Biographie

Officier de marine et explorateur français (1790-1842), il dirigea plusieurs expéditions dans les mers australes et en Antarctique. Il découvrit la Terre Adélie en 1840 et contribua à l'identification de la Vénus de Milo.

Dumont d'Urville(1790 — 1842)

Jules Dumont d’Urville

France

9 min de lecture

ExplorationMilitaireSciencesExplorateur/triceScientifiqueXIXe siècleÉpoque des grandes explorations scientifiques du XIXe siècle, sous la Restauration et la monarchie de Juillet

Questions fréquentes

Pour comprendre qui était Jules Dumont d'Urville, il faut imaginer un officier de marine du XIXe siècle aussi à l'aise sur un navire que dans un herbier ou un dictionnaire de langues océaniennes. Ce qui le rend singulier, c'est qu'il incarne l'exploration scientifique française à son apogée : entre 1822 et 1840, il dirige trois grandes expéditions dans le Pacifique et en Antarctique, cartographie des côtes inconnues, découvre la Terre Adélie en 1840, et contribue à rapporter en France la Vénus de Milo. Moins un conquérant qu'un savant en uniforme, il laisse une œuvre géographique, botanique et ethnographique qui fait encore autorité aujourd'hui.

Faits marquants

  • 1820 : participe à l'identification et au transport de la Vénus de Milo vers la France
  • 1826-1829 : dirige l'expédition de l'Astrolabe, circumnavigation à visée scientifique en Océanie
  • 1837-1840 : seconde expédition de l'Astrolabe vers les pôles Sud et les mers australes
  • 1840 : découvre et nomme la Terre Adélie en l'honneur de son épouse Adèle
  • 1842 : meurt dans la catastrophe ferroviaire de Meudon, première grande catastrophe ferroviaire française

Œuvres & réalisations

Voyage de découvertes de l'Astrolabe (1826–1829) (1830–1834)

Récit en plusieurs volumes de son deuxième grand voyage d'exploration dans le Pacifique, accompagné d'atlas botaniques, zoologiques et hydrographiques ; ouvrage de référence de l'exploration scientifique française du XIXe siècle.

Voyage au pôle Sud et dans l'Océanie sur les corvettes l'Astrolabe et la Zélée (1841–1854)

Publication monumentale en 23 volumes relatant son expédition antarctique de 1837–1840 et la découverte de la Terre Adélie ; achevée après sa mort par ses collaborateurs scientifiques.

Sur les îles du Grand Océan (Bulletin de la Société de Géographie) (1832)

Article fondateur dans lequel il propose de diviser les peuples du Pacifique en Polynésie, Mélanésie et Micronésie, classification géographique et ethnographique encore utilisée aujourd'hui.

Voyage autour du monde et à la recherche de La Pérouse (1832–1833)

Récit de sa première grande expédition (corvette la Coquille, 1822–1825) retraçant les explorations du Pacifique et la collecte de milliers de spécimens naturalistes.

Rapport et lettres sur la statue de Vénus découverte à Milos (1821)

Ensemble de rapports techniques et de lettres officielles dans lesquels Dumont d'Urville décrit la statue et plaide pour son acquisition par la France, document à l'origine de l'entrée de la Vénus de Milo dans les collections royales françaises.

Anecdotes

En 1820, alors qu'il effectuait des relevés hydrographiques près de l'île grecque de Milos, Dumont d'Urville aperçut une statue antique qu'un paysan venait de déterrer. Reconnaissant immédiatement sa valeur exceptionnelle, il alerta l'ambassadeur de France à Constantinople, qui fit acquérir l'œuvre pour le roi de France. Cette statue, aujourd'hui connue sous le nom de Vénus de Milo, est l'un des chefs-d'œuvre absolus du Louvre.

Lors de son expédition antarctique, Dumont d'Urville découvrit une nouvelle terre le 21 janvier 1840 et la baptisa « Terre Adélie » en hommage à sa femme Adèle. Ce geste à la fois romantique et scientifique est resté dans l'histoire : la France y maintient depuis 1956 la base polaire permanente qui porte le nom de l'explorateur.

