Imre Lakatos(1922 — 1974)

Imre Lakatos

Hongrie, Royaume-Uni

6 min de lecture

PhilosophieSciencesXXe siècleXXe siècle — époque contemporaine, marquée par les grands débats de l'épistémologie après-guerre et la Guerre froide.

Imre Lakatos (1922-1974) est un philosophe des sciences et des mathématiques hongrois, naturalisé britannique. Professeur à la London School of Economics, il est célèbre pour sa théorie des « programmes de recherche scientifique », tentative de dépasser le débat entre Popper et Kuhn.

Questions fréquentes

Imre Lakatos (1922-1974) était un philosophe des sciences hongrois naturalisé britannique, professeur à la London School of Economics. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a proposé une voie médiane entre le falsificationnisme de Karl Popper et les paradigmes de Thomas Kuhn : sa théorie des « programmes de recherche scientifique ». L'idée centrale, c'est qu'une théorie ne se juge pas isolément mais comme partie d'un programme dynamique, avec un « noyau dur » protégé par une « ceinture protectrice » d'hypothèses auxiliaires. Ce cadre permet d'expliquer pourquoi certaines théories résistent aux réfutations sans être pour autant irrationnelles.

Citations célèbres

« La philosophie des sciences sans l'histoire des sciences est vide ; l'histoire des sciences sans la philosophie des sciences est aveugle. »

Faits marquants

  • Né en 1922 à Debrecen (Hongrie) sous le nom d'Imre Lipschitz, dans une famille juive ; il échappe à la déportation durant la Seconde Guerre mondiale.
  • Fuit la Hongrie après l'insurrection de 1956 et s'installe en Angleterre.
  • Publie « Preuves et réfutations » (Proofs and Refutations, 1963-1964), analyse de la démarche mathématique à travers le cas du polyèdre d'Euler.
  • Développe dans les années 1960-1970 la méthodologie des « programmes de recherche scientifique », distinguant noyau dur et heuristique.
  • Enseigne à la London School of Economics aux côtés de Karl Popper jusqu'à sa mort en 1974 à Londres.

Œuvres & réalisations

Preuves et réfutations (Proofs and Refutations) (1963-1964 (livre 1976))

Son chef-d'œuvre : une histoire dialoguée de la conjecture d'Euler montrant que les mathématiques progressent par critique et contre-exemples, et non par certitudes.

La falsification et la méthodologie des programmes de recherche scientifiques (1970)

Texte fondateur où il forge la notion de « programme de recherche », avec un « noyau dur » protégé par une « ceinture protectrice » d'hypothèses.

Criticism and the Growth of Knowledge (codirection avec Alan Musgrave) (1970)

Recueil majeur issu du colloque de Londres de 1965, où s'affrontent Popper, Kuhn, Feyerabend et Lakatos.

Histoire des sciences et ses reconstructions rationnelles (1971)

Article où il articule philosophie et histoire des sciences, distinguant histoire « interne » rationnelle et histoire « externe ».

The Methodology of Scientific Research Programmes (Philosophical Papers, vol. 1) (1978 (posthume))

Recueil posthume de ses articles d'épistémologie, devenu une référence de la philosophie des sciences.

Mathematics, Science and Epistemology (Philosophical Papers, vol. 2) (1978 (posthume))

Second volume rassemblant ses travaux sur la philosophie des mathématiques et la théorie de la connaissance.

Anecdotes

Né à Debrecen sous le nom d'Imre Lipschitz dans une famille juive hongroise, Lakatos a survécu à la Shoah en changeant de nom pour échapper aux persécutions. Sa mère et sa grand-mère, elles, périrent à Auschwitz.

Pendant l'occupation nazie, il dirige un petit groupe de résistants communistes. Un épisode tragique le hante toute sa vie : le groupe aurait poussé une jeune militante, Éva Izsák, au suicide par crainte qu'elle soit arrêtée et trahisse les autres.

Après la guerre, Lakatos devient un communiste zélé dans la Hongrie stalinienne, mais il est emprisonné de 1950 à 1953 pour « révisionnisme ». Après l'écrasement de l'insurrection de 1956, il fuit vers l'Ouest et finit par s'installer en Angleterre.

Sa thèse la plus célèbre, « Preuves et réfutations », se présente sous forme de dialogue entre un professeur et des élèves nommés par des lettres grecques. Il y montre, à partir du théorème d'Euler sur les polyèdres, que les mathématiques progressent par essais, contre-exemples et corrections, et non par vérités tombées du ciel.

À la London School of Economics, Lakatos était un collègue et ami-rival de Paul Feyerabend. Les deux philosophes avaient prévu d'écrire un livre à deux voix, « Pour et contre la méthode », mais la mort brutale de Lakatos en 1974, à 51 ans, mit fin au projet.

Sources primaires

Preuves et réfutations. Essai sur la logique de la découverte mathématique (1963-1964 (publié en volume en 1976))
L'histoire des mathématiques et la logique de la découverte mathématique, c'est-à-dire la phylogenèse et l'ontogenèse de la pensée mathématique, ne peuvent être développées sans la critique et le rejet ultime de l'autoritarisme.
La falsification et la méthodologie des programmes de recherche scientifiques (1970)
Pour le falsificationniste sophistiqué, une théorie n'est « scientifique » que si elle a un contenu empirique excédentaire corroboré par rapport à sa devancière (ou rivale).
Histoire des sciences et ses reconstructions rationnelles (1971)
La philosophie des sciences sans l'histoire des sciences est vide ; l'histoire des sciences sans la philosophie des sciences est aveugle.
Pour et contre la méthode (avec Paul Feyerabend, correspondance et textes) (années 1970 (publié à titre posthume))
La rationalité scientifique ne se juge pas sur une théorie isolée, mais sur la manière dont un programme de recherche se déploie dans le temps, progressif ou dégénérescent.

Lieux clés

Debrecen, Hongrie

Ville natale de Lakatos, deuxième ville de Hongrie, où il grandit dans une famille juive.

Université de Debrecen

Où il étudie les mathématiques, la physique et la philosophie avant la guerre.

Budapest, Hongrie

Cœur de son engagement communiste d'après-guerre et lieu de son emprisonnement politique ; il fuit la ville après 1956.

Cambridge, Angleterre

Où il prépare un second doctorat après son exil, sous l'influence de la tradition mathématique anglaise.

London School of Economics, Londres

Institution où Lakatos enseigne la philosophie des sciences de 1960 à sa mort, aux côtés de Popper et Feyerabend.

Voir aussi