Jutta Hipp(1925 — 2003)

Jutta Hipp

Allemagne

6 min de lecture

MusiqueXXe siècleEurope et États-Unis du milieu du XXe siècle, à l'époque du jazz d'après-guerre (cool jazz et bebop) et de l'âge d'or des clubs new-yorkais.

Jutta Hipp (1925-2003) est une pianiste de jazz allemande, l'une des rares femmes instrumentistes du jazz européen de l'après-guerre. Émigrée aux États-Unis en 1955, elle enregistre pour le prestigieux label Blue Note avant d'abandonner brutalement la musique pour devenir couturière et peintre.

Questions fréquentes

Jutta Hipp (1925-2003) est une pianiste de jazz allemande, l'une des rares femmes instrumentistes à avoir enregistré pour le légendaire label Blue Note dans les années 1950. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle incarne un double parcours exceptionnel : née dans l'Allemagne nazie où le jazz était interdit, elle émigre aux États-Unis et devient la première musicienne européenne à diriger une session chez Blue Note. Son importance tient moins à une carrière longue qu'à la singularité de sa trajectoire : pianiste au toucher cool jazz, elle abandonne la musique au sommet pour devenir couturière, offrant un témoignage unique sur les difficultés des femmes dans le jazz.

Faits marquants

  • Née le 4 février 1925 à Leipzig (Allemagne), elle se forme au piano dans le contexte difficile de l'Allemagne nazie où le jazz était mal vu.
  • Mène son propre trio en Allemagne au début des années 1950 et se fait remarquer sur la scène jazz européenne.
  • Émigre aux États-Unis en 1955, encouragée par le critique de jazz Leonard Feather.
  • Enregistre pour le label Blue Note, notamment l'album live « Jutta Hipp at the Hickory House » (1956), fait rare pour une femme à cette époque.
  • Abandonne la musique professionnelle vers 1958 pour travailler comme couturière à New York et se consacrer à la peinture ; elle meurt le 7 avril 2003 dans le Queens.

Œuvres & réalisations

New Faces – New Sounds from Germany (1954)

Premier enregistrement pour Blue Note, présentant au public américain le jazz allemand et le quintette de Jutta Hipp.

Jutta Hipp at the Hickory House, Vol. 1 & 2 (1956)

Double enregistrement public en trio, rare exemple d'une femme dirigeant sa propre formation chez Blue Note.

Jutta Hipp with Zoot Sims (1956)

Album studio avec le saxophoniste Zoot Sims, son ultime enregistrement avant qu'elle ne renonce à la musique.

Enregistrements allemands avec Hans Koller et Attila Zoller (1952-1955)

Sessions du début de sa carrière en Europe, témoins de l'émergence d'une scène jazz ouest-allemande après la guerre.

Dessins, croquis et peintures (à partir des années 1950)

Œuvre graphique restée largement privée, prolongeant sa formation artistique de jeunesse et son regard sur les musiciens.

Anecdotes

Adolescente dans l'Allemagne nazie, Jutta Hipp grandit alors que le jazz est interdit et qualifié de « musique dégénérée » par le régime. Avec quelques amis, elle écoute en cachette des disques de swing américain, fascinée par cette musique défendue. Cette passion clandestine décidera de toute sa vie.

En 1954, le célèbre critique de jazz américain Leonard Feather l'entend jouer en Allemagne et est conquis par son talent. Il l'aide à émigrer aux États-Unis : en 1955, Jutta devient l'une des très rares musiciennes européennes à tenter sa chance dans les clubs de New York.

En avril 1956, ses concerts au Hickory House, un club de Manhattan, sont enregistrés en public par le prestigieux label Blue Note. Sur le disque, on entend l'ambiance de la salle, le tintement des verres et les applaudissements, comme si l'on était assis à une table près du piano.

Au sommet de sa carrière, après avoir enregistré avec le saxophoniste Zoot Sims, Jutta Hipp abandonne brutalement la musique vers 1958. Elle disparaît du monde du jazz et devient couturière dans un atelier de confection de New York, métier qu'elle exercera durant des décennies.

Même après avoir quitté la scène, Jutta n'a jamais cessé d'être une artiste. Formée au dessin dans sa jeunesse à Leipzig, elle peignait et croquait des portraits, notamment ceux de musiciens, gardant pour elle ce talent que peu de gens connaissaient.

Sources primaires

Notes de pochette de Leonard Feather pour « Jutta Hipp at the Hickory House » (Blue Note) (1956)
Le critique Leonard Feather y présente Jutta Hipp comme une pianiste européenne remarquable, première musicienne du Vieux Continent à enregistrer en leader pour Blue Note, et souligne la finesse de son jeu nourri de Lennie Tristano et Horace Silver.
Photographies de séance de Francis Wolff, archives Blue Note Records (1956)
Le photographe attitré du label saisit Jutta Hipp au piano lors de ses enregistrements new-yorkais de 1956 : ces clichés documentent une rare femme instrumentiste dans l'univers du jazz américain de l'époque.
Enregistrement public « Jutta Hipp at the Hickory House, Vol. 1 & 2 » (Blue Note BLP 1515-1516) (5 avril 1956)
Document sonore primaire de son trio (avec Peter Ind à la contrebasse et Ed Thigpen à la batterie) capté en direct au club, restituant fidèlement l'atmosphère des clubs de la 52e Rue.
Carnets de croquis et correspondance personnelle de Jutta Hipp (années 1950-2003)
Conservés et étudiés après sa redécouverte, ses dessins et lettres témoignent de sa double vocation d'artiste et de son retrait volontaire de la scène musicale, qu'elle expliquait par un doute sur son propre talent et un rejet du milieu.

Lieux clés

Leipzig, Allemagne

Ville natale de Jutta Hipp, où elle grandit pendant la guerre et étudia le dessin avant de se tourner vers le jazz.

Munich, Allemagne de l'Ouest

Après-guerre, elle évolue dans la scène jazz ouest-allemande, dirigeant son propre groupe avant son départ pour l'Amérique.

Hickory House, 52e Rue, New York

Club de Manhattan où son trio fut enregistré en public par Blue Note en 1956, au cœur de la célèbre « Swing Street ».

Studio Van Gelder, Hackensack (New Jersey)

Studio mythique du son Blue Note où fut enregistré l'album « Jutta Hipp with Zoot Sims » en juillet 1956.

Quartier du Queens, New York

Elle y vécut discrètement après avoir quitté la musique, et y mourut en 2003, loin des projecteurs.

Voir aussi