Francis Ponge(1899 — 1988)

Francis Ponge

France

7 min de lecture

LettresPoète(sse)Écrivain(e)XIXe siècleXXe siècle (1899-1988), période contemporaine

Écrivain français (1899-1988) fondateur d'une poétique novatrice consacrée aux objets du quotidien. Ponge libère la poésie de la rhétorique traditionnelle en célébrant les choses simples et matérielles, invente une « rage de l'expression » pour explorer le monde sensible.

Questions fréquentes

Francis Ponge (1899-1988) est un écrivain français qui a révolutionné la poésie en prenant pour sujet les objets du quotidien : un cageot, une huître, un savon. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il invente une poésie anti-lyrique, où l'attention minutieuse aux choses remplace l'expression des sentiments. Son recueil Le Parti pris des choses (1942) est une œuvre fondatrice, étudiée dans les programmes scolaires. Il libère la poésie de la rhétorique traditionnelle en célébrant le monde matériel avec une « rage de l'expression ».

Citations célèbres

« Les choses ne nous intéressent pas. Nous ne nous intéressons qu'à la conversation et à l'amour. »
« Je me propose au contraire de vous entretenir des choses et encore des choses. »

Faits marquants

  • Publication de « Le Parti pris des choses » en 1942, ouvrage fondateur de sa poétique
  • Engagement politique auprès du Parti communiste français entre 1937 et 1946
  • Développement d'une méthode poétique basée sur l'observation minutieuse des objets quotidiens (galet, huître, savon, etc.)
  • Publication de « Proêmes » en 1948, recueil théorique explicitant sa démarche littéraire
  • Reconnaissance progressive comme figure majeure de la poésie moderne française du second XXe siècle

Œuvres & réalisations

Douze petits écrits (1926)

Premier recueil publié de Ponge, ces courts textes en prose annoncent déjà son attention minutieuse aux objets et sa recherche d'une écriture concise.

Le Parti pris des choses (1942)

Œuvre majeure et fondatrice de Ponge, ce recueil de poèmes en prose consacrés aux objets du quotidien (galet, huître, bougie, cageot) révolutionne la poésie française. Texte étudié dans les programmes scolaires.

Proêmes (1948)

Recueil mêlant prose et poésie dont le titre fusionne « prose » et « poème ». Ponge y développe sa réflexion sur le langage et l'écriture.

La Rage de l'expression (1952)

Recueil montrant le travail poétique en cours, avec ses brouillons et ses reprises. Ponge y expose le processus créatif lui-même comme matière littéraire.

Pour un Malherbe (1965)

Essai monumental où Ponge étudie le poète classique Malherbe pour définir sa propre conception de la poésie comme travail artisanal sur la langue.

Le Savon (1967)

Texte élaboré sur plus de vingt ans autour d'un simple morceau de savon, devenu un classique de la littérature contemporaine mêlant description, humour et philosophie du langage.

La Fabrique du pré (1971)

Ouvrage présentant simultanément le texte final et tous les brouillons préparatoires d'un poème sur le pré, illustrant la méthode de travail unique de Ponge.

Comment une figue de paroles et pourquoi (1977)

Texte tardif emblématique de la démarche de Ponge, où la figue devient prétexte à un déploiement jubilatoire du langage entre description et jeu verbal.

Anecdotes

Francis Ponge a raconté que son déclic poétique est venu d'un sentiment d'insuffisance face aux mots : il se sentait incapable de s'exprimer correctement à l'oral, ce qui l'a poussé à chercher dans l'écriture une précision absolue. Cette difficulté à parler est devenue le moteur de toute son œuvre littéraire.

Lors de l'oral de philosophie au concours de l'École normale supérieure en 1919, Ponge est resté totalement muet, paralysé par le trac. Cet échec cuisant l'a profondément marqué et a renforcé sa conviction que seule l'écriture pouvait lui permettre de s'exprimer avec justesse.

Ponge a travaillé pendant près de vingt ans aux éditions Gallimard, puis aux Messageries Hachette, comme simple employé. Il écrivait ses poèmes le soir et le week-end, menant une double vie entre le monde du travail salarié et la création littéraire.

Jean-Paul Sartre a consacré en 1944 un long essai élogieux à Ponge, intitulé « L'Homme et les choses », publié dans la revue Poésie 44. Cette reconnaissance par le philosophe le plus célèbre de l'époque a contribué à faire sortir Ponge d'un relatif anonymat après des années d'écriture discrète.

Ponge était un résistant engagé : il a adhéré au Parti communiste en 1937 et a participé activement à la Résistance dans le sud de la France pendant l'Occupation. Il a notamment contribué à des publications clandestines avant de quitter le Parti en 1947.

Sources primaires

Le Parti pris des choses (1942)
L'huître, de la grosseur d'un galet moyen, est d'une apparence plus rugueuse, d'une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C'est un monde opiniâtrement clos.
La Rage de l'expression (1952)
Parti pris des choses égale compte tenu des mots. Il faut que mon travail soit tel que chaque terme employé soit non pas un signe mais une chose.
Le Savon (1967)
Si je m'y frotte les mains, le savon écume, jubile... Plus il les rend complaisantes, souples, liantes, ductiles, plus il bave, plus sa bave est aérienne, perle.
Pour un Malherbe (1965)
Mon dessein n'est pas de faire des poèmes, mais d'avancer dans la connaissance et l'expression du monde sensible.

Lieux clés

Montpellier

Ville natale de Ponge où il passe son enfance et son adolescence dans une famille protestante du sud de la France. Le paysage méditerranéen imprègne durablement sa sensibilité.

Paris

Ville où Ponge vit et travaille la majeure partie de sa vie active, d'abord comme employé aux Messageries Hachette puis chez Gallimard. C'est à Paris qu'il fréquente les milieux littéraires et publie ses œuvres majeures.

Le Bar-sur-Loup (Alpes-Maritimes)

Village provençal où Ponge s'installe à la fin de sa vie et où il meurt en 1988. Ce lieu de retraite paisible dans l'arrière-pays niçois correspond à son amour de la nature et des choses simples.

Roanne (Loire)

Ville où Ponge passe une partie de la guerre et participe à la Résistance. Il y dirige le comité local du Front national de lutte pour la libération à partir de 1943.

Caen

Ponge passe une partie de sa jeunesse à Caen où son père est nommé. Le paysage normand et la vie provinciale nourrissent ses premières observations du monde.

Voir aussi