Fiammetta

Fiammetta

Italie

6 min de lecture

LettresCultureMoyen ÂgeItalie du XIVe siècle (Trecento), entre la cour angevine de Naples et la Florence pré-humaniste de Boccace.

Fiammetta est la muse et la figure littéraire idéalisée du poète florentin Boccace. Traditionnellement identifiée à Maria d'Aquino, fille naturelle du roi Robert de Naples, elle inspire puis narre l'« Élégie de Madame Fiammetta » (vers 1343), récit pionnier de la passion amoureuse exprimée à la première personne par une femme.

Questions fréquentes

Fiammetta est la muse et l'héroïne littéraire du poète florentin Boccace, actif dans l'Italie du Trecento. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle n'est pas seulement une figure idéalisée, mais qu'elle devient la narratrice de sa propre passion dans l'Élégie de Madame Fiammetta (vers 1343). Ce qui rend ce texte décisif, c'est qu'il s'agit de l'un des premiers récits européens où une femme raconte à la première personne ses souffrances amoureuses, renversant la tradition courtoise où l'homme se plaint de la dame distante. Fiammetta incarne ainsi une voix féminine pionnière dans la littérature.

Faits marquants

  • Vers 1336 : selon la tradition littéraire, Boccace rencontre Fiammetta (identifiée à Maria d'Aquino) un Samedi saint dans une église de Naples.
  • Vers 1336-1341 : elle figure comme muse et dédicataire dans les œuvres napolitaines de Boccace (Filocolo, Filostrato, Teseida).
  • Vers 1343-1344 : Boccace compose l'« Élégie de Madame Fiammetta », long monologue où elle raconte sa passion et son abandon.
  • Vers 1349-1353 : Fiammetta compte parmi les sept jeunes femmes de la brigata qui racontent les nouvelles du Décaméron.
  • Son historicité demeure débattue : les chercheurs ne s'accordent pas sur l'existence réelle de Maria d'Aquino, possible invention poétique.

Œuvres & réalisations

Il Filostrato (vers 1335)

Poème en ottava rima sur Troïlus et Criseida, l'une des premières œuvres où Boccace chante son amour pour sa muse.

Il Filocolo (vers 1336-1338)

Long roman en prose sur Florio et Biancifiore que Fiammetta aurait commandé ; il y relate aussi leur rencontre.

Teseida (vers 1340)

Poème épique en ottava rima dédié à Fiammetta, l'une des premières épopées de la littérature italienne.

Amorosa Visione (vers 1342-1343)

Poème allégorique en tercets où Fiammetta apparaît au poète au cours d'une vision.

Élégie de Madame Fiammetta (Elegia di Madonna Fiammetta) (vers 1343-1344)

Récit en prose où Fiammetta raconte elle-même sa passion et son abandon ; tenu pour l'un des premiers romans psychologiques européens.

Le Décaméron (vers 1349-1353)

Chef-d'œuvre de Boccace ; Fiammetta y est l'une des dix narrateurs et reine de la cinquième journée.

Anecdotes

« Fiammetta » signifie « petite flamme » en italien : c'est un senhal, un nom-code amoureux que le poète florentin Boccace donne à sa muse pour célébrer le feu de la passion. À la manière de la Béatrice de Dante ou de la Laure de Pétrarque, elle devient l'inspiratrice idéale autour de laquelle s'organise toute une œuvre.

Boccace raconte avoir vu Fiammetta pour la première fois le Samedi saint 30 mars 1336, dans l'église San Lorenzo de Naples : un véritable coup de foudre. Beaucoup de chercheurs pensent aujourd'hui que cette scène imite à dessein la rencontre de Pétrarque avec Laure, elle aussi placée dans une église un jour saint.

Dans l'« Élégie de Madame Fiammetta » (vers 1343), c'est une femme qui, pour la première fois, raconte elle-même sa passion à la première personne et se plaint d'avoir été abandonnée par son amant Panfilo. L'inversion est audacieuse : d'ordinaire, dans la poésie courtoise, c'est l'homme qui soupire après la dame absente.

La tradition identifie Fiammetta à Maria d'Aquino, fille naturelle du roi Robert de Naples. Mais aucun document d'archive ne prouve son existence, et les historiens la considèrent le plus souvent comme une figure idéalisée, en grande partie inventée par Boccace.

Fiammetta reparaît dans le Décaméron comme l'une des dix jeunes gens qui fuient Florence pestiférée pour se raconter des histoires. Devenue « reine » de la cinquième journée, elle impose un thème lumineux — les amours qui finissent bien après bien des malheurs —, comme un écho inversé de ses propres chagrins.

Sources primaires

Boccace, Élégie de Madame Fiammetta (proème) (vers 1343-1344)
Aux dames éprises d'amour, plus qu'à toute autre personne, il me plaît de raconter mes malheurs, afin que, si elles le peuvent, elles en éprouvent pitié.
Boccace, Élégie de Madame Fiammetta (envoi au livre) (vers 1343-1344)
Ô mon petit livre, va-t'en, vêtu pauvrement comme il convient à mon état, trouver les dames dont j'ai parlé ; garde-toi des joyeuses et cherche les affligées.
Boccace, Il Filocolo (proème) (vers 1336-1338)
Une gente dame me pria de composer en notre langue vulgaire un petit livre où serait contée l'amoureuse histoire de Florio et de Biancifiore.
Boccace, Décaméron, introduction de la Cinquième Journée (vers 1349-1353)
Il me plaît que demain l'on raconte ce qui advint d'heureux à des amants, après de durs ou malheureux accidents.

Lieux clés

Église San Lorenzo Maggiore (Naples)

Lieu où, selon Boccace, il vit Fiammetta pour la première fois le Samedi saint de 1336.

Castel Nuovo et cour angevine (Naples)

Résidence des rois d'Anjou et cadre de la vie de cour raffinée où évolue la noble Fiammetta.

Baia (golfe de Naples)

Station balnéaire antique près de Naples ; ses bains et ses villas servent de décor aux amours de l'Élégie.

Florence

Ville natale de Panfilo, où il repart sans tenir sa promesse de revenir ; plus tard cadre du Décaméron.

Voir aussi