Dumont d'Urville était un homme d'une érudition remarquable : il parlait couramment le grec ancien et moderne, l'arabe, l'hébreu, le russe et plusieurs langues océaniennes. À bord de ses navires, il collectait aussi bien des plantes que des vocabulaires de langues indigènes inconnues, faisant de lui autant un linguiste qu'un naturaliste.

Le 8 mai 1842, Dumont d'Urville, sa femme et son fils revenaient de Versailles par le tout nouveau chemin de fer lorsque la locomotive déraille et prend feu. La catastrophe de Meudon, qui coûte la vie à une cinquantaine de personnes dont toute la famille Dumont d'Urville, est l'une des premières grandes catastrophes ferroviaires de l'histoire de France.

Dumont d'Urville est le premier géographe à avoir proposé une classification systématique des peuples du Pacifique en trois grands groupes : les Polynésiens, les Mélanésiens et les Micronésiens. Ces termes, introduits dans un article de 1832, sont encore utilisés aujourd'hui par les géographes et les anthropologues du monde entier.

Sources primaires

Voyage de découvertes de l'Astrolabe exécuté par ordre du Roi pendant les années 1826–1829 (1830–1834)
À quatre heures du matin, nous aperçûmes la terre… Les côtes présentaient un aspect sévère et imposant ; des roches à pic, noircies par les embruns, s'élevaient presque partout à une hauteur considérable, et nulle part nous ne distinguions de plage propice à un débarquement.
Voyage au pôle Sud et dans l'Océanie sur les corvettes l'Astrolabe et la Zélée (1841)
Le 21 janvier 1840, à neuf heures du matin, nous avions connaissance d'une terre que je nommai Terre Adélie, en mémoire de ma chère compagne, dont les qualités aimables m'ont constamment soutenu dans les traverses de la vie.
Sur les îles du Grand Océan (Bulletin de la Société de Géographie) (1832)
Nous distinguerons ces trois grandes divisions sous les noms de Polynésie, de Micronésie et de Mélanésie ; ces noms indiquent, à eux seuls, le caractère général de chacune de ces divisions quant à la nature et à la couleur des habitants.
Lettre à l'ambassadeur de France à Constantinople au sujet de la statue de Milos (1820)
J'ai examiné avec soin la statue découverte dans l'île de Milo ; elle représente, selon moi, une divinité de l'Antiquité d'un travail remarquable et d'une conservation surprenante. Je ne saurais trop insister pour que la France s'en rende acquéreur sans délai.

Lieux clés

Condé-sur-Noireau (Calvados)

Ville normande où naît Jules Dumont d'Urville le 23 mai 1790. Sa jeunesse en Normandie, région traditionnellement tournée vers la mer, nourrit très tôt sa vocation maritime.

Terre Adélie (Antarctique)

Portion du continent antarctique découverte par Dumont d'Urville le 21 janvier 1840 et nommée en l'honneur de son épouse Adèle. La France y maintient depuis 1956 la base polaire permanente portant son nom.

Île de Milos (Grèce)

C'est sur cette île des Cyclades qu'en 1820 Dumont d'Urville repère la Vénus de Milo, fraîchement exhumée par un paysan grec, et convainc la France de l'acquérir pour ses collections royales.

Vanikoro (Îles Salomon)

Sur cet îlot du Pacifique, Dumont d'Urville retrouve en 1828 les vestiges du naufrage de La Pérouse (1788), résolvant ainsi l'un des grands mystères de l'exploration maritime française.

Toulon

Grand port militaire méditerranéen et base de la Marine nationale française, Toulon est le port d'attache de Dumont d'Urville, d'où partent et où reviennent la plupart de ses expéditions.

Meudon (Hauts-de-Seine)

C'est à Meudon, le 8 mai 1842, que la locomotive du train Paris–Versailles déraille et prend feu, causant la mort de Dumont d'Urville, de sa femme et de son fils dans l'une des premières catastrophes ferroviaires françaises.

Liens externes & ressources

Œuvres

Voyage de découvertes de l'Astrolabe (1826–1829)

1830–1834

Voyage au pôle Sud et dans l'Océanie sur les corvettes l'Astrolabe et la Zélée

1841–1854

Sur les îles du Grand Océan (Bulletin de la Société de Géographie)

1832

Voyage autour du monde et à la recherche de La Pérouse

1832–1833

Rapport et lettres sur la statue de Vénus découverte à Milos

1821

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