Journaliste et éditeur américain d'origine hongroise (1847-1911), fondateur du journalisme moderne. Il a bâti un empire de presse et institué le célèbre prix Pulitzer, récompense suprême du journalisme américain.
Joseph Pulitzer(1847 — 1911)
Joseph Pulitzer
Hongrie, États-Unis
10 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« Notre République et sa presse s'effondreront ensemble ou survivront ensemble.»
Faits marquants
- 1847 : Naissance à Makó, en Hongrie
- 1864 : Immigre aux États-Unis pour combattre dans l'armée de l'Union durant la guerre de Sécession
- 1883 : Rachète le New York World et en fait le journal le plus lu des États-Unis
- 1898 : Rôle majeur dans la couverture polémique de la guerre hispano-américaine (journalisme jaune)
- 1911 : Lègue deux millions de dollars à l'université Columbia pour créer l'École de journalisme et le prix Pulitzer
Œuvres & réalisations
Premier grand titre de Pulitzer, né de la fusion du St. Louis Dispatch et de l'Evening Post. Il en fit un journal progressiste réputé pour ses enquêtes sur la corruption locale, posant les bases de son modèle éditorial avant la conquête de New York.
Chef-d'œuvre éditorial de Pulitzer, racheté en faillite et transformé en quelques années en journal le plus diffusé des États-Unis. Symbole du journalisme populaire engagé, il porta les grandes batailles sociales de la Gilded Age et forma une génération de journalistes.
Pulitzer lança dans le World un appel aux dons pour financer le piédestal, alors non financé. En cinq mois, plus de 100 000 Américains de toutes conditions — dont de nombreux immigrants — donnèrent la somme nécessaire, dans un élan civique orchestré par la presse.
Par une donation testamentaire de deux millions de dollars, Pulitzer institua une école de journalisme et des prix annuels couvrant le reportage, la littérature, le théâtre et la musique. Ces prix, décernés depuis 1917, sont devenus la plus haute distinction journalistique et littéraire des États-Unis.
Edition du soir du New York World, lancée pour capter un lectorat d'ouvriers et d'employés rentrant du travail. Sa formule plus légère — faits divers, sports, bandes dessinées — préfigura les tabloïds du XXe siècle.
Texte fondateur dans lequel Pulitzer expose la mission sociale de son journal : impôt sur les grandes fortunes, lutte contre les monopoles, défense des immigrés, punition des élus corrompus. Ce manifeste influença durablement la conception américaine du journalisme d'intérêt public.
Anecdotes
En 1864, le jeune Joseph Pulitzer n'avait que dix-sept ans lorsqu'il débarqua à Boston sans parler un mot d'anglais. Des recruteurs l'attendaient sur le quai : l'armée de l'Union était à court de soldats et cherchait des immigrants. Il s'engagea aussitôt dans la Lincoln Cavalry et combattit dans les derniers mois de la guerre de Sécession, bien qu'il ne comprît pas encore les ordres qu'on lui criait.
Pulitzer était obsédé par le bruit au point que cette phobie dicta son mode de vie entier. Devenu presque aveugle et hypersensible aux sons, il fit construire à bord de son yacht une cabine insonorisée — les 'Vault' — garnie de liège et de feutre. Il y rédigeait ses télégrammes d'instructions à ses rédacteurs depuis des eaux calmes des Caraïbes ou de la Méditerranée, car même le crissement d'une plume pouvait le faire bondir de douleur.
En 1889, Pulitzer lança un défi qui fit le tour du monde : sa journaliste Nellie Bly tenterait de battre le record fictif de Phileas Fogg du roman de Jules Verne. Elle accomplit le trajet en 72 jours, 6 heures et 11 minutes, soit moins que les 80 jours du héros de papier. Les lecteurs du New York World purent suivre l'aventure au jour le jour, dans une opération de presse qui fit exploser les tirages.
