Hypatie(360 — 415)

Hypatie

Empire byzantin

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SciencesLettresTechnologiePhilosopheAstronomeAntiquitéBas-Empire romain, époque de la christianisation de l'Empire et du déclin d'Alexandrie comme centre intellectuel du monde antique

Mathématicienne, astronome et philosophe néoplatonicienne d'Alexandrie (v. 360-415). Première femme scientifique connue de l'histoire, elle dirigea l'école philosophique d'Alexandrie et fut assassinée par une foule chrétienne fanatique.

Questions fréquentes

Hypatie (v. 360-415) était une mathématicienne, astronome et philosophe néoplatonicienne d'Alexandrie, en Égypte. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle est considérée comme la première femme scientifique dont l'histoire a gardé la trace. Elle dirigeait l'école philosophique d'Alexandrie et commentait les grands textes scientifiques de l'Antiquité, comme l'Almageste de Ptolémée ou les Arithmétiques de Diophante. Son assassinat par une foule chrétienne en 415 a fait d'elle un symbole du conflit entre raison et fanatisme.

Faits marquants

  • v. 360 : naissance à Alexandrie, fille du mathématicien Théon d'Alexandrie
  • v. 400 : dirige l'école néoplatonicienne d'Alexandrie, attirant des étudiants de tout l'Empire
  • Commente les œuvres de Diophante, Apollonius et Ptolémée, contribuant à leur transmission
  • 415 : assassinée par une foule de moines chrétiens fanatiques, crime attribué à l'influence de l'évêque Cyrille
  • Son meurtre symbolise pour l'historiographie la fin de l'Antiquité savante et la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie

Œuvres & réalisations

Commentaire sur l'Almageste de Ptolémée (v. 390-400)

Révision et annotation du grand traité d'astronomie de Ptolémée, réalisée avec son père Théon. Cette version est en grande partie celle transmise au Moyen Âge.

Commentaire sur les Arithmétiques de Diophante (v. 400)

Annotations pédagogiques du traité d'algèbre de Diophante d'Alexandrie. Ce commentaire est l'un des rares témoignages directs de l'activité intellectuelle d'Hypatie.

Commentaire sur les Coniques d'Apollonios de Perge (v. 400)

Explication du traité fondateur sur les sections coniques (ellipse, parabole, hyperbole). Attesté par la Souda, ce texte a malheureusement disparu.

Canon astronomique (v. 400-415)

Tables de calcul astronomique mentionnées par Synésius dans ses lettres. Leur usage pratique témoigne de l'intérêt d'Hypatie pour l'astronomie appliquée.

Instructions sur la fabrication de l'astrolabe et de l'aréomètre (v. 400-415)

Textes techniques transmis oralement ou par écrit à ses élèves, attestés par la correspondance de Synésius, qui lui demande de lui envoyer un aréomètre qu'elle aurait conçu.

Anecdotes

Hypatie enseignait à ses élèves qu'ils devaient soumettre toute croyance à l'examen rationnel. Un jour qu'un jeune homme tombait amoureux d'elle, elle lui aurait présenté ses linges menstruels en disant : 'Voilà ce dont tu es épris — il n'y a là rien de beau.' Cette anecdote, rapportée par Damascius, illustre sa conception du philosophe qui s'affranchit des passions pour atteindre la vérité.

Fille du mathématicien Théon d'Alexandrie, Hypatie collabora étroitement avec son père pour réviser et commenter les grands textes scientifiques de l'Antiquité. Leur édition du traité d'Astronomie de Ptolémée, l'Almageste, est en grande partie celle qui nous est parvenue — sans leur travail, ce texte fondamental aurait peut-être été perdu.

Hypatie était l'une des rares femmes de l'Antiquité à correspondre d'égal à égal avec des évêques et des gouverneurs romains. Son ancien élève Synésius de Cyrène, devenu évêque, lui écrivait des lettres où il lui soumettait des problèmes de philosophie et de mécanique, la consultant comme son maître le plus cher jusqu'à la fin de sa vie.

Selon les sources byzantines, Hypatie aurait perfectionné l'astrolabe plan, instrument permettant de mesurer la position des astres et de calculer l'heure. Elle aurait également mis au point un aréomètre, sorte de tube gradué pour mesurer la densité des liquides. Ces objets témoignent d'une intelligence à la fois théorique et pratique, rare dans le monde savant antique.

En mars 415, Hypatie fut attaquée par une foule de parabalani — milice au service de l'évêque Cyrille d'Alexandrie. Elle fut traînée hors de son char, tuée dans l'église de Caesareum, et son corps brûlé. L'historien chrétien Socrate le Scolastique, pourtant contemporain, condamna ce meurtre comme une honte pour l'Église et pour Cyrille personnellement.

Sources primaires

Historia Ecclesiastica — Socrate le Scolastique (v. 439)
Il y avait à Alexandrie une femme nommée Hypatie, fille du philosophe Théon, qui avait atteint un tel degré d'instruction qu'elle surpassait tous les philosophes de son temps.
Lettres de Synésius de Cyrène à Hypatie (v. 400-413)
Je t'écris comme à une mère, une sœur, une maîtresse, et par tous ces noms je t'honore. Envoie-moi un hydrètre si tu en as un de disponible, car le mien est brisé.
Souda (encyclopédie byzantine) (v. 1000)
Hypatie, philosophe alexandrine, fille et disciple de Théon le mathématicien. Elle commenta Diophante, les Coniques d'Apollonios et contribua à l'Almageste de Ptolémée.
Chronique de Jean de Nikiou (v. 690)
Et en ces jours il y avait à Alexandrie une femme philosophe, une femme païenne nommée Hypatie, adonnée en tout temps à la magie, aux astrolabes et aux instruments de musique.

Lieux clés

Alexandrie, Égypte

Capitale intellectuelle du monde antique, où Hypatie naquit, vécut et enseigna toute sa vie. Sa bibliothèque et ses écoles en faisaient le principal foyer du savoir grec à l'époque tardive.

École néoplatonicienne d'Alexandrie

Institution philosophique dirigée par Hypatie au tournant du Ve siècle, où elle accueillait des étudiants venus de tout l'Empire romain pour étudier les mathématiques, l'astronomie et la philosophie.

Bibliothèque d'Alexandrie (Mouseion)

Grand centre de recherche et de conservation du savoir antique, dont l'héritage intellectuel imprégnait l'enseignement d'Hypatie. Elle y avait probablement accès pour ses travaux de commentaire.

Césarée d'Alexandrie (église)

Ancienne basilique impériale reconvertie en église chrétienne, lieu où Hypatie fut massacrée par des parabalani en mars 415, transformant le symbole du pouvoir impérial en scène de crime.

Cyrène (actuelle Libye)

Cité natale de Synésius, l'un des élèves les plus célèbres d'Hypatie. Leurs échanges épistolaires entre Alexandrie et Cyrène témoignent du rayonnement international de l'enseignement d'Hypatie.

Voir aussi