Biographie

Otto Dix est un peintre et graveur allemand, figure majeure de la Nouvelle Objectivité (Neue Sachlichkeit). Marqué par son expérience des tranchées de la Première Guerre mondiale, il livre une œuvre d'une crudité réaliste dénonçant l'horreur de la guerre et les travers de la société allemande de l'entre-deux-guerres.

Otto Dix(1891 — 1969)

Otto Dix

Allemagne

7 min de lecture

Arts visuelsArtisteXXe siècleAllemagne du premier XXe siècle : Première Guerre mondiale, République de Weimar et montée du nazisme

Questions fréquentes

Otto Dix (1891-1969) est un peintre et graveur allemand, figure centrale de la Nouvelle Objectivité (Neue Sachlichkeit). Ce qu'il faut retenir, c'est que son expérience traumatisante des tranchées de la Première Guerre mondiale a nourri une œuvre d'une crudité réaliste sans précédent. Il ne se contente pas de montrer la guerre : il en démonte les mécanismes et en exhibe les cicatrices sur les corps et les âmes, ce qui le rend singulier parmi les artistes de son époque.

Citations célèbres

« Toute guerre suppose qu'on observe à fond, de près, l'homme dans cet état extrême.»
« Je devais voir tout cela de mes propres yeux.»

Faits marquants

  • Né en 1891 à Untermhaus, près de Gera (Allemagne).
  • S'engage et combat comme mitrailleur durant la Première Guerre mondiale (1914-1918), expérience qui marque toute son œuvre.
  • Réalise le portfolio de gravures « Der Krieg » (La Guerre) en 1924 et le triptyque « La Guerre » (1929-1932).
  • Ses œuvres sont qualifiées d'« art dégénéré » (Entartete Kunst) par les nazis à partir de 1933 ; il est démis de son poste de professeur à l'Académie de Dresde.
  • Meurt en 1969 à Singen (Allemagne).

Œuvres & réalisations

Der Krieg (La Guerre), cycle de 50 eaux-fortes (1924)

Suite de gravures d'une crudité extrême sur l'horreur des tranchées, inspirée des « Désastres de la guerre » de Goya. L'une des plus fortes dénonciations visuelles de la Première Guerre mondiale.

La Tranchée (Der Schützengraben) (1923)

Tableau si insoutenable de réalisme qu'il provoqua un scandale et fut décroché. Saisi par les nazis, il a aujourd'hui disparu.

Portrait de la journaliste Sylvia von Harden (1926)

Portrait emblématique de la Nouvelle Objectivité, image de la femme moderne et émancipée de l'époque de Weimar.

Les Joueurs de skat (Die Skatspieler) (1920)

Toile grinçante représentant trois invalides de guerre défigurés jouant aux cartes, dénonciation des mutilés oubliés de l'après-guerre.

Triptyque La Guerre (Der Krieg) (1929-1932)

Immense triptyque inspiré des retables religieux, sommet de son œuvre antimilitariste. Conservé aujourd'hui à la Galerie Neue Meister de Dresde.

La Grande Ville (Großstadt), triptyque (1927-1928)

Tableau en trois panneaux contrastant la fête bourgeoise et la misère des rues, portrait acéré de la société de Weimar.

Métropolis / Portrait des parents de l'artiste (années 1920)

Série de portraits d'une grande franchise psychologique, refusant toute idéalisation, typiques de la Nouvelle Objectivité.

Anecdotes

Engagé volontaire en 1914, Otto Dix combattit comme mitrailleur sur le front de la Somme et fut profondément marqué par les tranchées. Toute sa vie, il fit des cauchemars où il rampait dans des maisons détruites. Il disait que la guerre était « quelque chose de bestial » qu'un artiste devait avoir vu pour le comprendre.

En 1933, dès l'arrivée des nazis au pouvoir, Dix fut l'un des tout premiers artistes renvoyés : il perdit son poste de professeur à l'Académie de Dresde. Le régime jugea son art « dégénéré » et plus de 250 de ses œuvres furent confisquées dans les musées allemands.

Plusieurs de ses tableaux figurèrent dans l'exposition de propagande nazie « Entartete Kunst » (Art dégénéré) en 1937, exhibés pour être ridiculisés. Son grand triptyque antimilitariste « La Guerre » échappa de justesse à la destruction.

En 1939, Dix fut arrêté quelques jours par la Gestapo, accusé d'avoir participé à un complot manqué contre Hitler. En 1945, à plus de 50 ans, il fut enrôlé de force dans le Volkssturm (la milice populaire) et brièvement fait prisonnier par les Français.

Pour son tableau « La Tranchée », tellement réaliste et insoutenable qu'il provoqua un scandale, un directeur de musée de Cologne dut le décrocher en 1925 sous la pression. L'œuvre fut ensuite saisie par les nazis et a aujourd'hui disparu.

Sources primaires

Otto Dix, déclaration sur la guerre (années 1960 (entretien))
Il faut avoir vu les hommes dans cet état déchaîné pour savoir quelque chose de l'homme. La guerre est quelque chose de bestial : la faim, les poux, la boue, ces bruits insensés.
Otto Dix, sur la nécessité de peindre la guerre (entretien tardif)
En tant que jeune homme, on ne remarque pas du tout qu'on a été, au fond, profondément marqué. Pendant des années, au moins dix ans, j'ai eu sans cesse ces rêves dans lesquels je devais ramper à travers des maisons détruites.
Décision administrative nazie (avril 1933)
Le professeur Otto Dix est démis de ses fonctions à l'Académie des beaux-arts de Dresde, son art étant jugé contraire au sentiment moral du peuple allemand.

Lieux clés

Untermhaus (Gera), Thuringe

Village natal de Dix où il grandit dans un milieu ouvrier modeste. Sa maison natale est aujourd'hui un musée qui lui est consacré.

Dresde

Ville de sa formation artistique et où il fut professeur à l'Académie des beaux-arts de 1927 à son renvoi en 1933.

Front de la Somme

Champ de bataille de 1916 où Dix combattit comme mitrailleur. L'expérience des tranchées marqua durablement toute son œuvre.

Berlin

Capitale de la République de Weimar où Dix participa à la vie artistique d'avant-garde et représenta la société de l'entre-deux-guerres.

Hemmenhofen (lac de Constance)

Village où Dix se réfugia en « exil intérieur » après 1933 et où il vécut le reste de sa vie, peignant des paysages.

Singen

Ville proche du lac de Constance où Otto Dix mourut en 1969 des suites d'un accident vasculaire cérébral.

Liens externes & ressources

Rends-lui sa mémoireCharactorium est aussi un jeu sur Pi Network : ravive les figures oubliées de l'Histoire, une par une.Jouer dans Pi

Voir aussi