Biographie

Écrivain, poète et dramaturge français du XXe siècle. Marqué par une jeunesse d'orphelin, de vol et de prison, il transfigure la marginalité en œuvre littéraire et théâtrale provocatrice, célébrée par Sartre et Cocteau.

Jean Genet(1910 — 1986)

Jean Genet

France

6 min de lecture

LettresSpectacleDramaturgeÉcrivain(e)Poète(sse)XXe siècleFrance du XXe siècle, de l'entre-deux-guerres aux luttes politiques de l'après-1968

Questions fréquentes

Jean Genet (1910-1986) est un écrivain, poète et dramaturge français dont l'œuvre transfigure la marginalité en littérature. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a fait de son parcours d'orphelin, voleur et prisonnier une matière poétique et théâtrale provocatrice, célébrée par Jean Cocteau et Jean-Paul Sartre. Sa vie et ses écrits interrogent les normes sociales, la domination et l'identité, ce qui le place au cœur des débats intellectuels de l'après-guerre.

Citations célèbres

« Pour obtenir la bonté, il fallait que je fusse beau et fort.»

Faits marquants

  • Naît à Paris en 1910, abandonné et placé à l'Assistance publique
  • Publie son premier roman, Notre-Dame-des-Fleurs, en 1943-1944, écrit en partie en prison
  • Crée la pièce Les Bonnes en 1947, inspirée d'un fait divers
  • Fait jouer Le Balcon (1956) et Les Nègres (1959), pièces majeures du théâtre contemporain
  • S'engage politiquement dans les années 1970 auprès des Black Panthers et des Palestiniens, meurt en 1986

Œuvres & réalisations

Notre-Dame-des-Fleurs (1944)

Premier roman, écrit en prison, qui plonge dans le monde des marginaux parisiens et impose d'emblée le style somptueux et provocateur de Genet.

Miracle de la rose (1946)

Roman inspiré de la colonie de Mettray et de la prison, où la délinquance et la captivité sont transfigurées en expérience presque mystique.

Les Bonnes (1947)

Pièce majeure du théâtre du XXe siècle : deux servantes rejouent le meurtre de leur maîtresse, dévoilant les rapports de domination et de désir.

Journal du voleur (1949)

Récit autobiographique réinventé où Genet raconte son errance de voleur et de vagabond en Europe, et revendique la beauté du mal.

Le Balcon (1956)

Pièce qui se déroule dans une maison close où les clients jouent des rôles de pouvoir, miroir grinçant de l'autorité et de la révolution.

Les Nègres (1959)

Pièce sur le racisme et la domination coloniale, jouée en plein mouvement de décolonisation, qui renverse les rôles entre Blancs et Noirs.

Les Paravents (1961)

Grande fresque théâtrale sur la guerre d'Algérie ; sa création à l'Odéon en 1966 provoque un scandale politique retentissant.

Un captif amoureux (1986)

Œuvre testamentaire publiée à sa mort, mêlant souvenirs et réflexions sur ses années passées avec les Black Panthers et les Palestiniens.

Anecdotes

Abandonné par sa mère à sa naissance en 1910, Jean Genet est confié à l'Assistance publique et élevé par une famille de paysans du Morvan, à Alligny. Pupille modèle à l'école, il commence pourtant très jeune à voler — un geste qu'il revendiquera plus tard comme le fondement de toute son œuvre.

Adolescent, il est enfermé à la colonie pénitentiaire de Mettray, près de Tours, un bagne pour mineurs au régime très dur. Il transformera cette expérience humiliante en matière poétique dans 'Miracle de la rose', faisant des jeunes détenus des figures presque sacrées.

En 1943, jugé pour vol de livres, Genet risque la relégation à vie comme récidiviste. Jean Cocteau envoie au tribunal une lettre déclarant qu'il est 'le plus grand écrivain de l'époque moderne' : la peine est allégée, et l'écrivain commence à être protégé par les intellectuels.

En 1948, alors qu'une nouvelle condamnation pourrait l'envoyer au bagne à perpétuité, une pétition d'artistes menée par Cocteau et Sartre obtient sa grâce présidentielle. Le voleur devient officiellement un écrivain reconnu, sans jamais renier son passé.

Dans les dernières années de sa vie, Genet abandonne presque la littérature pour militer : il vit avec les Black Panthers aux États-Unis puis avec les combattants palestiniens, et écrit après le massacre de Sabra et Chatila en 1982 un texte bouleversant, 'Quatre heures à Chatila'.

Sources primaires

Journal du voleur, Jean Genet (1949)
Le vêtement des forçats est rayé rose et blanc.
Témoignage de Jean Cocteau au procès de Genet (1943)
Le plus grand écrivain de l'époque moderne.
Saint Genet, comédien et martyr, Jean-Paul Sartre (1952)
Étude où Sartre fait de la trajectoire de Genet — l'enfant abandonné devenu voleur puis écrivain — le modèle d'une liberté qui assume jusqu'au bout sa condition de réprouvé.
Les Bonnes, Jean Genet (1947)
Pièce inspirée d'un fait divers réel, où deux servantes rejouent chaque soir le meurtre de leur maîtresse, miroir de la haine et de la fascination des dominés pour les dominants.

Lieux clés

Paris

Ville où Genet naît en 1910 et meurt en 1986. C'est aussi le théâtre de ses vols, de ses arrestations et de sa consécration littéraire.

Alligny-en-Morvan

Village du Morvan où l'Assistance publique place l'enfant chez une famille paysanne. Il y reçoit une éducation rurale et commence à voler.

Colonie pénitentiaire de Mettray

Bagne pour mineurs près de Tours où Genet est enfermé adolescent. Cette expérience inspire 'Miracle de la rose'.

Prison de Fresnes

C'est en détention à Fresnes, dans les années 1942-1944, que Genet écrit ses premiers textes majeurs. La prison devient son atelier d'écrivain.

Camps palestiniens (Proche-Orient)

À partir de 1970, Genet vit avec les combattants palestiniens en Jordanie et au Liban. Le massacre de Chatila, à Beyrouth, lui inspire un de ses derniers grands textes.

Larache (Maroc)

Petite ville côtière du Maroc où Genet est enterré, dans un ancien cimetière espagnol face à l'océan, selon son souhait.

Rends-lui sa mémoireCharactorium est aussi un jeu sur Pi Network : ravive les figures oubliées de l'Histoire, une par une.Jouer dans Pi

Voir aussi