Fritz Lang (1890-1976) est un cinéaste autrichien naturalisé américain, pionnier du cinéma expressionniste allemand puis du film noir hollywoodien. Ses œuvres majeures comme Metropolis et M le maudit ont profondément marqué l'histoire du 7e art.
Fritz Lang(1890 — 1976)
Fritz Lang
États-Unis, Autriche, Allemagne
9 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« Le film est le plus grand miroir de notre temps.»
« Je ne fais pas des films pour les critiques. Je les fais pour le public.»
Faits marquants
- 1890 : Naissance à Vienne, Autriche
- 1927 : Réalisation de Metropolis, œuvre fondatrice de la science-fiction au cinéma
- 1931 : Réalisation de M le maudit, premier grand film policier parlant allemand
- 1933 : Fuite d'Allemagne après la montée du nazisme, refus de travailler pour Goebbels
- 1936-1956 : Carrière à Hollywood, développement du film noir américain
Œuvres & réalisations
Dyptique criminel dépeignant un manipulateur génial semant le chaos dans la société de Weimar. Le film est lu comme une métaphore prophétique de la montée des dictatures.
Fresque épique en deux parties adaptée de la mythologie germanique, tournée avec une maîtrise formelle impressionnante. Œuvre monumentale qui confirme Lang comme le maître du cinéma allemand.
Chef-d'œuvre absolu du cinéma muet et acte fondateur de la science-fiction cinématographique, Metropolis décrit une cité futuriste dystopique divisée entre une élite oisive et des travailleurs asservis aux machines. Inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2001.
Premier film parlant de Lang, portrait d'un tueur d'enfants traqué à la fois par la police et la pègre dans une Berlin angoissée. Considéré comme l'un des dix plus grands films de l'histoire du cinéma.
Premier film américain de Lang, dénonçant le lynchage et la justice populaire aux États-Unis. Marque le début de sa collaboration avec Hollywood et son adaptation au cinéma américain.
Film noir psychologique fondateur avec Edward G. Robinson, qui établit les conventions visuelles et narratives du genre — éclairage contrasté, femme fatale, destin tragique du héros ordinaire.
Sommet du film noir hollywoodien de Lang, cette œuvre virulente dénonce la corruption policière et la brutalité de la société américaine. Gloria Grahame et Glenn Ford y donnent des performances mémorables.
Anecdotes
En mars 1933, le ministre de la propagande nazi Joseph Goebbels convoqua Fritz Lang pour lui proposer de prendre la tête du cinéma allemand, malgré ses origines juives maternelles. Lang raconta qu'il quitta Berlin le soir même pour Paris avec tout l'argent qu'il put emporter, laissant derrière lui maison, biens et carrière européenne plutôt que de servir le régime hitlérien.
Le tournage de Metropolis (1927) fut un cauchemar organisé : Lang fit tourner des milliers de figurants dans des conditions épuisantes, les plongeant dans un bassin d'eau glacée pendant des heures pour obtenir les scènes de foule. Le film engloutit cinq millions de Reichsmarks et faillit ruiner les studios UFA, le plus grand studio allemand de l'époque.
Pour M le Maudit (1931), son premier film parlant, Lang s'inspira de l'affaire réelle du tueur en série Peter Kürten, surnommé le 'Vampire de Düsseldorf'. Il passa des semaines dans des commissariats et auprès de criminologues pour rendre le film le plus réaliste possible — une démarche documentaire révolutionnaire pour l'époque.
Lang était connu pour son caractère autoritaire sur ses tournages. Il portait un monocle distinctif et imposait des dizaines de prises à ses acteurs jusqu'à l'épuisement. Peter Lorre, qui jouait le meurtrier dans M, témoigna que Lang lui fit répéter la scène de l'arrestation pendant des jours entiers pour capturer l'expression de terreur parfaite.
Arrivé aux États-Unis en 1936 sans maîtriser l'anglais, Lang dut repartir de zéro à Hollywood. Il adapta son style à l'industrie américaine et inventa en grande partie les codes du film noir, ce genre sombre et désenchanté qui allait influencer des générations de cinéastes comme Alfred Hitchcock ou Orson Welles.
Sources primaires
Goebbels note dans son journal avoir reçu Fritz Lang et lui avoir proposé de diriger la production cinématographique du Reich. L'entrée confirme la tenue de la réunion qui poussa Lang à l'exil.
Œuvre fondatrice de la science-fiction cinématographique, Metropolis dépeint une cité dystopique divisée entre élites souterraines et travailleurs exploités, posant des questions sociales toujours actuelles sur l'aliénation par la machine.
Premier film parlant de Lang, M met en scène la traque d'un tueur d'enfants par la police et la pègre berlinoise. La séquence d'interrogatoire final est considérée comme un sommet de la mise en scène expressionniste.
Dans cet entretien fleuve, Lang revient sur sa fuite d'Allemagne nazie, son adaptation à Hollywood et sa vision du cinéma comme art populaire à portée politique et morale.
Peu avant la convocation de Lang, les autorités nazies interdirent son film Le Testament du Docteur Mabuse, estimant que les discours du personnage du Mabuse rappelaient trop les méthodes hitlériennes — une interdiction qui précipita le départ de Lang.
Lieux clés
Ville natale de Fritz Lang, capitale culturelle de l'empire austro-hongrois où il grandit dans une famille bourgeoise. Il y étudia l'architecture avant de se tourner vers les arts et le cinéma.
Principal lieu de travail de Lang en Allemagne, ces studios fondés en 1912 près de Berlin étaient les plus grands d'Europe. C'est là que furent tournés Metropolis, M le Maudit et ses autres chefs-d'œuvre de la période Weimar.
Ville où Lang connut la gloire cinématographique dans les années 1920, Berlin était alors une métropole bouillonnante, décadente et créative qui inspirait directement ses œuvres sur la modernité urbaine et ses dangers.
Première étape de l'exil de Lang après sa fuite d'Allemagne nazie en 1933. Il y réalisa Liliom (1934) avant de poursuivre sa route vers les États-Unis, refusant de mettre son talent au service du régime hitlérien.
Lieu de la seconde vie artistique de Lang, où il s'installa définitivement à partir de 1936. Il y forgea les codes du film noir hollywoodien et y réalisa la deuxième partie de son œuvre jusqu'à sa mort en 1976.
Objets typiques

