George Grosz(1893 — 1959)

George Grosz

États-Unis, Allemagne

7 min de lecture

Arts visuelsPolitiqueArtisteXXe siècleAllemagne de la République de Weimar et montée du nazisme, première moitié du XXe siècle

Peintre et dessinateur allemand (1893-1959), figure majeure du dadaïsme berlinois et de la Nouvelle Objectivité. Ses caricatures féroces dénoncent la corruption, le militarisme et les inégalités de la République de Weimar.

Questions fréquentes

George Grosz (1893-1959) est un peintre et dessinateur allemand, figure majeure du dadaïsme berlinois et de la Nouvelle Objectivité. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a utilisé la caricature féroce pour dénoncer la corruption, le militarisme et les inégalités de la République de Weimar. Son regard critique sur la société, à travers des œuvres comme Les Piliers de la société (1926), en fait un témoin essentiel d'une époque troublée, et son influence dépasse l'art pour toucher la satire politique moderne.

Faits marquants

  • Né à Berlin en 1893, mort en 1959 après son retour en Allemagne
  • Cofondateur du groupe Dada Berlin vers 1918-1920
  • Figure de proue du mouvement de la Nouvelle Objectivité (Neue Sachlichkeit) dans les années 1920
  • Ses œuvres satiriques attaquent la bourgeoisie, l'armée et la République de Weimar
  • Émigre aux États-Unis en 1933 ; ses œuvres sont qualifiées d'"art dégénéré" par les nazis

Œuvres & réalisations

Allemagne, un conte d'hiver (Deutschland, ein Wintermärchen) (1917-1919)

Tableau-manifeste qui superpose, dans un espace éclaté façon cubiste, le bourgeois, le prêtre et le militaire, piliers d'une société corrompue.

Les Piliers de la société (Stützen der Gesellschaft) (1926)

Œuvre majeure de la Nouvelle Objectivité dénonçant les élites de Weimar : crânes ouverts laissant voir leurs pensées (cheval militaire, journaux mensongers).

Le Visage de la classe dominante (Das Gesicht der herrschenden Klasse) (1921)

Recueil de dessins satiriques au vitriol contre les industriels, les généraux et les profiteurs ; un des sommets de la caricature politique.

Éclipse de soleil (Sonnenfinsternis) (1926)

Toile allégorique montrant des politiciens sans tête menés par un industriel autour d'un homme décapité, dénonçant la soumission au capital.

Ecce Homo (1922-1923)

Portfolio d'aquarelles et dessins sur la décadence du Berlin de Weimar, qui lui vaut un procès pour atteinte aux mœurs.

Christ au masque à gaz (Maul halten und weiter dienen) (1927-1928)

Dessin représentant le Christ crucifié en bottes et masque à gaz, qui provoque un retentissant procès pour blasphème.

Métropole (Metropolis) (1916-1917)

Vision chaotique et rougeoyante de la grande ville moderne, marquée par l'influence du futurisme et de l'expressionnisme.

Anecdotes

En 1916, par protestation contre le nationalisme allemand et par admiration provocatrice pour l'ennemi, Georg Groß angliciser son nom en 'George Grosz'. Son ami Helmut Herzfeld fit de même en devenant 'John Heartfield' : c'était une façon de se moquer de l'hystérie anti-anglaise qui régnait pendant la Première Guerre mondiale.

En 1920, Grosz est traîné en justice pour avoir 'insulté l'armée allemande' avec son portfolio de dessins 'Gott mit uns' (Dieu avec nous). Ce ne sera pas son seul procès : il sera poursuivi trois fois dans les années 1920, notamment pour blasphème en 1928 à cause d'un dessin montrant le Christ en croix portant un masque à gaz et des bottes militaires.

Pendant la révolution allemande de novembre 1918, Grosz adhère au tout jeune Parti communiste allemand. En 1922, il voyage cinq mois en Russie soviétique et rencontre Lénine en personne, mais il revient profondément déçu par ce qu'il y a vu et finit par s'éloigner du communisme.

Flairant le danger nazi, Grosz quitte l'Allemagne pour les États-Unis en janvier 1933, quelques jours seulement avant qu'Hitler ne devienne chancelier. Les nazis le déclarèrent 'ennemi numéro un' de l'État ; ses œuvres furent saisies et exposées comme 'art dégénéré' (entartete Kunst) en 1937.

En 1959, Grosz revient s'installer à Berlin après 26 ans d'exil américain. Quelques semaines plus tard, après une soirée trop arrosée, il tombe dans l'escalier de son immeuble et meurt. Il avait écrit avec ironie qu'il voulait mourir à Berlin.

Sources primaires

Ein kleines Ja und ein großes Nein (Un petit oui et un grand non), autobiographie de George Grosz (1946 (édition originale en allemand 1955))
Je dessinais et peignais par esprit de contradiction et je cherchais, par mon travail, à convaincre le monde qu'il était laid, malade et hypocrite.
Das Gesicht der herrschenden Klasse (Le Visage de la classe dominante), recueil de dessins (1921)
Recueil de 57 dessins satiriques dénonçant les industriels, militaires et bourgeois de la République de Weimar, publié par le Malik-Verlag.
Lettre de George Grosz à son ami Otto Schmalhausen (vers 1925)
Mes dessins exprimaient mon désespoir, ma haine et ma désillusion. Je dessinais les ivrognes, les hommes vomissant, les hommes maudissant la lune le poing levé.
Acte d'accusation du procès pour blasphème (Christus mit der Gasmaske) (1928)
L'accusé Grosz est poursuivi pour avoir représenté le Christ crucifié portant un masque à gaz et des bottes militaires, sous-titré 'Maul halten und weiter dienen' (Ferme ta gueule et continue de servir).

Lieux clés

Berlin

Ville natale de Grosz et théâtre de toute son œuvre satirique sur la République de Weimar. Il y revient mourir en 1959.

Académie des beaux-arts de Dresde

Grosz y étudie le dessin de 1909 à 1911. C'est là que se forme son métier de dessinateur.

Moscou (Russie soviétique)

Grosz y séjourne en 1922 et y rencontre Lénine. Ce voyage marque le début de sa désillusion politique.

New York

Lieu d'exil de Grosz à partir de 1933, où il enseigne à l'Art Students League. Sa peinture y devient plus sombre et allégorique.

Munich — exposition d'art dégénéré

En 1937, les nazis y exposent des œuvres de Grosz pour les ridiculiser comme 'art dégénéré'. Beaucoup furent ensuite vendues ou détruites.

Voir aussi