Léopold Sédar Senghor(1906 — 2001)

Léopold Sédar Senghor

France, Sénégal

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Poète, écrivain et homme d'État sénégalais (1906-2001), Senghor a été le premier président du Sénégal indépendant. Théoricien majeur de la Négritude, il a promu une vision humaniste de la culture africaine et a marqué la littérature francophone du XXe siècle.

Questions fréquentes

Léopold Sédar Senghor (1906-2001) est un poète, écrivain et homme d'État sénégalais, premier président du Sénégal indépendant. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il est l'un des pères fondateurs de la Négritude, mouvement littéraire et philosophique qui a redonné dignité et fierté aux cultures africaines. Son héritage est double : politique, avec une transition pacifique du pouvoir en 1980, et culturel, avec une œuvre poétique célébrant l'Afrique et le métissage.

Citations célèbres

« Je pense, donc je suis. Je sens, donc j'existe. »
« La Négritude est la simple reconnaissance du fait d'être noir, et l'acceptation de ce fait, de notre destin de noir, de notre histoire et de notre culture. »
« L'Afrique est le berceau de l'humanité. »

Faits marquants

  • 1928-1956 : Études en France et engagement dans le mouvement de la Négritude aux côtés d'Aimé Césaire
  • 1945-1960 : Député du Sénégal à l'Assemblée nationale française, participant aux négociations d'indépendance
  • 1960 : Accession à la présidence du Sénégal indépendant, qu'il gouverne jusqu'en 1980
  • 1978 : Élection à l'Académie française, première personnalité africaine de cette distinction
  • 1984 : Publication de ses mémoires 'Ce que je crois'

Œuvres & réalisations

Chants d'ombre (1945)

Premier recueil poétique de Senghor, qui explore l'exil, la nostalgie de l'Afrique et la beauté de la culture sérère. Il pose les bases esthétiques et thématiques de toute son œuvre poétique.

Hosties noires (1948)

Recueil dédié aux soldats africains morts pour la France, mêlant hommage funèbre et dénonciation du colonialisme. C'est l'une des œuvres les plus émouvantes sur la condition des tirailleurs sénégalais.

Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française (1948)

Anthologie fondatrice compilée par Senghor, préfacée par Jean-Paul Sartre sous le titre 'Orphée noir'. Elle imposa la Négritude comme mouvement littéraire et politique reconnu à l'échelle mondiale.

Éthiopiques (1956)

Recueil considéré comme le sommet de l'art poétique de Senghor, alliant rythmes africains, images bibliques et inspiration surréaliste. Le poème 'Chaka' y réinterprète l'histoire du chef zoulou.

Liberté I – Négritude et Humanisme (1964)

Premier volume de ses essais politiques et culturels, qui théorise la Négritude comme contribution africaine à la civilisation universelle. Ouvrage de référence pour comprendre sa pensée philosophique.

Constitution du Sénégal (1960)

Document fondateur de la République du Sénégal, rédigé sous l'impulsion directe de Senghor, qui inscrivit dans la loi fondamentale les principes de démocratie, de laïcité et d'unité nationale.

Élégies majeures (1979)

Dernier grand recueil poétique de Senghor, publié juste avant son retrait politique, marqué par une tonalité testamentaire et une méditation sur la mort, la mémoire et l'universel.

Anecdotes

En 1935, Senghor réussit l'agrégation de grammaire, devenant le premier Africain agrégé de l'université française. Cet exploit exceptionnel lui ouvrit les portes de l'enseignement en métropole, où il enseigna dans des lycées parisiens avant la guerre.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Senghor fut fait prisonnier par les Allemands en 1940. Détenu dans un camp de prisonniers, il continua d'écrire des poèmes et refusa d'être libéré avant ses camarades africains, par solidarité avec eux.

En 1960, lors de la proclamation de l'indépendance du Sénégal, Senghor prononça un discours en wolof et en français, geste symbolique fort qui illustrait sa conviction que la langue africaine et la langue française pouvaient coexister et s'enrichir mutuellement.

En 1983, Senghor fut élu à l'Académie française, premier Africain à rejoindre cette institution vieille de trois siècles. Il occupa le fauteuil numéro 16 et fut reçu par Marguerite Yourcenar, autre grande figure de la francophonie.

Senghor était un musicien amateur passionné et insistait pour que ses poèmes soient lus avec un accompagnement musical africain, notamment la kora ou le balafon. Il précisait lui-même les instruments à utiliser dans ses recueils, considérant que la poésie ne pouvait se dissocier de la musique.

Sources primaires

Chants d'ombre – « Femme noire » (1945)
Femme nue, femme noire / Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté / J'ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes yeux.
Discours sur la Négritude (1956)
La Négritude est l'ensemble des valeurs culturelles du monde noir, telles qu'elles s'expriment dans la vie, les institutions et les œuvres des Noirs. Elle n'est pas un racisme, elle est une prise de conscience, une solidarité.
Liberté I – Négritude et Humanisme (1964)
Notre vocation est de ressusciter les valeurs de la Négritude, de les intégrer dans le courant de l'universalisme humain. Ce n'est pas un repli sur soi, c'est une contribution à la civilisation de l'Universel.
Épîtres à la Princesse – Lettre à Aimé Césaire (1956)
Nous avions rêvé ensemble, toi et moi, d'une poésie nouvelle qui fût nôtre : enracinée dans la terre noire, ouverte aux quatre vents de l'esprit.
Discours d'indépendance du Sénégal (1960)
Le Sénégal est libre et indépendant. Mais l'indépendance n'est pas une fin en soi ; elle est le moyen de bâtir ensemble, dans la dignité et la fraternité, une nation moderne.

Lieux clés

Joal, Sénégal

Ville natale de Senghor sur la Petite Côte sénégalaise, lieu de son enfance sérère qu'il a abondamment célébré dans sa poésie. Joal reste aujourd'hui un lieu de mémoire et de pèlerinage littéraire.

Paris – Quartier Latin

Lieu de formation intellectuelle de Senghor dans les années 1930, où il fréquenta la Sorbonne et rencontra Aimé Césaire pour fonder le mouvement de la Négritude. Les cafés et bibliothèques du Quartier Latin furent le berceau de ses premières idées.

Dakar – Palais de la République

Siège de la présidence du Sénégal, où Senghor gouverna de 1960 à 1980. C'est depuis ce palais qu'il dirigea l'un des États les plus stables d'Afrique postcoloniale.

Verson, Normandie, France

Ville normande où Senghor passa ses dernières années et mourut le 20 décembre 2001. Sa résidence en Normandie illustrait la dimension européenne de sa vie et de son identité multiple.

Université de Dakar (UCAD)

Fondée sous la présidence de Senghor, cette université fut un pilier de son projet de développement intellectuel africain. Elle porte aujourd'hui le nom d'Université Cheikh Anta Diop.

Voir aussi