Gayatri Spivak(1942 —)

Gayatri Spivak

Inde

9 min de lecture

PhilosophiePhilosopheActivistePédagogueXXe siècleNée dans l'Inde post-indépendante, Spivak développe sa pensée dans le contexte de la décolonisation mondiale et de l'essor des études culturelles et féministes dans les universités anglo-saxonnes des années 1970-1990.

Gayatri Chakravorty Spivak est une philosophe et critique littéraire indienne, figure fondatrice des études postcoloniales. Connue pour son essai « Can the Subaltern Speak ? » (1988), elle interroge la capacité des dominés à se faire entendre dans les discours occidentaux. Elle est également la traductrice en anglais de « De la grammatologie » de Derrida.

Questions fréquentes

Gayatri Chakravorty Spivak (née en 1942 à Calcutta) est une philosophe et critique littéraire indienne, figure fondatrice des études postcoloniales. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle a radicalement changé la façon dont on pense la voix des dominés. Son essai Can the Subaltern Speak? (1988) montre que les groupes marginalisés — qu'elle appelle les subalternes — sont souvent incapables de se faire entendre, même par ceux qui veulent les aider. Moins une simple théoricienne qu'une intellectuelle engagée, elle a aussi fondé des écoles rurales au Bengale-Occidental pour lutter concrètement contre l'invisibilisation.

Citations célèbres

« Le subalterne ne peut pas parler. »

Faits marquants

  • 1942 : Naissance à Calcutta, dans l'Inde britannique, un an avant la grande famine du Bengale
  • 1976 : Publication de sa traduction anglaise de « De la grammatologie » de Jacques Derrida, avec une préface critique devenue référence
  • 1988 : Publication de l'essai « Can the Subaltern Speak ? », texte fondateur des études postcoloniales
  • Depuis 1991 : Professeure à l'Université Columbia (New York), l'une des plus influentes de sa discipline
  • 2012 : Reçoit le Kyoto Prize en arts et philosophie pour l'ensemble de son œuvre

Œuvres & réalisations

Traduction de 'De la grammatologie' de Derrida (1976)

Première traduction anglaise de l'œuvre fondatrice de Derrida. La longue préface de Spivak devient une introduction indépendante à la déconstruction, lue par des générations d'étudiants anglophones.

Can the Subaltern Speak? (1988)

Essai fondateur des études postcoloniales et féministes, traduit en une vingtaine de langues. Spivak y démontre que la femme subalternes est doublement effacée : par le colonialisme et par les représentations que font d'elle même les intellectuels progressistes.

In Other Worlds: Essays in Cultural Politics (1987)

Recueil d'essais mêlant féminisme, marxisme et déconstruction. Spivak y établit sa méthode critique originale qui refuse de choisir entre ces traditions théoriques.

The Post-Colonial Critic: Interviews, Strategies, Dialogues (1990)

Recueil d'entretiens où Spivak expose sa pensée de façon plus accessible. Ces dialogues permettent de comprendre l'itinéraire intellectuel d'une penseuse inclassable.

A Critique of Postcolonial Reason: Toward a History of the Vanishing Present (1999)

Œuvre majeure et synthétique qui revisite Kant, Hegel et Marx à travers le prisme postcolonial. Spivak y montre comment les grands textes philosophiques occidentaux effacent systématiquement le sujet colonisé.

Death of a Discipline (2003)

Essai sur l'avenir des études comparatives en littérature. Spivak plaide pour une discipline renouvelée qui intègre les littératures du monde entier, au-delà du canon européen.

An Aesthetic Education in the Era of Globalization (2012)

Vaste recueil d'essais sur l'éducation humaniste à l'ère mondialisée. Spivak y défend la formation littéraire comme outil de résistance à la marchandisation du savoir.

Anecdotes

En 1976, Gayatri Chakravorty Spivak traduit en anglais 'De la grammatologie' de Jacques Derrida, un texte philosophique réputé intraduisible. Sa préface de 80 pages dépasse en longueur l'introduction originale et devient elle-même un texte de référence mondial. Cette traduction lance sa carrière internationale et prouve qu'une femme indienne peut s'imposer au cœur du débat philosophique occidental.

