Erinyes

Érinyes

MythologieAvant J.-C.Antiquité grecque archaïque et classique

Les Érinyes sont trois divinités chthoniennes de la mythologie grecque chargées de punir les crimes contre l'ordre naturel, notamment le parjure et le meurtre de proches. Alecto, Mégère et Tisiphone poursuivent sans relâche les coupables, semant folie et tourment.

Faits marquants

  • Nées du sang d'Ouranos selon Hésiode (Théogonie, VIIIe-VIIe s. av. J.-C.)
  • Elles poursuivent Oreste après le meurtre de sa mère Clytemnestre (mythe des Atrides)
  • Eschyle les met en scène dans Les Euménides (458 av. J.-C.), où elles sont apaisées par Athéna
  • Renommées Euménides (« Bienveillantes ») après leur réconciliation avec l'ordre olympien
  • Chez les Romains, elles sont appelées Furies ou Dirae

Œuvres & réalisations

L'Orestie (trilogie) — Eschyle (458 av. J.-C.)

Chef-d'œuvre de la tragédie grecque comprenant Agamemnon, Les Choéphores et Les Euménides, cette trilogie place les Érinyes au cœur du conflit entre justice archaïque et justice civique. Leur transformation en Euménides dans le troisième volet constitue l'une des métamorphoses les plus profondes de la mythologie grecque.

Théogonie — Hésiode (vers 700 av. J.-C.)

Premier texte à codifier la naissance des Érinyes du sang d'Ouranos, définissant leur nature chthonienne et leur rôle cosmogonique. Ce poème constitue la source canonique de leur origine pour toute la tradition grecque ultérieure.

Œdipe à Colone — Sophocle (401 av. J.-C.)

Tragédie qui fait du sanctuaire des Euménides le lieu de la mort apaisée d'Œdipe, montrant que les déesses peuvent aussi accorder leur protection. L'œuvre illustre la complexité théologique des Érinyes : terribles pour les coupables, mais bienveillantes pour les suppliants sincères.

Iliade — Homère (vers 750-700 av. J.-C.)

Les Érinyes y apparaissent comme gardiennes des serments et de l'ordre naturel, punissant quiconque transgresse les lois non écrites. Ces mentions attestent leur rôle fondamental dans la religion grecque bien avant leur grande mise en scène tragique.

Énéide — Virgile (vers 29-19 av. J.-C.)

Dans la descente aux Enfers d'Énée (chant VI), Virgile décrit Tisiphone gardant les portes du Tartare, transmettant la figure des Érinyes / Furies à la culture romaine et à toute la tradition occidentale postérieure.

Anecdotes

Selon Hésiode, les Érinyes naquirent des gouttes de sang d'Ouranos tombées sur la terre lorsque Cronos le mutila. Cette origine chthonienne en fait des puissances primordiales, antérieures même aux grands dieux olympiens, ce qui explique leur autorité absolue sur les lois de la nature et du sang.

Après que Oreste eut tué sa mère Clytemnestre pour venger son père Agamemnon, les Érinyes le poursuivirent sans relâche, le plongeant dans une folie terrifiante. Son procès devant le tribunal de l'Aréopage à Athènes, présidé par Athéna, aboutit à son acquittement et à la transformation des Érinyes en Euménides, les 'Bienveillantes'.

Les Érinyes ne punissaient pas seulement les meurtriers : elles traquaient aussi les parjures et ceux qui manquaient à leurs serments. Dans l'Iliade, Homère les invoque pour punir quiconque trahit un serment solennel, ce qui témoigne de leur rôle fondamental dans le maintien de l'ordre moral et social du monde grec.

À Athènes, les Érinyes étaient honorées sous le nom d'Euménides ('les Bienveillantes') dans un sanctuaire souterrain au pied de l'Aréopage. Ce culte officiellement reconnu montrait que les Grecs préféraient les apaiser plutôt que les affronter : on leur offrait des libations de miel et d'eau, sans vin ni fleurs, car leur nature chthonienne exigeait des rites particuliers.

Sophocle, dans Œdipe à Colone, place la mort d'Œdipe dans un bois sacré consacré aux Euménides près d'Athènes. Le fait qu'Œdipe — lui-même poursuivi par la malédiction familiale — trouve refuge et mort paisible dans leur sanctuaire illustre la double nature des Érinyes : terrifiantes pour les coupables, mais protectrices pour les suppliants.

