Première femme cinéaste de l'histoire, Alice Guy réalise son premier film narratif chez Gaumont vers 1896. Elle fonde ensuite aux États-Unis la Solax Company, l'une des plus grandes maisons de production de l'époque, avant de sombrer dans l'oubli malgré une œuvre considérable.
Alice Guy(1873 — 1968)
Alice Guy
France
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Questions fréquentes
Faits marquants
- Vers 1896 : réalise La Fée aux Choux, considéré comme l'un des premiers films narratifs de l'histoire du cinéma
- 1900-1906 : dirige la production de films chez Gaumont, supervisant des centaines de courts métrages
- 1910 : fonde la Solax Company à Fort Lee (New Jersey), l'une des premières femmes à diriger sa propre maison de production
- 1912-1914 : produit et réalise plus de 150 films sous sa propre bannière aux États-Unis
- Longtemps oubliée, elle n'est redécouverte et réhabilitée qu'à la fin du XXe siècle par les historiens du cinéma
Œuvres & réalisations
Court film de fiction souvent cité comme l'une des premières œuvres narratives de l'histoire du cinéma. Alice Guy y met en scène une fée faisant naître des bébés dans un potager, inaugurant l'usage du cinéma comme outil de storytelling plutôt que de simple captation du réel.
Ensemble de courts métrages synchronisés avec des enregistrements sonores grâce au Chronophone Gaumont, incluant des airs d'opéra, des chansons populaires et des scènes parlées. Alice Guy y invente en pratique les bases du cinéma sonore vingt ans avant le film parlant.
Ambitieuse reconstitution de la vie du Christ en plusieurs tableaux avec environ trois cents figurants, l'une des plus grandes productions françaises de l'époque. Ce film démontre la capacité d'Alice Guy à orchestrer des superproductions à grande échelle dès le début du XXe siècle.
Film satirique dans lequel les femmes prennent le pouvoir et les hommes se retrouvent cantonnés aux tâches domestiques. Cette comédie sociale témoigne d'une conscience aiguë des inégalités de genre, remarquablement rare dans la production cinématographique de l'époque.
Mélodrame produit et réalisé pour la Solax Company, régulièrement cité par les historiens du cinéma muet comme l'un des films les plus aboutis de la production américaine de cette période, alliant émotion et maîtrise technique.
Film américain tourné avec une distribution entièrement composée d'acteurs afro-américains, l'un des tous premiers du genre dans l'histoire du cinéma américain. Alice Guy y affirme une démarche artistique délibérément en rupture avec les pratiques ségrégationnistes d'Hollywood.
Anecdotes
Vers 1896, Alice Guy demande à son patron Léon Gaumont l'autorisation de tourner un petit film avec des employés de la maison. Gaumont accepte, à condition que cela ne perturbe pas le travail ordinaire. Ce film — probablement La Fée aux choux — est l'une des premières fictions cinématographiques de l'histoire. Alice Guy a alors 23 ans et n'a reçu aucune formation en réalisation.
À la Solax Company qu'elle fonde en 1910 au New Jersey, Alice Guy fait afficher sur ses plateaux la consigne : « BE NATURAL » (Soyez naturels). Elle exige de ses acteurs un jeu sobre et réaliste, en rupture avec la pantomime exagérée héritée du théâtre, anticipant ainsi les méthodes du cinéma moderne bien avant que Stanislavski ne soit connu aux États-Unis.
En 1912, Alice Guy réalise A Fool and His Money, l'un des premiers films de l'histoire avec une distribution entièrement composée d'acteurs afro-américains. Ce choix audacieux, extraordinairement rare pour Hollywood naissant, témoigne d'une sensibilité artistique et sociale remarquablement en avance sur son temps.
Rentrée en France en 1922 après son divorce, Alice Guy passe des décennies à tenter de récupérer ses films et de faire reconnaître son œuvre. La plupart des pellicules avaient été détruites, perdues ou attribuées à d'autres réalisateurs — parfois à son propre mari. Ce n'est qu'en 1953 qu'elle reçoit la Légion d'honneur, mais son rôle de pionnière ne sera vraiment reconnu qu'après sa mort.
À la tête de la production artistique des studios Gaumont à Paris au début des années 1900, Alice Guy supervise et réalise des centaines de films tout en gérant une équipe de techniciens et d'acteurs. Elle est alors directrice artistique de l'une des plus grandes maisons de production mondiales — une position proprement unique pour une femme à la Belle Époque.
Sources primaires
C'est en 1896, après la présentation par M. Gaumont du Chronophotographe Demeny, que l'idée me vint de me servir de cet appareil pour illustrer des chansons ou de petites scènes jouées par des amis. M. Gaumont y consentit, à la condition que cela ne nuise pas à mon travail de secrétaire.
Mme Alice Blaché is in complete charge of the Solax Company's producing end, and the success of Solax pictures is due in large measure to her efforts and artistic genius as a director.
Solax films are produced under the personal supervision of Madame Alice Blaché, who has devoted the greater part of her professional life to the production of motion pictures and whose experience in this field is unrivalled.
Ensemble de lettres professionnelles conservées aux archives Gaumont témoignant des négociations sur la direction artistique, les budgets de production et la gestion des équipes techniques entre 1897 et 1907.
Lieux clés
Ville de naissance d'Alice Guy, le 1er juillet 1873. Elle passe une partie de son enfance entre la France et le Chili, où son père dirige une librairie, avant de revenir s'installer à Paris.
Lieu où Alice Guy débute comme secrétaire de Léon Gaumont avant de devenir directrice artistique. Elle y réalise l'essentiel de son œuvre française entre 1896 et 1907, supervisant la totalité de la production fiction de la maison.
Capitale américaine du cinéma avant Hollywood, c'est ici qu'Alice Guy installe en 1912 les studios définitifs de la Solax Company et réalise la majorité de ses quelque trois cents films américains.
Premier emplacement de la Solax Company, fondée par Alice Guy en 1910, avant le déménagement vers les studios plus grands de Fort Lee en 1912.
Ville où Alice Guy décède le 24 mars 1968, à l'âge de 94 ans, après avoir passé ses dernières années aux États-Unis auprès de sa fille, dans un relatif anonymat.
Objets typiques

