Du Fu
Du Fu
712 — 770
dynastie Tang
Du Fu (712-770) est considéré comme l'un des plus grands poètes de la Chine impériale, surnommé le « Sage de la poésie ». Contemporain de Li Bai, il vécut sous la dynastie Tang et traversa la terrible rébellion d'An Lushan. Son œuvre, profondément humaniste, témoigne des souffrances du peuple et des bouleversements de son époque.
Citations célèbres
« Les pays peuvent tomber, mais les rivières et les montagnes demeurent ; le printemps revient dans la ville, l'herbe et les arbres poussent à nouveau. »
« J'ai souffert toute ma vie, et mes poèmes reflètent mes souffrances. »
Faits marquants
- Né en 712 à Gong (province du Henan) sous la dynastie Tang
- Échoue plusieurs fois aux examens impériaux qui conditionnent l'accès à la fonction publique
- La rébellion d'An Lushan (755-763) bouleverse sa vie et inspire ses poèmes les plus sombres
- Compose plus de 1 400 poèmes conservés, considérés comme des chefs-d'œuvre de la littérature mondiale
- Meurt en 770 lors d'un voyage en bateau sur le fleuve Xiang
Œuvres & réalisations
L'un des premiers grands poèmes engagés de Du Fu, dénonçant les guerres incessantes menées par l'empereur Xuanzong aux frontières. Il inaugure le style réaliste et humaniste qui fera la grandeur de son œuvre.
Composé lors de sa captivité à Chang'an occupée par les rebelles, ce poème en huit vers est l'un des plus célèbres de toute la littérature chinoise. Il exprime en images saisissantes la douleur de voir son pays déchiré par la guerre.
Série de six poèmes-récits décrivant les ravages de la guerre civile sur la population ordinaire : recrutements forcés, séparations, deuils. Chef-d'œuvre du réalisme social, ces poèmes sont parfois comparés aux romans de Victor Hugo pour leur compassion envers les humbles.
Poème né d'un incident domestique — la tempête qui détruisit sa cabane — transformé en méditation universelle sur la misère humaine. Sa conclusion, souhaitant une demeure pour tous les miséreux du monde, est l'une des plus belles expressions de l'humanisme dans la poésie mondiale.
Suite de huit poèmes en forme de suite lyrique, composée à Kuizhou alors que Du Fu était vieux et malade. Considérés comme le sommet technique de son art, ils allient maîtrise formelle parfaite et profondeur mélancolique, et sont étudiés dans toutes les anthologies chinoises.
Recueil rassemblant environ 1 500 poèmes attribués à Du Fu, compilés après sa mort. C'est l'un des corpus poétiques les plus riches de la littérature chinoise classique, couvrant quarante années de création.
Anecdotes
Du Fu échoua à deux reprises aux examens impériaux, en 735 puis en 747. Ce dernier échec fut particulièrement humiliant car le Premier ministre Li Linfu, jaloux des lettrés indépendants, fit délibérément recaler tous les candidats en prétextant qu'aucun talent nouveau ne méritait d'être promu. Du Fu, pourtant déjà reconnu comme poète, dut attendre de nombreuses années avant d'obtenir un modeste poste à la cour.
En 744, Du Fu rencontra Li Bai à Luoyang lors d'un voyage. Les deux hommes partagèrent des semaines à errer dans la campagne, à boire du vin et à échanger des poèmes. Cette amitié entre les deux plus grands poètes de la Chine classique — le 'Sage de la poésie' et le 'Immortel de la poésie' — est restée célèbre dans l'histoire littéraire chinoise. Du Fu composa plusieurs poèmes exprimant sa profonde admiration pour Li Bai.
En 759, une violente tempête d'automne arracha les toits de chaume de sa modeste cabane à Chengdu. Contemplant sa maison détruite et ses enfants transis de froid, Du Fu ne songea pas à sa propre misère mais à tous les pauvres de l'empire. Il composa aussitôt le poème 'Ma chaumière déchirée par le vent d'automne', concluant : 'Ah ! qu'une immense demeure de mille pièces surgisse, abritant tous les lettrés miséreux du monde !'
Lors de la rébellion d'An Lushan, Du Fu tenta de rejoindre l'empereur en exil mais fut capturé par les rebelles et retenu prisonnier à Chang'an occupée en 756-757. Il assista à la destruction de la capitale et au pillage du palais impérial, scènes qui inspirèrent son poème 'Vue du printemps' (春望), où il écrit : 'L'empire s'est brisé, montagnes et fleuves demeurent, / le printemps revient à la ville, herbes et arbres verdissent.' Ce poème est aujourd'hui l'un des plus étudiés dans les écoles chinoises.
Les dernières années de Du Fu furent marquées par la maladie et l'errance sur les fleuves du Hunan. Selon une tradition légendaire, après avoir été bloqué plusieurs jours par des inondations sans nourriture, un mandarin local lui envoya du bœuf rôti et du vin blanc. Affaibli, Du Fu en mangea avec excès et mourut peu après sur son bateau, en 770, à l'âge de 58 ans, sans jamais avoir revu sa ville natale.
Sources primaires
L'empire s'est brisé, montagnes et fleuves demeurent ; le printemps revient à la ville, herbes et arbres verdissent. Ému par les temps troublés, les fleurs font verser des larmes ; effrayé par la séparation, les oiseaux brisent le cœur.
Les chars grondent, les chevaux hennissent, les soldats marchent, arc et flèches à la ceinture. Pères, mères, épouses, enfants courent pour les accompagner ; la poussière de Xianyang cache le pont.
Ah ! qu'une immense demeure de mille pièces surgisse soudain, abritant tous les lettrés miséreux du monde, tous avec le visage radieux ! Même si ma cabane seule est brisée et que je meurs de froid, cela me suffirait !
Le vieillard de Shihao — la nuit, les soldats viennent arrêter des hommes. Le vieillard s'échappe par-dessus le mur ; sa vieille femme sort à leur rencontre. La colère des soldats est terrible, la lamentation de la vieille femme est amère.
La rosée blanche dévaste les forêts d'érables sur le Wu et le Gorges ; les vagues du fleuve Wushan touchent le ciel dans la brume sombre. Les chrysanthèmes ont fleuri deux fois — larmes des jours anciens ; le bateau solitaire est amarré depuis toujours à mon cœur de retour.