Sources primaires

Théogonie — Hésiode (vers 700 av. J.-C.)
Des gouttes de sang qui jaillirent naquirent les puissantes Érinyes, qui punissent sur terre les hommes coupables de parjure.
Les Euménides — Eschyle (458 av. J.-C.)
Je suis la Nuit, mère antique, et l'on me nomme aussi Érinye. Je poursuis le meurtrier jusque dans les profondeurs de la terre, car le sang versé crie vengeance.
Iliade — Homère, chant IX (vers 750-700 av. J.-C.)
Les Érinyes, qui sous terre châtient les morts, se dressent contre ceux qui ont juré faussement.
Œdipe à Colone — Sophocle (401 av. J.-C. (représentation posthume))
Ce bois est sacré : il appartient aux Euménides redoutables, filles des Ténèbres et de la Terre. Nul ne doit y poser le pied sans trembler.
Énéide — Virgile, chant VI (vers 29-19 av. J.-C.)
Là résident les Érinyes, Tisiphone vêtue d'un manteau sanglant, gardant le seuil jour et nuit, sans jamais dormir.

Lieux clés

Aréopage, Athènes

Colline sacrée d'Athènes où se tint le procès mythique d'Oreste : Athéna y fonda le premier tribunal humain pour juger les crimes de sang. Au pied de l'Aréopage se trouvait le sanctuaire souterrain des Euménides, où les Érinyes étaient vénérées sous leur aspect apaisé.

Colone (Kolonos), Attique

Dème d'Attique proche d'Athènes où Sophocle situe le bois sacré consacré aux Euménides, lieu de la mort d'Œdipe. Ce bois interdit aux mortels ordinaires illustrait le caractère redoutable et protecteur simultané des déesses.

Delphes

Sanctuaire d'Apollon où Oreste, fuyant les Érinyes, chercha refuge après le meurtre de Clytemnestre. Apollon tenta de le purifier du sang maternel, illustrant le conflit entre la justice olympienne et la loi chthonienne des Érinyes.

Érèbe / Royaume souterrain (Hadès)

Lieu mythologique d'origine et de séjour des Érinyes, situées aux confins du monde des morts. Dans les représentations antiques, elles patrouillent les enfers pour s'assurer que les coupables subissent leur châtiment éternel.

Mégare

Ville du Péloponnèse dont le nom est associé à l'une des trois Érinyes, Mégère. Des traditions locales y plaçaient un culte des divinités chthoniennes punissant les crimes familiaux.

Galerie

Orestes Delphi BM GR1917.12-10.1

Orestes Delphi BM GR1917.12-10.1

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MainardiMarsAmourFurie

MainardiMarsAmourFurie

Wikimedia Commons, Public domain — Camillo Mainardi (?) or Camillo Capelli dit Camillo Mantovano (?)

Fuseli - Die Erinnyen vertreiben Alkmaion von der Leiche seiner von ihm getöteten Mutter Eriphyle, 1821, 2441

Fuseli - Die Erinnyen vertreiben Alkmaion von der Leiche seiner von ihm getöteten Mutter Eriphyle, 1821, 2441

Wikimedia Commons, Public domain — Henry Fuseli

Erinias, Alonso Vázquez

Erinias, Alonso Vázquez

Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Jl FilpoC

Erynie (fragment).

Erynie (fragment).

Wikimedia Commons, Public domain — Bolesław Barbacki

Furienmeister.furie

Furienmeister.furie

Wikimedia Commons, Public domain — Master of the Furies

Erinyes 2

Erinyes 2

Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Jeylina EVER


Juno, Seated on a Golden Throne, Asks Alecto to Confuse the Trojans (Aeneid, Book VI)

Juno, Seated on a Golden Throne, Asks Alecto to Confuse the Trojans (Aeneid, Book VI)

Wikimedia Commons, CC0 — Master of the Aeneid


Scopas et Praxitèle : la sculpture grecque au IV. e siècle jusqu'au temps d'Alexandre

Scopas et Praxitèle : la sculpture grecque au IV. e siècle jusqu'au temps d'Alexandre

Wikimedia Commons, Public domain — Collignon, Maxime, 1849-1917


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French: Les Remords Orestes Pursued by the Furiestitle QS:P1476,fr:"Les Remords "label QS:Lfr,"Les Remords "label QS:Les,"El Remordimiento de Orestes"label QS:Lja,"オレステースの悔恨"label QS:Lpl,"Skrucha Or

Wikimedia Commons, Public domain — William-Adolphe Bouguereau

Voir aussi