Noble italienne du XIIIe siècle, Francesca da Polenta fut mariée à Giovanni Malatesta puis assassinée avec son beau-frère Paolo, dont elle était amoureuse. Son histoire tragique fut immortalisée par Dante dans la Divine Comédie.
Francesca da Rimini(1259 — 1285)
Francesca da Rimini
8 min de lecture
Questions fréquentes
Faits marquants
- Née vers 1255 à Ravenne, fille de Guido da Polenta
- Mariée à Giovanni Malatesta (dit 'lo Sciancato') pour sceller une alliance politique
- Assassinée vers 1285 par son mari avec son beau-frère Paolo Malatesta
- Immortalisée par Dante Alighieri dans le Chant V de l'Enfer (Divine Comédie, vers 1307-1321)
- Devenue l'une des figures emblématiques de l'amour courtois tragique dans la littérature occidentale
Œuvres & réalisations
Premier et plus célèbre témoignage littéraire sur Francesca. Dante la place dans le second cercle de l'Enfer avec Paolo, parmi les «luxurieux», mais lui accorde une parole longue et émouvante qui a traversé les siècles.
Commentaire public de la Divine Comédie par Boccaccio, qui développe la biographie de Francesca et transmet la légende du subterfuge lors des fiançailles, source principale de la tradition postérieure.
Tragédie romantique italienne qui relance l'intérêt pour le personnage au XIXe siècle et contribue à faire de Francesca un symbole de l'amour sacrifié et de l'oppression politique dans l'Italie du Risorgimento.
Opéra vériste majeur inspiré de la tragédie de D'Annunzio (1901), qui représente l'aboutissement scénique et musical de la légende de Francesca. Il est encore régulièrement joué dans les grands théâtres.
Œuvre orchestrale inspirée du Chant V de l'Enfer de Dante, illustrant musicalement la tempête infernale et la passion de Francesca et Paolo. L'une des pièces orchestrales les plus connues du XIXe siècle.
Anecdotes
Selon la tradition rapportée par Boccace, Francesca aurait été trompée lors de ses fiançailles : son futur mari Giovanni Malatesta, surnommé Gianciotto («le boiteux»), aurait envoyé son frère Paolo — plus jeune et séduisant — pour la rencontrer en son nom. Francesca aurait cru épouser Paolo, et n'aurait découvert la substitution qu'au moment de la cérémonie. Ce récit explique, selon les contemporains, comment naquit son amour pour Paolo.
Dante, dans le Chant V de l'Enfer, fait raconter à Francesca le moment décisif de sa passion : lisant avec Paolo le roman de Lancelot et Guenièvre, ils s'embrasèrent au passage où Lancelot embrasse la reine. «Galeotto fut le livre et celui qui l'écrivit», dit Francesca — comparant le livre à l'entremetteur Gallehaut du roman arthurien. Cette scène est l'une des plus célèbres de toute la littérature médiévale.
Giovanni Malatesta surprit les deux amants et les tua tous les deux sur-le-champ, vers 1283-1285. En droit médiéval italien, le mari trompé avait le droit de tuer sa femme adultère et son complice en flagrant délit : Giovanni ne fut jamais poursuivi pour ce double meurtre. Il continua d'exercer le pouvoir politique à Rimini jusqu'à sa mort.
Dante connaissait personnellement la famille Malatesta et fut lui-même accueilli à Ravenne, chez les héritiers de la famille de Francesca, dans les dernières années de sa vie (1318-1321). C'est dans cette ville qu'il acheva la Divine Comédie et mourut en 1321. Le fait qu'il place Francesca en Enfer, mais avec une profonde compassion, reste l'un des passages les plus émouvants et les plus débattus de l'œuvre.
Le mariage de Francesca avec Giovanni Malatesta était avant tout une alliance politique : son père, Guido da Polenta, seigneur de Ravenne, cherchait un appui militaire contre ses ennemis guelfes et gibelins. Les Malatesta, en pleine ascension à Rimini, y trouvaient également leur intérêt. Francesca n'eut aucune voix au chapitre, comme c'était l'usage pour les filles de la noblesse au XIIIe siècle.
Sources primaires
«Amor, ch'al cor gentil ratto s'apprende, / prese costui de la bella persona / che mi fu tolta; e 'l modo ancor m'offende. / Amor, ch'a nullo amato amar perdona, / mi prese del costui piacer sì forte, / che, come vedi, ancor non m'abbandona.»
«Fu adunque questa Francesca figliuola di messer Guido Vecchio da Polenta... e fu data per moglie a messer Giovanni figliuolo di messer Malatesta da Verucchio... La qual cosa avvedutasi Francesca, e già avendo preso amore con Paolo...»
«Malatesta de Verucchio dominus Arimini genuit filios... Iohannes qui claudus vocatur occidit uxorem suam et Paulum fratrem propter adulterium.»
«Francisca fuit nobilis domina de Polenta de Ravenna, filia Guidonis Senioris... quae nupsit Joanni Malatestae claudo, et postea tractavit amores cum Paulo fratre suo...»
Lieux clés
Ville natale de Francesca, fille de Guido da Polenta, seigneur de Ravenne. C'est depuis cette cité que son père organisa son mariage politique avec les Malatesta de Rimini.
Cité des Malatesta, époux de Francesca. C'est au palais de Rimini (ou selon certaines sources au château de Gradara) que se déroula le drame : la découverte de la liaison et le double meurtre.
Forteresse médiévale à la frontière des Marches et de la Romagne, souvent désignée par la tradition locale comme le lieu exact du meurtre de Francesca et Paolo par Giovanni Malatesta.
Ville natale de Dante, qui immortalisa Francesca dans la Divine Comédie. La culture littéraire florentine du Dolce Stil Novo, dont Dante était le représentant majeur, valorisait précisément l'amour courtois que vécut tragiquement Francesca.
Objets typiques

