Jean Bartik(1924 — 2011)

Jean Bartik

États-Unis

7 min de lecture

TechnologieSciencesMathématicien(ne)XXe sièclePremière moitié et milieu du 20e siècle, à l'époque de la Seconde Guerre mondiale et des débuts de l'informatique électronique aux États-Unis.

Jean Bartik (1924-2011) est une mathématicienne et informaticienne américaine, l'une des six premières programmeuses de l'ENIAC, le premier ordinateur électronique entièrement programmable. Elle a contribué à transformer le calcul automatique en une discipline nouvelle : la programmation.

Questions fréquentes

Jean Bartik était l'une des six premières programmeuses de l'ENIAC, le premier ordinateur électronique entièrement programmable, né en 1945 à la Moore School de Philadelphie. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle n'a pas simplement utilisé la machine : avec ses collègues, elle a littéralement inventé le métier de programmeur à une époque où il n'existait aucun manuel ni mode d'emploi. En transformant l'ENIAC en machine à programme enregistré et en contribuant au BINAC puis à l'UNIVAC I, elle a posé les bases de l'informatique moderne. Moins une technicienne qu'une pionnière, elle a ouvert la voie à des générations de développeurs.

Faits marquants

  • Née le 27 décembre 1924 dans le Missouri (États-Unis) et diplômée en mathématiques en 1945.
  • Recrutée en 1945 comme « calculatrice » humaine pour l'armée américaine, puis choisie parmi les six programmeuses de l'ENIAC.
  • En 1946, elle participe à la programmation de l'ENIAC, premier grand ordinateur électronique, dévoilé publiquement la même année.
  • Travaille ensuite sur les ordinateurs BINAC (1949) et UNIVAC I (1951), premiers ordinateurs commerciaux.
  • Longtemps oubliée, elle est réhabilitée à partir des années 1990 et meurt en 2011.

Œuvres & réalisations

Programmation de l'ENIAC pour la démonstration publique (1945-1946)

Avec ses collègues, Jean programme l'ENIAC pour calculer une trajectoire balistique, exploit présenté triomphalement le 15 février 1946. C'est l'une des toutes premières programmations d'un ordinateur électronique.

Conversion de l'ENIAC en machine à programme enregistré (1947-1948)

Jean participe à la transformation de l'ENIAC pour qu'il garde ses instructions en mémoire au lieu d'être recâblé à chaque fois — une étape clé vers l'ordinateur moderne.

Développement du BINAC (1949)

Aux côtés des ingénieurs Eckert et Mauchly, elle contribue au BINAC, l'un des premiers ordinateurs à stocker son programme en mémoire.

Développement de l'UNIVAC I (1951)

Jean travaille sur l'UNIVAC I, premier ordinateur commercial des États-Unis, qui fera connaître l'informatique au grand public.

Pioneer Programmer (mémoires) (2013)

Autobiographie publiée après sa mort, qui raconte de l'intérieur l'aventure de l'ENIAC et rend justice au rôle des six programmeuses.

Anecdotes

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'armée américaine recrute des jeunes femmes douées en mathématiques pour calculer à la main, à l'aide de règles à calcul et de machines mécaniques, les trajectoires des obus d'artillerie. Leur métier portait un nom étonnant : on les appelait des « computers », c'est-à-dire des « calculatrices » humaines. C'est ainsi que Jean Bartik, fraîchement diplômée du Missouri, débarque à Philadelphie en 1945.

Jean et cinq autres femmes furent choisies pour programmer l'ENIAC, mais sans manuel ni mode d'emploi : il n'en existait aucun ! Elles durent comprendre la machine en étudiant ses schémas électriques, puis la « programmer » physiquement en branchant des centaines de câbles et en tournant des milliers d'interrupteurs à la main. Une opération pouvait prendre plusieurs jours.

Le 15 février 1946, lors de la présentation publique de l'ENIAC, la machine calcula en quelques secondes la trajectoire d'un obus — plus vite que l'obus ne mettrait à atterrir. Ce fut un triomphe, mais les journaux ne citèrent que les ingénieurs masculins. Les six programmeuses ne furent même pas présentées au public, ni invitées au dîner de gala organisé le soir même.

Pendant des décennies, on oublia complètement ces pionnières. En voyant les vieilles photos de l'ENIAC, beaucoup pensaient que les femmes posant devant la machine n'étaient que des mannequins décoratifs ; on les surnomma ironiquement les « Refrigerator Ladies ». Leur rôle réel ne fut redécouvert que dans les années 1980, grâce à l'enquête de la chercheuse Kathy Kleiman.

Déboguer l'ENIAC relevait de l'exploit : la moindre erreur pouvait se cacher parmi ses 18 000 tubes à vide, qui chauffaient tellement que la pièce ressemblait à une fournaise et que des tubes grillaient sans cesse. Jean disait qu'il fallait connaître la machine « comme le fond de sa poche » pour traquer la panne.

Sources primaires

Pioneer Programmer: Jean Jennings Bartik and the Computer that Changed the World (autobiographie) (2013 (publié à titre posthume))
Nous étions des pionnières, et comme tous les pionniers, nous avancions sur un terrain que personne n'avait jamais foulé : il n'y avait ni règles, ni manuel, ni exemple à suivre. Nous avons dû tout inventer.
Oral History of Jean Bartik, interview pour le Computer History Museum (2008)
L'ENIAC était une bête épouvantable à programmer. Pour lui faire faire un calcul, il fallait littéralement le câbler à la main, fil par fil, interrupteur par interrupteur.
Témoignage de Jean Bartik sur la démonstration du 15 février 1946 (rapporté à partir des années 1980)
Aucune d'entre nous, les filles, ne fut invitée au dîner ce soir-là. On nous avait laissées dehors, comme si nous n'avions rien fait.

Lieux clés

Comté de Gentry, Missouri

Région agricole isolée du nord-ouest du Missouri où Jean naît et grandit dans une ferme, sixième d'une famille de sept enfants. Loin de tout centre technologique.

Northwest Missouri State Teachers College, Maryville

Petite université du Missouri où Jean obtient en 1945 son diplôme de mathématiques, seule de sa promotion dans cette discipline.

Moore School of Electrical Engineering, Philadelphie

Département de l'université de Pennsylvanie où fut construit l'ENIAC et où Jean travailla comme programmeuse à partir de 1945. Le berceau de l'informatique électronique américaine.

Champ de tir d'Aberdeen, Maryland

Base militaire où l'armée testait les armes et où l'ENIAC fut finalement transféré en 1947. Jean s'y rendit pour poursuivre son travail sur la machine.

Poughkeepsie, État de New York

Ville de la vallée de l'Hudson où Jean Bartik s'éteint en 2011, après une longue carrière dans l'informatique et l'édition technique.

Voir aussi