Lorsque Pulitzer racheta le New York World en 1883 pour 346 000 dollars, le journal était en faillite et tirait à 15 000 exemplaires. En moins de cinq ans, grâce à des campagnes d'intérêt public — collecte de fonds pour le piédestal de la Statue de la Liberté en 1885, enquêtes sur la corruption, pages réservées aux immigrés — il porta la diffusion à 250 000 exemplaires, un record mondial.
Pulitzer mourut le 29 octobre 1911 sur son yacht Liberty, au large de Charleston. Dans son testament rédigé sept ans plus tôt, il léguait deux millions de dollars à l'université Columbia pour fonder une école de journalisme et créer des prix annuels récompensant l'excellence de la presse. Les premiers prix Pulitzer furent décernés en 1917 — il ne les vit jamais, mais son nom est depuis synonyme de la plus haute distinction du journalisme américain.
Sources primaires
I desire to encourage public service, public morals, American literature, and the advancement of education. I therefore give and bequeath to the Trustees of Columbia University in the City of New York the sum of two millions of dollars.
There is room in this great and growing city for a journal that is not only cheap but bright, not only bright but large, not only large but truly democratic — dedicated to the cause of the people rather than that of purse potentates.
Tax Luxuries. Tax Inheritances. Tax Large Incomes. Tax Monopolies. Tax the Privileged Corporations. A Tariff for Revenue. Reform the Civil Service. Punish Corrupt Officers. Punish Vote Buying. Punish Employers who coerce their Employees in Elections.
Accuracy, terseness, accuracy — there is no excuse for a mistake in a name, no excuse for a wrong fact. I want you to make The World the most accurate newspaper in the United States.
I am deeply interested in the progress of journalism, not only as a powerful instrument for good government and public morality, but as a profession worthy of the best literary and intellectual training that our institutions of learning can afford.
Lieux clés
Ville natale de Joseph Pulitzer, alors dans l'Empire austro-hongrois. C'est dans cette bourgade de la Grande Plaine hongroise qu'il grandit dans une famille de la bourgeoisie juive avant d'émigrer à dix-sept ans.
Ville où Pulitzer fit ses débuts journalistiques et fonda le St. Louis Post-Dispatch en 1878. C'est là qu'il bâtit sa première fortune et sa réputation de journaliste d'investigation avant de conquérir New York.
Siège du New York World, le gratte-ciel érigé par Pulitzer en 1890 à l'angle de Park Row et Frankfort Street fut le plus haut bâtiment de New York lors de son inauguration. Ce bâtiment symbolisait la puissance du nouvel empire de presse populaire.
Institution à laquelle Pulitzer légua deux millions de dollars pour créer la Graduate School of Journalism (inaugurée en 1912) et les prix Pulitzer. Columbia reste à ce jour l'institution qui administre et décerne ces prix chaque année.
Résidence d'été de Pulitzer, où il se retirait fréquemment pour fuir le bruit new-yorkais qui lui était devenu insupportable. Cette station balnéaire prisée de la haute société américaine de la Gilded Age accueillit sa longue retraite progressive.
C'est au large de cette ville que Pulitzer mourut le 29 octobre 1911 à bord de son yacht Liberty. Il avait passé ses dernières années à bord de ce navire, seul endroit où il trouvait un silence suffisant pour travailler malgré sa cécité quasi totale.
Objets typiques