C'est en lisant ensemble ce roman arthurien que Francesca et Paolo cédèrent à leur passion, selon Dante. Les manuscrits de romans courtois circulaient dans les cours nobles italiennes du XIIIe siècle, souvent décorés de miniatures.

Document juridique scellant l'alliance entre les Polenta et les Malatesta, fixant la dot de Francesca. Pour les nobles du XIIIe siècle, ce contrat était la pièce centrale d'un mariage arrangé à des fins politiques.

Les femmes nobles italiennes du XIIIe siècle portaient des voiles de lin ou de soie couvrant les cheveux, signe de respectabilité et de statut. Francesca, dame de compagnie et épouse de seigneur, en portait quotidiennement.

La lecture du roman de Lancelot se déroulait à la lumière vacillante d'une chandelle de cire ou d'une lampe à huile d'olive. L'éclairage artificiel, précieux et coûteux, était réservé aux intérieurs des demeures nobles.

Les dames nobles passaient une partie de leurs journées à broder des tentures, des vêtements liturgiques ou des accessoires. Cette activité, à la fois utile et décorative, structurait le temps intérieur des femmes de haut rang.

La pratique religieuse quotidienne (messes, prières des heures) faisait partie intégrante de la vie noble médiévale. Francesca, comme toute dame chrétienne, possédait un bréviaire personnel pour les prières et assistait aux offices dans la chapelle du château.
Programmes scolaires
Vocabulaire & tags
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Vie quotidienne
Matin
Francesca se levait à l'aube, comme l'exigeait la règle des heures chrétiennes. Après les prières matutinales dans la chapelle privée du château, elle supervisait avec ses dames de compagnie les travaux d'aiguille et les tâches domestiques de la maisonnée noble.
Après-midi
L'après-midi était consacré aux activités de cour : réception de visiteurs, gestion des affaires domestiques du château, et — moment privilégié — la lecture à voix haute de romans courtois. C'est lors de ces lectures partagées que, selon Dante, naquit la passion entre Francesca et Paolo.
Soir
Le soir, la maisonnée se réunissait pour le repas principal, servi dans la grande salle du château. Après souper, des musiciens ou des jongleurs animaient parfois la veillée, avant les dernières prières et le coucher au crépuscule.
Alimentation
L'alimentation d'une noble dame du XIIIe siècle en Romagne comprenait du pain de froment, des légumineuses, des légumes du potager, de la viande (porc, volaille, gibier) lors des jours autorisés, et du poisson les jours maigres. Le vin local de Romagne était servi à table, coupé d'eau.
Vêtements
Francesca portait de longues robes de drap de laine teintées (rouge, bleu) ou de soie importée, serrées à la taille par une ceinture brodée. Sa tête était couverte d'un voile de lin blanc retenu par un bandeau, signe de son rang de dame mariée. En hiver, elle s'enveloppait dans des manteaux fourrés.
Habitat
Francesca vivait dans une demeure seigneuriale fortifiée : le palais des Malatesta à Rimini, ou le château de Gradara selon les traditions. Ces demeures associaient des tours défensives, une cour intérieure, une grande salle commune et des chambres privées meublées de coffres, tentures et lits à baldaquin.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Divine Comédie — Enfer, Chant V (Dante Alighieri)
vers 1307-1321
Esposizioni sopra la Comedia (Giovanni Boccaccio)
1373-1374
Francesca da Rimini (tragédie de Silvio Pellico)
1815
Francesca da Rimini (poème symphonique de Tchaïkovski, op. 32)
1876






