Le Baiser, Sécession viennoise, art nouveau
Gustave Klimt(1862 — 1918)
Gustave Klimt
empire d'Autriche, Autriche-Hongrie
7 min de lecture
Questions fréquentes
Faits marquants
- Gustave Klimt naît à Vienne en 1862 et devient l'un des peintres les plus représentatifs de l'Art nouveau autrichien.
- En 1897, il fonde la Sécession viennoise, un mouvement artistique cherchant à s'affranchir des académismes officiels.
- Entre 1907 et 1908, il peint Le Baiser, œuvre emblématique de sa « période dorée » caractérisée par l'usage abondant de feuilles d'or.
- Ses peintures murales pour l'Université de Vienne (1900-1907) provoquent un scandale pour leur représentation symbolique et sensuelle du corps humain.
- Il meurt en 1918 à Vienne, laissant une œuvre majeure qui influencera durablement l'art du XXe siècle, notamment l'expressionnisme autrichien.
Œuvres & réalisations
Décoration murale du théâtre impérial qui lui vaut la reconnaissance officielle et la Croix d'or de François-Joseph. Ces fresques académiques contrastent avec son style futur.
Immense frise de 34 mètres ornant le pavillon de la Sécession lors d'une exposition dédiée à Beethoven. Elle illustre l'Hymne à la joie et incarne idéal de l'art total (Gesamtkunstwerk).
Trois panneaux commandés par l'Université de Vienne, refusés pour obscénité et récupérés par Klimt. Brûlés par les nazis en 1945, ils ne sont connus que par des photographies.
Portrait d'une femme fatale en or et noir, représentant Judith tenant la tête d'Holopherne. Première grande œuvre de la période dorée, elle symbolise la femme émancipée et dangereuse.
Chef-d'œuvre absolu de Klimt, associant feuilles d'or, motifs géométriques et floraux dans une représentation de l'amour universel. Acheté immédiatement par l'État autrichien, il est l'un des tableaux les plus reproduits au monde.
Portrait d'une riche mécène juive viennoise, entièrement recouvert de feuilles d'or. Confisqué par les nazis, restitué à la famille en 2006, il est aujourd'hui à New York — son histoire a inspiré le film La Femme en or.
Composition tourbillonnante représentant des femmes à différents âges de la vie, typique de sa période tardive où les ornements géométriques cèdent la place à des formes plus fluides et psychologiques.
Anecdotes
Klimt était connu pour travailler dans une longue robe de moine bleue sans sous-vêtements, qu'il cousait lui-même. Il affirmait que cette tenue lui procurait une liberté totale de mouvement et d'esprit lors de ses séances de peinture.
En 1897, Klimt cofonda la Sécession viennoise avec un groupe d'artistes refusant les règles académiques. Leur devise, gravée au fronton de leur bâtiment, était : « À chaque époque son art, à l'art sa liberté. » Cette rupture marqua une révolution culturelle à Vienne.
Ses trois peintures commandées par l'Université de Vienne — Philosophie, Médecine et Jurisprudence — furent si scandaleuses que les professeurs eux-mêmes demandèrent à l'État de ne pas les exposer. Klimt remboursa les avances reçues et récupéra ses toiles, refusant toute censure.
Le Baiser (1907-1908) fut acheté dès son exposition par l'État autrichien, avant même que la toile ne soit sèche. C'est l'une des rares œuvres de Klimt à ne pas avoir été vendue à un collectionneur privé, et elle est aujourd'hui le tableau le plus visité du Belvédère de Vienne.
Klimt n'a jamais écrit de manifeste ni accordé d'entretiens sur son art. Il disait : « Si vous voulez savoir quelque chose de moi, regardez attentivement mes peintures. » Il restait profondément secret sur sa vie privée, bien qu'il eût de nombreuses relations et plusieurs enfants non reconnus.
Sources primaires
Je ne suis pas un artiste officiel. Je refuse d'exécuter des commandes qui me contraignent à trahir ma vision. Rendez-moi mes toiles.
Notre association ne reconnaît aucune distinction entre l'art 'élevé' et l'art 'décoratif'. Nous voulons que Vienne retrouve sa place parmi les grandes capitales artistiques de l'Europe.
À chaque époque son art, à l'art sa liberté. Nous invitons les artistes de toutes disciplines à rejeter les frontières artificielles entre les arts.
Gustav passait des heures à observer les femmes dans son atelier, à les laisser se déplacer librement avant de commencer à esquisser. Il disait que le mouvement était l'âme du corps.
Lieux clés
Principal atelier de Klimt à partir de 1892, où il reçut de nombreuses femmes comme modèles et produisit ses œuvres majeures. Klimt y entretenait aussi un jardin avec des chats.
Inauguré en 1898, ce lieu emblématique du modernisme viennois — surnommé le 'chou-fleur doré' — abritait les expositions de la Sécession et conserve aujourd'hui la Frise Beethoven.
Klimt passait chaque été au bord de ce lac avec Emilie Flöge et sa famille. Il y peignit la majorité de ses paysages, cherchant le calme loin de l'agitation viennoise.
Ce musée impérial conserve la plus grande collection d'œuvres de Klimt au monde, dont Le Baiser et Judith I. C'est le lieu de référence pour découvrir son travail.
Klimt participa à la décoration des écoinçons de ce musée impérial (1890-1891), une commande officielle qui lui valut la Croix d'or et lança sa carrière.
Objets typiques

