Grégoire Ier(540 — 604)

Grégoire Ier

8 min de lecture

LettresPolitiqueMoyen ÂgeHaut Moyen Âge, période de transition entre l'Antiquité tardive et le monde médiéval, marquée par les invasions lombardes en Italie et l'effondrement de l'Empire romain d'Occident

Pape de 590 à 604, Grégoire Ier est l'un des plus grands pontifes de l'Antiquité tardive et du haut Moyen Âge. Réformateur de l'Église, il organise la mission d'évangélisation de l'Angleterre et laisse une œuvre théologique et liturgique considérable.

Questions fréquentes

Grégoire Ier, pape de 590 à 604, est l'un des papes les plus influents du haut Moyen Âge. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a réformé l'Église, organisé la mission d'évangélisation de l'Angleterre et laissé une œuvre théologique considérable. Moins un simple chef religieux, il a aussi joué un rôle politique majeur en négociant avec les Lombards pour protéger Rome, affirmant l'autorité temporelle de la papauté. Son titre de Servus servorum Dei (« serviteur des serviteurs de Dieu ») qu'il a inventé illustre son humilité paradoxale.

Citations célèbres

« Serve Dei, serve servorum Dei. (Le serviteur de Dieu est le serviteur des serviteurs de Dieu.) »

Faits marquants

  • Né vers 540 à Rome dans une famille aristocratique, il devient préfet de Rome avant de se tourner vers la vie monastique
  • Élu pape en 590, en pleine épidémie de peste et lors des invasions lombardes menaçant Rome
  • Envoie en 596 le moine Augustin de Canterbury évangéliser les Anglo-Saxons d'Angleterre
  • Réforme la liturgie romaine ; le chant grégorien lui est traditionnellement attribué
  • Meurt en 604, laissant une vaste correspondance (plus de 800 lettres) et des œuvres théologiques majeures dont les Moralia in Job

Œuvres & réalisations

Regula Pastoralis (Règle pastorale) (590)

Manuel du parfait évêque, rédigé dès son élection pontificale. Traduit en grec de son vivant et en anglo-saxon par le roi Alfred le Grand, ce texte fut le guide de l'épiscopat occidental pendant tout le Moyen Âge.

Moralia in Job (578-595)

Immense commentaire en 35 livres du livre de Job, alliant exégèse littérale, allégorique et morale. Chef-d'œuvre de la théologie patristique latine, il fut l'un des textes les plus copiés et lus au Moyen Âge.

Dialogues (593-594)

Recueil de vies de saints italiens en quatre livres, dont la célèbre biographie de saint Benoît de Nursie (livre II). Ces récits de miracles contribuèrent à diffuser le modèle monastique bénédictin en Occident.

Homiliae in Evangelia (Homélies sur les Évangiles) (590-592)

Quarante homélies prononcées devant le peuple romain sur des passages des Évangiles. Ces textes accessibles illustrent le talent de Grégoire comme prédicateur et son souci de toucher tous les fidèles.

Registrum Epistularum (Registre des Lettres) (590-604)

Plus de 850 lettres à des correspondants du monde entier — évêques, rois, empereurs, abbés — couvrant quatorze années de pontificat. Source historique capitale sur l'Église et la politique de la fin du VIe siècle.

Mission d'Augustin en Angleterre (596-601)

Grégoire envoya le moine Augustin avec quarante compagnons évangéliser les Angles. Cette mission aboutit au baptême du roi Éthelbert de Kent et fonda l'Église d'Angleterre, dont Cantorbéry reste le siège primatial.

Réforme liturgique et chant grégorien (590-604)

Grégoire unifia et organisa la liturgie romaine, notamment le chant sacré. Le 'chant grégorien', codifié et développé après lui dans la tradition qu'il avait initiée, structura la musique d'Église occidentale jusqu'à la Renaissance.

Anecdotes

Avant de devenir pape, Grégoire aperçut sur le marché aux esclaves de Rome de jeunes garçons blonds aux yeux bleus. Apprenant qu'ils étaient Angles (Angli), il aurait répondu : 'Non Angli, sed Angeli' — 'Non pas des Angles, mais des Anges'. Cette rencontre l'aurait poussé à organiser la mission évangélique en Angleterre, confiée à son moine Augustin en 596.

