher et composer. Depuis 1983, un festival annuel de jazz manouche y est organisé en son honneur, attirant des milliers de passionnés du monde entier.

Liberchies, Belgique

Village de Wallonie où naquit Jean Reinhardt le 23 janvier 1910, dans une famille de Sinti itinérants. Sa naissance dans un campement de roulottes symbolise le destin nomade et libre qui marquera toute sa vie.

Voir aussi