Jürgen Habermas(1929 — 2026)

Jürgen Habermas

Allemagne

7 min de lecture

PhilosophieSociétéPolitiquePhilosopheScientifiqueXXe siècleAllemagne de l'après-guerre et de la seconde moitié du XXe siècle ; reconstruction démocratique de la République fédérale et débats de la modernité tardive.

Philosophe et sociologue allemand, figure majeure de la seconde génération de l'École de Francfort. Théoricien de l'agir communicationnel et de l'espace public, il est l'un des penseurs les plus influents de la philosophie politique contemporaine.

Questions fréquentes

Jürgen Habermas est un philosophe et sociologue allemand né en 1929, figure majeure de la seconde génération de l'École de Francfort. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a renouvelé la pensée politique en théorisant l'espace public et l'agir communicationnel, c'est-à-dire l'idée que la démocratie repose sur la discussion libre et rationnelle entre citoyens. Ses travaux ont profondément influencé les débats sur la démocratie délibérative, le droit et la modernité.

Faits marquants

  • Né en 1929 à Düsseldorf, en Allemagne.
  • Publie en 1962 'L'Espace public', analyse de la formation de l'opinion publique bourgeoise.
  • Fait paraître en 1981 'Théorie de l'agir communicationnel', son œuvre majeure.
  • Participe en 1986 à la 'querelle des historiens' (Historikerstreit) sur la mémoire du nazisme.
  • Reçoit le prix de la paix des libraires allemands en 2001.

Œuvres & réalisations

L'Espace public (Strukturwandel der Öffentlichkeit) (1962)

Étude historique sur la naissance, au XVIIIe siècle, d'un espace public où les citoyens débattent des affaires communes. Le livre qui l'a rendu célèbre.

Connaissance et intérêt (Erkenntnis und Interesse) (1968)

Habermas y montre que toute connaissance est liée à des « intérêts » humains, critiquant l'idée d'une science totalement neutre.

De l'éthique de la discussion (Moralbewußtsein und kommunikatives Handeln) (1983)

Il y formule sa célèbre « éthique de la discussion » : une règle n'est juste que si tous ceux qu'elle concerne pourraient l'accepter après une libre discussion.

Théorie de l'agir communicationnel (Theorie des kommunikativen Handelns) (1981)

Son œuvre majeure : elle oppose l'action orientée vers l'entente (la communication) à celle orientée vers le succès et l'efficacité.

Le Discours philosophique de la modernité (1985)

Grand dialogue critique avec les penseurs de son temps, où il défend les promesses de la raison moderne contre ceux qui la rejettent.

Droit et démocratie (Faktizität und Geltung) (1992)

Synthèse sur l'État de droit : Habermas y montre comment droit et démocratie se soutiennent mutuellement dans les sociétés modernes.

Anecdotes

Jürgen Habermas est né avec une fente palatine (un « bec-de-lièvre ») et a subi plusieurs opérations dans son enfance, ce qui a longtemps marqué sa façon de parler. Lui-même a confié que cette expérience de la dépendance aux autres et de la difficulté à se faire comprendre n'était sans doute pas étrangère à sa fascination de toute une vie pour le langage et la communication.

Adolescent, Habermas a vécu la fin de la Seconde Guerre mondiale et la chute du régime nazi. À quinze ou seize ans, la découverte des images des camps de concentration et le procès de Nuremberg de 1945-1946 furent pour lui un choc moral profond, qui a nourri son engagement de toute une vie pour la démocratie et la discussion publique.

Jeune assistant du philosophe Theodor W. Adorno à Francfort dans les années 1950, Habermas fut jugé trop radical par le directeur de l'Institut, Max Horkheimer. Il dut donc aller préparer sa thèse d'habilitation ailleurs, à Marbourg, auprès du juriste Wolfgang Abendroth : c'est de ce travail qu'est né son grand livre sur l'espace public.

En 2004, Habermas, penseur de tradition laïque, tint un dialogue public resté célèbre avec le cardinal Joseph Ratzinger, futur pape Benoît XVI. Les deux hommes, que tout semblait opposer, débattirent avec respect des « fondements moraux » des sociétés démocratiques et de la place de la religion dans la raison moderne.

Pour expliquer sa théorie de l'espace public, Habermas s'appuie sur une image très concrète : les cafés de Londres et les salons de Paris au XVIIIe siècle. Là, des particuliers munis de journaux discutaient librement des affaires communes — préfigurant, selon lui, l'idéal d'une démocratie où les citoyens décident par la force du meilleur argument.

Sources primaires

L'Espace public (Strukturwandel der Öffentlichkeit) (1962)
On entend d'abord par « espace public » le domaine de la vie sociale où des personnes privées, réunies en un public, peuvent former une opinion sur les affaires d'intérêt général en discutant librement.
Théorie de l'agir communicationnel (Theorie des kommunikativen Handelns) (1981)
L'agir communicationnel désigne l'interaction par laquelle des sujets cherchent à s'entendre sur une situation pour coordonner leurs actions, non par la contrainte mais par la recherche d'un accord.
De l'éthique de la discussion (Moralbewußtsein und kommunikatives Handeln) (1983)
Une norme ne peut prétendre à la validité que si toutes les personnes concernées pourraient l'approuver en tant que participants à une discussion rationnelle.
Droit et démocratie (Faktizität und Geltung) (1992)
Sont seules légitimes les lois sur lesquelles tous les citoyens pourraient s'accorder dans un processus de formation de l'opinion et de la volonté lui-même fondé sur le droit.

Lieux clés

Düsseldorf

Ville de naissance de Habermas en 1929, dans l'ouest de l'Allemagne. Il grandit ensuite dans la petite ville voisine de Gummersbach.

Université de Bonn

C'est à Bonn qu'il soutient en 1954 sa thèse de doctorat sur le philosophe Schelling. La ville fut aussi la capitale de la jeune République fédérale.

Francfort-sur-le-Main

Berceau de l'« École de Francfort » : Habermas y travaille à l'Institut de recherche sociale puis y enseigne pendant des décennies. C'est le cœur de sa vie intellectuelle.

Heidelberg

Habermas y est professeur de philosophie à partir de 1961, dans l'une des plus anciennes universités d'Allemagne.

Starnberg

Près de Munich, Habermas dirige de 1971 à 1983 un institut Max-Planck consacré à l'étude des conditions de vie du monde scientifique et technique moderne.

Voir aussi