Ces presses rotatives capables d'imprimer des centaines de milliers d'exemplaires par jour furent l'outil industriel de la révolution de presse que Pulitzer incarna. Il investa massivement dans les modèles les plus récents pour tenir ses délais de bouclage et écraser la concurrence par le volume.

Devenu presque aveugle, Pulitzer gouvernait son empire de presse depuis son yacht à coups de télégrammes quotidiens à ses rédacteurs en chef. Le télégraphe était son lien vital avec les salles de rédaction new-yorkaises et parisiennes.

Le New York World fut le vecteur de toutes les innovations de Pulitzer : prix abaissé à un cent, illustrations, bandes dessinées (dont Yellow Kid, à l'origine du terme 'presse jaune'), supplément dominical en couleurs. Chaque numéro matérialisait sa philosophie du journal populaire et engagé.

Pulitzer souffrait d'une grave dégénérescence de la vue depuis les années 1880 ; il finit presque entièrement aveugle. Il utilisait des loupes puissantes et se faisait lire à voix basse les épreuves et les dépêches par des secrétaires entraînés à un débit particulièrement doux.

Le yacht de Pulitzer était équipé d'une cabine garnie de liège, de feutre et de double vitrage pour étouffer les bruits extérieurs. C'est depuis cet espace que le magnat dirigeait ses journaux lors de ses croisières, rédigeant ses ordres à la machine à écrire sur des feuillets transmis par coursier.

Pulitzer imposa très tôt la machine à écrire dans ses rédactions pour accélérer la production des articles et uniformiser la lisibilité des copies. Il en fit équiper ses secrétaires personnels qui lui lisaient parfois les dépêches directement depuis le clavier.

Pulitzer fut parmi les premiers éditeurs américains à systématiser l'illustration et la caricature politique dans un grand quotidien. Il recruta des dessinateurs de talent et utilisa ces images pour toucher les lecteurs peu lettrés, notamment les immigrants fraîchement débarqués.
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Vie quotidienne
Matin
Dans ses dernières années, Pulitzer se levait tard, assisté de plusieurs secrétaires relayés toutes les deux heures pour préserver leur voix. L'un d'eux lui lisait à voix très basse les dépêches de la nuit et les premières éditions des journaux concurrents. Il dictait en retour ses télégrammes d'instructions pour ses rédactions new-yorkaises, parfois depuis sa cabine insonorisée du yacht Liberty.
Après-midi
L'après-midi était consacré aux réunions de travail avec ses directeurs de rédaction, qui devaient lui rendre des comptes détaillés sur chaque rubrique. Pulitzer, bien qu'absent physiquement, pilotait ses journaux à distance avec une précision tyrannique. Il lisait aussi — ou se faisait lire — des rapports d'audience, des analyses de la concurrence et des dossiers politiques préparés par ses assistants.
Soir
Les dîners à bord du Liberty ou dans ses résidences de Bar Harbor réunissaient souvent des personnalités politiques, des écrivains et des diplomates. Pulitzer adorait les discussions intellectuelles et politiques, mais l'hypersensibilité au bruit imposait que ses invités parlent doucement. Il se couchait tôt, épuisé par la tension permanente que lui causait sa cécité croissante.
Alimentation
Pulitzer souffrait de nombreux troubles digestifs et suivait un régime strict imposé par ses médecins. Il évitait l'alcool fort, préférait les vins légers et mangeait peu mais à heures fixes. À bord du yacht, son cuisinier personnel préparait des repas simples adaptés à sa santé fragile : viandes maigres, légumes cuits, bouillons.
Vêtements
Dans ses années new-yorkaises de succès, Pulitzer s'habillait chez les meilleurs tailleurs de Manhattan et de Londres — costume trois pièces sombre, haut-de-forme et canne, tenue de rigueur pour un magnat de presse de la Gilded Age. Devenu invalide et vivant en mer, il adopta une tenue plus sobre : veste de flanelle grise, foulard de soie noué au cou pour protéger sa gorge sensible.
Habitat
Pulitzer possédait un hôtel particulier monumental au 7 East 73rd Street à Manhattan, dont il fit insonoriser une aile entière avec du liège et des doubles fenêtres pour ses séjours en ville. Sa véritable résidence principale restait cependant le yacht Liberty, un navire à vapeur de 65 mètres équipé de sa célèbre cabine silencieuse, de bibliothèques et de salons où il pouvait travailler et recevoir loin des bruits de la ville.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
St. Louis Post-Dispatch
1878
New York World
1883-1931
Campagne pour le piédestal de la Statue de la Liberté
1885
Donation à Columbia University et création des prix Pulitzer
1903-1904
New York Evening World
1887
Plateforme éditoriale du New York World (1883)
1883