Appareil de prise de vues utilisé chez Gaumont à la fin des années 1890. Alice Guy s'en empare dès ses débuts pour tourner ses premières fictions, inaugurant une utilisation narrative de la caméra au-delà du simple enregistrement de la réalité.

Dispositif de synchronisation son-image développé par Léon Gaumont, avec lequel Alice Guy réalise des centaines de phonoscènes entre 1902 et 1907. Ces courts films chantés ou parlés constituent une anticipation remarquable du cinéma parlant, vingt ans avant The Jazz Singer.

Cône acoustique utilisé sur les tournages pour transmettre les indications aux acteurs et à l'équipe technique à distance. Symbole de l'autorité du metteur en scène, il est l'outil quotidien d'Alice Guy sur ses nombreux plateaux de la Solax Company.

Support filmique standard de l'ère du muet, sensible uniquement à certaines longueurs d'onde lumineuses, rendant le rouge très sombre. Alice Guy apprend très tôt à composer ses images et à choisir les costumes en tenant compte de ces contraintes chimiques et optiques.

Alice Guy rédige elle-même ses scénarios sur machine à écrire, une pratique encore rare dans un métier où la plupart des films étaient improvisés. Cette habitude lui confère une maîtrise narrative singulière et une productivité exceptionnelle.

Tableau ardoisé sur lequel sont inscrits le titre du film, le numéro de scène et le numéro de prise, permettant d'identifier et de synchroniser les rushes au montage. Les studios Solax d'Alice Guy contribuent à systématiser son usage dans la production américaine.
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Vie quotidienne
Matin
Dans ses années parisiennes chez Gaumont (1896–1907), Alice Guy arrive tôt aux studios de Belleville pour coordonner les préparatifs du tournage : distribution des rôles, vérification des décors peints à la main, essais des costumes. Elle supervise personnellement l'installation des éclairages — lampes à arc ou lumière naturelle selon la météo — et lit le script de la journée avec ses acteurs avant la première prise.
Après-midi
Les après-midis sont consacrés au tournage proprement dit, souvent en extérieur dans les jardins des studios pour profiter de la lumière naturelle indispensable aux pellicules orthochromatiques de l'époque. Alice Guy dirige ses acteurs au mégaphone, supervise les prises de vues, et peut enchaîner plusieurs scènes distinctes en une seule journée grâce à son sens aigu de l'organisation.
Soir
Le soir, Alice Guy visionne les pellicules développées dans la journée, prend des notes sur les retakes nécessaires, et rédige les scénarios des films à venir sur sa machine à écrire. À la Solax aux États-Unis, ces soirées de travail se prolongent souvent par des discussions avec son mari Herbert Blaché et ses techniciens sur les plans du lendemain.
Alimentation
En tant que femme de la bourgeoisie française de la Belle Époque, Alice Guy suit le régime structuré de son milieu : repas en plusieurs services autour du pain, des légumes de saison, de la viande et du vin lors des repas formels. Aux États-Unis, elle adopte certaines habitudes alimentaires américaines tout en maintenant les traditions culinaires françaises dans son foyer du New Jersey.
Vêtements
Alice Guy porte les vêtements caractéristiques de la femme bourgeoise de la Belle Époque : corsages à col haut fermés par des boutons, jupes longues et évasées, corset, cheveux relevés en chignon élaboré. Sur les plateaux de tournage, elle adapte sa tenue pour se mouvoir librement entre les décors et les caméras, mais conserve toujours une apparence soignée conforme aux codes sociaux de son rang.
Habitat
À Paris, Alice Guy occupe un appartement bourgeois dans un quartier résidentiel proche des studios Gaumont. Aux États-Unis, elle s'installe avec Herbert Blaché dans une maison cossue du New Jersey, en banlieue de New York — demeure confortable qui reflète le succès commercial considérable de la Solax Company à son apogée entre 1912 et 1914.