Klimt utilisait des feuilles d'or véritable (or 24 carats) pour rehausser ses toiles, technique héritée de la mosaïque byzantine. Cette matière précieuse donne à ses œuvres leur luminosité caractéristique.

Klimt confectionnait lui-même de longues robes bleues sans col ni boutons pour peindre. Ce vêtement, inspiré des tenues japonaises, symbolisait son rejet des conventions bourgeoises.

Il remplissait des dizaines de carnets de dessins au trait, notamment de nus féminins. On lui attribue plus de 4 000 dessins, qui témoignent de son observation minutieuse du corps humain.

Pour ses ornements géométriques et ses motifs spiralés, Klimt utilisait des pinceaux très fins, proches de ceux des calligraphes japonais qu'il admirait.

La revue de la Sécession viennoise, à laquelle Klimt contribuait régulièrement, était un objet d'art en soi — format carré, typographie soignée, illustrations originales — symbole du projet Gesamtkunstwerk.

Klimt collectionnait des photographies de femmes et des estampes japonaises (ukiyo-e), dont il s'inspirait pour composer ses poses et ses motifs décoratifs.
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Vie quotidienne
Matin
Klimt se levait tôt, vers cinq ou six heures du matin, et se rendait immédiatement dans son atelier de la Josefstädter Straße. Il enfilait sa longue robe de travail bleue et commençait à peindre avant même le petit-déjeuner, profitant de la lumière matinale.
Après-midi
L'après-midi, il recevait ses modèles — souvent des femmes qu'il laissait circuler librement dans l'atelier tandis qu'il les observait et les croquait. Il pouvait remplir plusieurs pages de son carnet avant de se décider à peindre. Il aimait aussi s'occuper de ses chats et de son jardin.
Soir
Le soir, Klimt fréquentait les cafés viennois (Café Central, Café Landtmann) où il retrouvait les intellectuels et artistes de la Sécession. Il dînait souvent chez des mécènes bourgeois ou avec Emilie Flöge, sa compagne de toujours, mais rentrait toujours seul chez lui.
Alimentation
Klimt était un grand amateur de cuisine viennoise traditionnelle : Tafelspitz (bœuf bouilli), Gulasch, Apfelstrudel. Il prenait régulièrement son petit-déjeuner au café avec un Melange (café au lait viennois) et des Kipferl (croissants). Il n'était pas particulièrement sobre, appréciant le vin blanc autrichien.
Vêtements
Hors de son atelier, Klimt s'habillait de façon sobre mais soignée, sans ostentation bourgeoise. Il portait souvent un manteau sombre et un chapeau. Pour peindre, il ne portait que sa robe-kaftan bleue qu'il confectionnait lui-même, sans sous-vêtements — une excentricité délibérée.
Habitat
Klimt vivait dans un appartement fonctionnel à Vienne, séparé de son atelier. Son logement était sobre, contrastant avec la richesse visuelle de ses œuvres. Son véritable espace de vie spirituel était son atelier, encombré de toiles, de carnets et d'objets décoratifs orientaux, entouré d'un jardin sauvage.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Un style Art Nouveau symboliste dominé par les feuilles d'or, les motifs géométriques byzantins et japonais, opposant des fonds ornementaux abstraits à des visages et des mains traités avec un réalisme saisissant.
Ambiance sonore
Un mélange de raffinement bourgeois viennois et de silence studieux d'atelier : musique de chambre, frôlement de soie, grattement de fusain et bruissement de feuilles d'or dans un studio baigné de lumière.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Frise Beethoven
1902
Philosophie, Médecine, Jurisprudence (triptyque universitaire)
1900-1907
Judith I
1901
La Vierge
1913






