Laure de Noves(1310 — 1348)

Laure de Sade

Royaume de France

6 min de lecture

LettresCultureMoyen ÂgeBas Moyen Âge, dans le Comtat Venaissin (région d'Avignon) à l'époque de la papauté avignonnaise, au XIVe siècle.

Aristocrate comtadine du XIVe siècle, traditionnellement identifiée comme la Laure célébrée par le poète italien Pétrarque dans son recueil le Canzoniere. Muse littéraire dont la beauté et la vertu ont inspiré l'un des sommets de la poésie amoureuse occidentale.

Questions fréquentes

Laure de Sade, née vers 1310 dans le Comtat Venaissin, est une aristocrate devenue une figure littéraire universelle. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle est la muse du Canzoniere de Pétrarque, un recueil de 366 poèmes qui a fixé les codes de l'amour courtois pour des siècles. Moins une personne historique qu'un mythe poétique, elle incarne la beauté idéale et inaccessible, inspirant des auteurs de Ronsard à Shakespeare.

Faits marquants

  • Née vers 1310 dans le Comtat Venaissin, issue de la noblesse provençale (famille de Noves, possiblement de Sade)
  • Selon la tradition, Pétrarque l'aperçoit pour la première fois le 6 avril 1327 en l'église Sainte-Claire d'Avignon
  • Elle devient l'inspiratrice du Canzoniere (Rerum vulgarium fragmenta), recueil de poèmes que Pétrarque lui dédie
  • Morte en 1348, probablement victime de la peste noire qui ravage l'Europe
  • Sa mort inspire à Pétrarque la seconde partie de son recueil (les poèmes 'in morte di Laura')

Œuvres & réalisations

Inspiration du Canzoniere de Pétrarque (XIVe siècle)

Laure est la muse des 366 poèmes du Canzoniere, sommet de la poésie amoureuse occidentale et matrice du sonnet européen.

Figure des poèmes « in vita » (du vivant de Laure) (1327-1348)

Première partie du recueil, où Pétrarque chante la beauté, la vertu et la froideur de la dame aimée et inaccessible.

Figure des poèmes « in morte » (après la mort de Laure) (après 1348)

Seconde partie du Canzoniere, où Laure morte devient guide spirituel élevant le poète vers le ciel, à la manière de la Béatrice de Dante.

Modèle du « pétrarquisme » européen (XVe-XVIe siècles)

À travers Laure, Pétrarque fixe les codes de l'amour idéal : ce style sera imité dans toute l'Europe, de Ronsard à Shakespeare.

Sujet des Triomphes (Trionfi) (vers 1351-1374)

Long poème allégorique où Laure apparaît dans le cortège de l'Amour, de la Mort puis de l'Éternité, comme âme glorifiée.

Anecdotes

Selon le récit de Pétrarque lui-même, le poète aperçut Laure pour la première fois le matin du 6 avril 1327, dans l'église Sainte-Claire d'Avignon. Ce coup de foudre, jamais payé de retour, allait nourrir des centaines de poèmes pendant plus de vingt ans.

Pétrarque a noté ses souvenirs de Laure dans la marge d'un manuscrit précieux qu'il possédait, son exemplaire de Virgile. C'est dans cette note intime, et non dans un poème, qu'il consigne la date de leur rencontre et celle de la mort de Laure, comme pour fixer à jamais ces deux dates.

D'après cette même note, Laure serait morte le 6 avril 1348, exactement vingt et un ans jour pour jour après leur première rencontre. Cette année-là, la grande peste noire ravageait Avignon et l'Europe entière, emportant des millions de personnes.

L'identification de cette Laure avec Laure de Noves, épouse d'Hugues de Sade, n'est pas certaine : elle a surtout été défendue au XVIIIe siècle par l'abbé de Sade, un lettré qui se disait son descendant. Les historiens débattent encore pour savoir si Laure a vraiment existé ou si elle fut en partie une figure idéalisée.

Le nom même de Laure permettait à Pétrarque de jouer sur les mots en italien et en latin : il évoque sans cesse le laurier (lauro), arbre des poètes couronnés, et l'air (l'aura), faisant de la femme aimée le symbole même de la gloire poétique à laquelle il aspirait.

Sources primaires

Pétrarque, note manuscrite sur son exemplaire de Virgile (Codex Ambrosianus) (vers 1348)
Laure, illustre par ses propres vertus et longtemps célébrée par mes vers, m'apparut pour la première fois au temps de ma première jeunesse, l'an 1327, le sixième jour d'avril, dans l'église Sainte-Claire d'Avignon, à l'heure du matin.
Pétrarque, Canzoniere (Rerum vulgarium fragmenta), sonnet III (XIVe siècle)
C'était le jour où les rayons du soleil pâlirent de pitié pour leur Créateur, quand je fus pris, et ne m'en gardai point, car vos beaux yeux, Madame, m'avaient lié.
Pétrarque, Canzoniere, canzone CXXVI « Chiare, fresche et dolci acque » (XIVe siècle)
Claires, fraîches et douces eaux, où elle, la seule qui me semble femme, reposa son beau corps.
Pétrarque, Secretum (Mon secret), dialogue avec saint Augustin (vers 1347-1353)
Augustin me reproche d'avoir aimé non point l'âme, mais le corps mortel de cette femme ; et moi je soutiens que c'est elle qui a élevé mon esprit vers les plus hautes pensées.

Lieux clés

Noves (Comtat Venaissin)

Village du Comtat Venaissin, près d'Avignon, dont la famille de Laure tirait son nom. Lieu traditionnellement associé à ses origines.

Église Sainte-Claire d'Avignon

Église où, selon Pétrarque, il vit Laure pour la première fois le 6 avril 1327. Lieu fondateur du mythe amoureux.

Avignon

Cité des papes au XIVe siècle, cœur de la chrétienté et ville où vécut Laure. C'est là qu'elle mourut lors de la peste de 1348.

Fontaine-de-Vaucluse

Retraite de Pétrarque dans la vallée de la Sorgue, où il composa nombre de ses poèmes pour Laure, célébrant les « eaux claires » de la rivière.

Couvent des Cordeliers d'Avignon

Lieu où la tradition situe le tombeau de Laure de Sade. L'abbé de Sade affirma y avoir retrouvé sa sépulture au XVIIIe siècle.

Voir aussi