Diogène Laërce

Diogène Laërce

Rome antique

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Biographe et doxographe grec du IIIe siècle apr. J.-C., Diogène Laërce est l'auteur des « Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres », principale source de connaissance sur les philosophes grecs anciens. Son œuvre compile les biographies et les opinions de plus de 80 penseurs, de Thalès à Épicure.

Faits marquants

  • IIIe siècle apr. J.-C. : rédaction des « Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres »
  • Son œuvre recense plus de 80 philosophes, de Thalès à Épicure
  • Source quasi unique pour la connaissance de nombreux présocratiques
  • Conserve des lettres et textes originaux d'Épicure, sinon perdus
  • Organise la philosophie grecque en deux « successions » : ionienne et italique

Œuvres & réalisations

Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres (IIIe siècle apr. J.-C.)

Œuvre monumentale en dix livres couvrant la vie et la pensée de plus de 80 philosophes grecs, de Thalès à Épicure. C'est la principale source antique conservée sur la philosophie grecque et notre unique accès à de nombreux penseurs dont les écrits originaux ont disparu.

Épigrammes (intégrées aux Vies) (IIIe siècle apr. J.-C.)

Poèmes courts en vers grecs composés par Diogène Laërce pour chaque philosophe évoqué, résumant de façon vivante leur caractère ou leur mort. Ces épigrammes révèlent une sensibilité littéraire personnelle derrière le travail de compilateur érudit.

Pammétrès (perdu) (IIIe siècle apr. J.-C.)

Recueil poétique composé en plusieurs mètres différents, mentionné par Diogène Laërce lui-même dans ses Vies, dont il ne subsiste aucun fragment indépendant. Son existence témoigne d'une activité littéraire personnelle au-delà de la seule compilation philosophique.

Anecdotes

Diogène Laërce est, paradoxalement, l'un des auteurs antiques dont on connaît le moins la vie — lui qui consacra son œuvre entière à raconter celle des autres. Son nom même pose question : « Laërce » désignerait-il sa ville natale, Laerte en Cilicie, ou simplement son surnom ? Les historiens l'ignorent encore aujourd'hui.

C'est grâce à Diogène Laërce que nous connaissons la célèbre réplique de Diogène le Cynique à Alexandre le Grand. Lorsque le conquérant lui demanda ce qu'il souhaitait, le philosophe aurait répondu : « Que tu t'ôtes de mon soleil. » Sans cet auteur tardif, beaucoup de ces mots auraient été perdus à jamais.

Diogène Laërce compilait ses sources avec une méthode proche du journaliste moderne : il citait des dizaines d'auteurs, reproduisait des lettres, des testaments, des épigrammes, et même des anecdotes de seconde main. Pour les philosophes présocratiques dont toute l'œuvre a disparu, son témoignage reste souvent notre unique fenêtre sur leur pensée.

Diogène Laërce était aussi poète à ses heures : il intercalait dans son œuvre de nombreuses épigrammes en vers de sa propre composition, résumant la vie ou la mort de chaque philosophe de façon piquante. Cette fantaisie littéraire tranche avec la sécheresse de ses compilations et révèle une personnalité curieuse et attachante.

Son œuvre a failli disparaître plusieurs fois au cours du Moyen Âge. C'est en grande partie grâce aux moines byzantins qui recopièrent les manuscrits que les Vies des philosophes nous sont parvenues. Sans eux, des pans entiers de la philosophie grecque — Épicure, Pyrrhon, les Cyniques — nous seraient inconnus.

Sources primaires

Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre X (Épicure) (IIIe siècle apr. J.-C.)
Épicure à Ménécée, salut. Que celui qui est jeune ne tarde pas à philosopher, et que le vieux ne se lasse pas de philosopher. Car il n'est ni trop tôt ni trop tard pour travailler à la santé de l'âme.
Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre I (Thalès) (IIIe siècle apr. J.-C.)
Thalès disait que l'eau est le principe de toutes choses, et que le monde est animé et plein de démons. On lui attribue l'invention des saisons et la division de l'année en 365 jours.
Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre VI (Diogène le Cynique) (IIIe siècle apr. J.-C.)
Alexandre le Grand s'étant approché de lui et lui ayant dit : « Je suis Alexandre, le grand roi », Diogène répondit : « Et moi je suis Diogène le Cynique. » Alexandre lui demanda s'il avait besoin de quelque chose : « Oui, lui dit-il, de ne pas me faire d'ombre. »
Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre VII (Zénon de Citium) (IIIe siècle apr. J.-C.)
Zénon eut pour premier maître Cratès le Cynique. Puis il fréquenta aussi Stilpon et Xénocrate. On dit qu'il fut le premier à employer le terme de devoir convenable (kathèkon) et à fonder l'école du Portique.
Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre IX (Pyrrhon) (IIIe siècle apr. J.-C.)
Pyrrhon d'Élis soutenait qu'il ne faut rien affirmer, mais suspendre son jugement sur toutes choses. Il menait sa vie dans une impassibilité totale, si bien que ses amis le suivaient partout pour l'empêcher de tomber dans les puits ou sous les chariots.

Lieux clés

Laerte (Cilicie, Asie Mineure)

Ville antique de Cilicie (actuelle Turquie du Sud) dont Diogène aurait tiré son surnom selon l'hypothèse la plus répandue. Sa localisation exacte reste débattue par les historiens, mais elle est associée à l'identité même de l'auteur.

Athènes

Berceau de la philosophie grecque et siège des grandes écoles (Académie, Lycée, Portique, Jardin d'Épicure), Athènes est au cœur de l'œuvre de Diogène Laërce qui en retrace l'histoire intellectuelle sur plusieurs siècles.

Alexandrie (Égypte)

Foyer intellectuel majeur de l'Antiquité tardive avec sa célèbre bibliothèque, Alexandrie représente le type d'environnement lettré dans lequel un érudit comme Diogène Laërce pouvait accéder aux œuvres des philosophes grecs de toutes les époques.

Rome

Capitale de l'Empire et centre de la vie philosophique au IIIe siècle, Rome abritait des écoles de toutes les traditions grecques — stoïcisme, épicurisme, platonisme. C'est dans ce contexte cosmopolite que Diogène Laërce compila probablement son œuvre encyclopédique.

Voir aussi