Instrument central du travail de Lang, les caméras Ernemann ou Debrie utilisées lors de ses films allemands permettaient des mouvements complexes et des cadrages innovants. Lang considérait la caméra comme un œil narrateur doté d'une intention morale.

Fritz Lang portait un monocle vissé à l'œil droit, qui était devenu sa signature visuelle et un symbole de son autorité sur les tournages. Accessoire de la bourgeoisie européenne du début du XXe siècle, il renforçait son image de metteur en scène exigeant et distant.

Les premiers films de Lang étaient enregistrés sur pellicule nitrate de cellulose, un support hautement inflammable qui a causé de nombreux incendies dans les cinémas. La majorité des films muets de l'ère Weimar ont été perdus à cause de la fragilité de ce matériau.

Sur les grands tournages comme Metropolis où des milliers de figurants étaient dirigés simultanément, Lang utilisait un mégaphone pour donner ses ordres à travers les vastes plateaux des studios UFA de Babelsberg. Cet outil incarnait son autorité absolue sur ses équipes.

Lang était réputé pour la précision obsessionnelle de sa préparation. Ses scénarios et découpages visuels dessinés à la main détaillaient chaque cadrage avant le tournage, une méthode de travail qui lui venait de sa formation initiale d'architecte et de peintre.

Les affiches des films de Lang, dessinées dans le style expressionniste allemand avec des lignes angulaires, des contrastes forts et des perspectives déformées, constituaient une forme d'art à part entière. Celles de Metropolis sont aujourd'hui parmi les images les plus iconiques du XXe siècle.
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Vie quotidienne
Matin
Dans ses années berlinoises, Lang commençait ses journées à l'aube pour arriver le premier sur les plateaux des studios UFA de Babelsberg. Il consacrait les premières heures à revoir ses découpages et à préparer ses équipes techniques, parfois en peignant lui-même des détails de décors pour obtenir l'effet exact qu'il avait en tête.
Après-midi
Les après-midi étaient consacrées au tournage proprement dit, souvent éprouvant pour tous. Lang pouvait exiger vingt, trente, voire cinquante prises de la même scène, s'arrêtant pour corriger la position d'une ombre ou le mouvement d'un figurant. Son monocle vissé à l'œil, il observait chaque cadrage avec une minutie d'architecte.
Soir
Les soirs, Lang fréquentait les cabarets et cafés intellectuels de Berlin — le Romanisches Café où se retrouvaient artistes et écrivains de la République de Weimar. Ces sorties nourissaient sa vision d'une société moderne en crise, qu'il retranscrivait dans ses films. Il travaillait aussi la nuit sur ses scénarios.
Alimentation
Comme beaucoup de bourgeois viennois de sa génération, Lang appréciait la cuisine autrichienne et allemande classique — Wiener Schnitzel, Kaffee und Kuchen. Aux États-Unis, il s'adapta aux repas hollywoodiens pris dans les cantines des studios ou chez des amis émigrés allemands qui reconstitutaient autour de leur table un fragment de l'Europe perdue.
Vêtements
Lang soignait son apparence avec une élégance européenne tranchant avec la décontraction hollywoodienne. Costumes ajustés, cravates strictes et son inséparable monocle composaient une silhouette immédiatement reconnaissable sur les tournages, qui contribuait à l'aura d'autorité qu'il cultivait consciemment.
Habitat
À Berlin, Lang habitait une villa confortable dans le quartier bourgeois, entourée d'œuvres d'art contemporain. Après son exil, il vécut à Beverly Hills dans une maison qu'il réaménagea à son goût, conservant sur ses murs des peintures expressionnistes et des œuvres d'artistes amis également exilés d'Europe.






