Dmitri Chostakovitch(1906 — 1975)

Dmitri Chostakovitch

Union soviétique, Empire russe

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MusiqueCompositeur/triceXXe sièclePériode soviétique du XXe siècle, de la révolution russe à la guerre froide, marquée par le réalisme socialiste et la censure stalinienne des arts.

Compositeur russe soviétique, l'un des plus grands symphonistes du XXe siècle. Son œuvre, marquée par une relation conflictuelle avec le régime stalinien, oscille entre conformisme apparent et expression tragique de la condition humaine.

Questions fréquentes

Dmitri Chostakovitch (1906-1975) est l'un des plus grands compositeurs du XXe siècle, mais ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a vécu et créé sous le régime soviétique, ce qui a profondément marqué son œuvre. Il a écrit 15 symphonies et 15 quatuors à cordes, mêlant une écriture virtuose à une expression souvent tragique. Ce qui le rend singulier, c'est sa capacité à faire passer un message personnel sous le couvert du conformisme imposé par le réalisme socialiste. Son importance dépasse la musique : il incarne la relation complexe entre l'artiste et le pouvoir totalitaire.

Faits marquants

  • Naît en 1906 à Saint-Pétersbourg et meurt en 1975 à Moscou
  • En 1936, la Pravda condamne son opéra « Lady Macbeth de Mtsensk » dans l'article « Le chaos remplace la musique »
  • Crée sa Symphonie n°5 (1937) présentée comme la « réponse d'un artiste soviétique à une juste critique »
  • Compose la Symphonie n°7 « Léningrad » (1941) pendant le siège de la ville par les nazis, devenue symbole de la résistance
  • Est de nouveau condamné lors de la doctrine Jdanov en 1948 pour « formalisme »

Œuvres & réalisations

Symphonie n°1 (1926)

Œuvre de fin d'études composée à 19 ans qui lui apporta une renommée internationale immédiate.

Lady Macbeth de Mzensk (opéra) (1934)

Opéra audacieux d'abord triomphal, puis condamné par la Pravda en 1936, déclenchant sa première disgrâce.

Symphonie n°5 (1937)

Présentée comme sa réhabilitation après la disgrâce ; chef-d'œuvre à la grandeur ambiguë, entre triomphe imposé et tragédie cachée.

Symphonie n°7 « Leningrad » (1941)

Composée pendant le siège de la ville, elle devint un symbole mondial de la résistance contre le nazisme.

Symphonie n°10 (1953)

Écrite après la mort de Staline ; elle introduit son motif personnel DSCH comme affirmation de soi.

Quatuor à cordes n°8 (1960)

Œuvre intime et bouleversante, saturée du motif DSCH, considérée comme un autoportrait et un requiem personnel.

Symphonie n°13 « Babi Yar » (1962)

Sur des poèmes d'Evtouchenko, elle dénonce courageusement l'antisémitisme et les crimes du passé.

Anecdotes

En 1936, le journal officiel du Parti, la Pravda, publia un article anonyme intitulé « Le chaos remplace la musique » qui démolissait son opéra Lady Macbeth de Mzensk. On pense que Staline lui-même, choqué pendant une représentation, en était à l'origine. Du jour au lendemain, Chostakovitch passa de gloire nationale à artiste suspect, menacé d'arrestation.

Terrifié par les purges staliniennes, Chostakovitch dormit pendant des mois habillé, une petite valise prête près de la porte de l'ascenseur de son immeuble. Il voulait être emmené dans le couloir plutôt que devant sa famille si la police secrète venait l'arrêter en pleine nuit.

Sa Septième Symphonie, dite « Leningrad », fut composée pendant le siège de la ville par les nazis. En août 1942, elle fut jouée dans Leningrad assiégée par un orchestre de musiciens affamés ; on diffusa le concert par haut-parleurs vers les lignes ennemies pour montrer que la ville résistait toujours.

Chostakovitch glissa dans plusieurs œuvres une signature musicale secrète : les notes ré-mi bémol-do-si, qui en notation allemande donnent D-S-C-H (ses initiales DSCH). C'était sa façon de « signer » sa musique et d'affirmer son identité face au régime.

Passionné de football, Chostakovitch était un supporter du Zénith de Leningrad. Il obtint même un diplôme d'arbitre et tenait des carnets méticuleux sur les matchs et les résultats, un loisir qui lui offrait une évasion loin des tensions politiques.

Sources primaires

Pravda, « Сумбур вместо музыки » (Le chaos remplace la musique) (28 janvier 1936)
L'auditeur est d'emblée déconcerté par un flot de sons délibérément discordant et confus. Des bribes de mélodie, des ébauches de phrases musicales se noient, s'échappent et disparaissent à nouveau dans le fracas, le grincement et les hurlements.
Discours d'autocritique de Chostakovitch après la Cinquième Symphonie (1937)
La réponse pratique et créatrice d'un artiste soviétique à une critique justifiée.
Résolution du Comité central du PCUS sur la musique (décret Jdanov) (10 février 1948)
Les tendances formalistes et antipopulaires dans la musique soviétique sont condamnées comme contraires au peuple et à ses goûts artistiques.
Témoignage controversé attribué à Chostakovitch (Mémoires, éd. S. Volkov) (1979 (posthume, authenticité débattue))
La majorité de mes symphonies sont des pierres tombales. Trop de gens sont morts dans des endroits inconnus, et personne ne sait où ils sont enterrés.

Lieux clés

Saint-Pétersbourg (Petrograd / Leningrad)

Ville natale de Chostakovitch en 1906, où il étudia au Conservatoire. Le siège de la ville par les nazis inspira sa Septième Symphonie.

Conservatoire de Saint-Pétersbourg

Il y entra à 13 ans pour étudier le piano et la composition, sous la direction de Glazounov. Sa Première Symphonie y fut son travail de fin d'études.

Moscou

Capitale soviétique où il vécut une grande partie de sa vie et où se décidait sa carrière. Il y mourut en 1975.

Kouïbychev (aujourd'hui Samara)

Ville de la Volga où il fut évacué en 1941 et acheva la Septième Symphonie « Leningrad ». La création mondiale de l'œuvre y eut lieu en mars 1942.

Novodevitchi (cimetière, Moscou)

Cimetière prestigieux de Moscou où Chostakovitch est enterré aux côtés d'autres grandes figures russes. Lieu de mémoire de la culture soviétique.

Voir aussi