Son essai 'Can the Subaltern Speak?' (1988) commence par une question en apparence simple : les personnes dominées et marginalisées peuvent-elles vraiment faire entendre leur voix ? Spivak démontre que non seulement leur parole est étouffée, mais que même les intellectuels progressistes occidentaux contribuent parfois à ce silence sans s'en rendre compte. Ce texte de quelques dizaines de pages bouleverse les études postcoloniales et continue d'être lu dans les universités du monde entier.

Née à Calcutta en 1942, Spivak grandit dans une famille de la classe moyenne bengalie instruite. Elle étudie à l'université de Calcutta puis obtient une bourse pour l'université Cornell aux États-Unis, où elle rédige sa thèse sur le poète irlandais Yeats. Cette trajectoire entre Orient et Occident façonne toute sa pensée : elle n'appartient pleinement ni à l'un ni à l'autre, ce qui lui permet de les critiquer tous les deux.

Spivak cofonde avec Ranajit Guha le groupe des Subaltern Studies, un collectif d'historiens et de théoriciens qui réécrivent l'histoire de l'Inde 'par le bas', du point de vue des paysans, des femmes et des sans-voix. Elle introduit cependant une nuance critique : même ce projet risque de parler 'pour' les subalternes plutôt que de leur laisser la parole. Cette autocritique permanente est une marque distinctive de son œuvre.

En 1997, Spivak crée une fondation pour financer des écoles rurales dans les régions les plus pauvres du Bengale-Occidental. Elle y consacre une partie de ses honoraires d'universitaire célèbre, affirmant qu'une intellectuelle postcoloniale a une responsabilité concrète envers les populations dont elle parle. Cette démarche illustre son refus de séparer théorie abstraite et engagement pratique.

Sources primaires

Can the Subaltern Speak? (1988)
The subaltern cannot speak. There is no virtue in global laundry lists with 'woman' as a pious item. Representation has not withered away.
Translator's Preface — Of Grammatology (Derrida) (1976)
I must here acknowledge my debt to Paul de Man, who first suggested this translation to me and whose painstaking reading of the manuscript has greatly aided me.
A Critique of Postcolonial Reason: Toward a History of the Vanishing Present (1999)
Like the 'native informant' in anthropology, the subaltern woman is the object, not the subject, of the postcolonial discourse.
Interview dans 'The Post-Colonial Critic: Interviews, Strategies, Dialogues' (1990)
I am not trying to find an authentic voice. I am trying to question the authority of the investigating subject without paralyzing that subject.
Death of a Discipline (2003)
Comparative literature as a discipline has always had a strong implicit politics: the 'great' languages of Europe were the object of its attention.

Lieux clés

Calcutta (Kolkata), Inde

Ville natale de Spivak, capitale intellectuelle et culturelle du Bengale. C'est là qu'elle reçoit sa première formation littéraire et développe une conscience aiguë des inégalités sociales héritées de la colonisation.

Cornell University, Ithaca, New York

Université américaine où Spivak prépare sa thèse de doctorat sur Yeats sous la direction de Paul de Man. C'est là qu'elle découvre la déconstruction et entame la traduction de Derrida.

Columbia University, New York

Institution où Spivak enseigne depuis les années 1990 comme University Professor, le titre le plus prestigieux de l'université. Son séminaire est fréquenté par des doctorants du monde entier.

Purulia, Bengale-Occidental, Inde

District rural pauvre où Spivak finance et supervise des écoles primaires dans le cadre de sa fondation Pares Chandra et Sivani Chakravorty. Ce lieu incarne son engagement concret auprès des populations subalternes dont elle théorise la condition.

Paris, France

Ville où Derrida enseigne et où la déconstruction se développe dans les années 1960-1970. Spivak entretient des liens étroits avec ce milieu intellectuel parisien qui a profondément influencé sa pensée.

Liens externes & ressources

Voir aussi