Grégoire était issu d'une très riche famille romaine et aurait pu mener une brillante carrière politique. Il fut préfet de Rome vers 573. Mais il vendit tous ses biens, fonda six monastères en Sicile et un à Rome, et entra lui-même dans les ordres, renonçant volontairement à fortune et pouvoir pour une vie monastique austère.

Élu pape en 590 en pleine épidémie de peste, Grégoire organisa une procession de pénitence à travers Rome pour implorer la fin du fléau. Selon la légende, il aurait vu l'archange Michel rengainer son épée au-dessus du mausolée d'Hadrien — d'où le nom de 'Château Saint-Ange' donné plus tard à ce monument.

Grégoire souffrit toute sa vie de graves problèmes de santé — goutte, troubles digestifs chroniques — qu'il attribuait à son ascétisme monastique excessif pratiqué avant son pontificat. Il gouverna l'Église depuis son lit durant de longues périodes, mais continua à dicter des lettres et des sermons avec une énergie remarquable. On conserve plus de 800 de ses lettres.

Grégoire réforma en profondeur la liturgie et le chant religieux. Le 'chant grégorien', bien qu'il ne l'ait pas inventé de toutes pièces, lui est traditionnellement attribué : il aurait compilé et organisé le répertoire des mélodies liturgiques dans un antiphonaire, posant les bases du chant sacré occidental pour des siècles.

Sources primaires

Registrum Epistularum (Registre des Lettres) (601)
Grégoire à Augustin, évêque des Angles : 'Il ne faut pas détruire les temples des idoles chez ce peuple, mais seulement les idoles qui s'y trouvent... car si ces temples sont bien construits, il est nécessaire de les transformer en lieux où l'on adore le vrai Dieu.'
Moralia in Job (Commentaire moral sur Job) (578-595)
Quid est enim quod in hac vita arripit homo, quando ad mortem festinat ? — 'Qu'est-ce que l'homme saisit dans cette vie, alors qu'il se hâte vers la mort ?' Car toutes les choses qui passent sont comme si elles n'avaient jamais été.
Regula Pastoralis (Règle pastorale) (590)
L'art de gouverner les âmes est l'art des arts. Celui qui gouverne les autres doit d'abord se gouverner lui-même, de peur que, secourant les blessures d'autrui, il ne néglige les siennes propres.
Dialogues (Vie et miracles des saints italiens) (593-594)
Il arriva qu'un homme d'une grande sainteté, nommé Benoît, surgit dans la province de Nursie. Dès ses plus jeunes années il eut le cœur d'un vieillard, et menant une vie qui surpassait son âge, il ne livra point son âme aux plaisirs.
Homiliae in Evangelia (Homélies sur les Évangiles) (590-592)
Voyez, mes très chers frères, comment cette femme cherche celui qu'elle aime : elle pleure devant le sépulcre, elle se penche pour regarder à l'intérieur, et elle ne s'en va pas même après avoir vu que le tombeau est vide.

Lieux clés

Rome (Italie)

Ville natale et siège du pontificat de Grégoire. Il y administra l'Église, négocia avec les Lombards et organisa les secours aux populations affamées grâce au patrimoine de saint Pierre.

Monastère Saint-André, mont Cœlius, Rome

Fondé par Grégoire dans sa propre demeure familiale vers 575, ce monastère bénédictin fut son refuge spirituel. C'est de là que partirent Augustin et ses compagnons pour l'Angleterre en 596.

Constantinople (Istanbul, Turquie)

Capitale de l'Empire byzantin où Grégoire séjourna comme légat pontifical de 579 à 585. Il y observa la puissance impériale et y prêcha, mais l'expérience le convainquit de l'urgence d'une Église romaine autonome.

Cantorbéry (Angleterre)

Ville où s'installa la mission envoyée par Grégoire en 596. Augustin y devint le premier archevêque, fondant une institution religieuse qui structura le christianisme anglais pour des siècles.

Nursie (Norcia, Ombrie, Italie)

Ville natale de saint Benoît, dont Grégoire rédigea la biographie dans ses Dialogues. La règle bénédictine, que Grégoire admirait profondément, inspira toute son ecclésiologie et sa vision de la vie monastique.

Voir aussi