Physicienne austro-suédoise pionnière, Lise Meitner a co-découvert la fission nucléaire avec Otto Hahn en 1938. Exilée en Suède après avoir fui le régime nazi, elle n'a jamais reçu le prix Nobel malgré son rôle décisif, dans l'une des injustices scientifiques les plus documentées du XXe siècle.
Lise Meitner(1878 — 1968)
Lise Meitner
Autriche, Cisleithanie, Suède
7 min de lecture
Questions fréquentes
Faits marquants
- 1906 : première femme à obtenir un doctorat de physique à l'Université de Vienne
- 1917 : co-découverte de l'élément protactinium (Pa, n°91) avec Otto Hahn
- 1938 : fuite d'Allemagne nazie vers la Suède après l'Anschluss, en tant que Juive
- 1938-1939 : formulation de l'explication théorique de la fission nucléaire avec son neveu Otto Frisch
- 1944 : Otto Hahn seul récompensé du prix Nobel de chimie pour la fission, Meitner écartée
- 1997 : l'élément chimique 109, le meitnerium (Mt), est nommé en son honneur
Œuvres & réalisations
En collaboration avec Otto Hahn, Meitner isole et identifie le protactinium, élément radioactif naturel. Cette découverte est sa première grande contribution reconnue à la chimie nucléaire.
En exil en Suède, Meitner fournit l'explication théorique fondamentale de la fission de l'uranium : un noyau bombardé de neutrons se divise comme une goutte oscillante, libérant une énergie colossale décrite par E=mc².
Article co-signé avec son neveu Otto Frisch, il introduit pour la première fois le terme 'fission' et expose la théorie complète du phénomène. Il déclenche une révolution dans la physique mondiale.
Meitner publie des dizaines d'articles sur la désintégration bêta et les spectres des rayons gamma, établissant des fondements expérimentaux essentiels pour la physique nucléaire moderne.
Après Hiroshima, Meitner s'engage activement dans la promotion d'un usage pacifique de l'énergie nucléaire à travers conférences, interviews et articles, portant une voix éthique dans le débat scientifique.
Anecdotes
Lise Meitner fut la première femme à obtenir un doctorat en physique à l'Université de Vienne en 1906, dans un pays où les femmes n'avaient accès aux universités que depuis 1897. Son directeur de thèse, Ludwig Boltzmann, reconnut immédiatement son génie exceptionnel.
Lorsqu'elle arriva à Berlin pour travailler avec Otto Hahn, le chimiste Emil Fischer lui interdit l'accès aux laboratoires réservés aux hommes. Elle dut travailler pendant des années dans une ancienne menuiserie aménagée en laboratoire, sans salaire, et utiliser une entrée séparée. Ce n'est qu'en 1912 qu'elle fut enfin admise dans les espaces communs.
En décembre 1938, réfugiée en Suède après avoir fui le régime nazi, Meitner reçut une lettre de son collègue Otto Hahn décrivant une expérience inexplicable : le noyau d'uranium semblait se diviser en deux. En se promenant dans la neige avec son neveu Otto Frisch, elle trouva l'explication théorique complète de la fission nucléaire, griffonnant ses calculs sur des bouts de papier.
En 1944, le prix Nobel de chimie fut attribué à Otto Hahn seul pour la découverte de la fission nucléaire, sans aucune mention de Meitner qui en avait pourtant fourni l'explication théorique fondamentale. Elle fut qualifiée par Albert Einstein de 'Marie Curie allemande', et reçut de nombreuses distinctions tardives, dont l'élément 109 du tableau périodique baptisé Meitnerium en son honneur en 1997.
Profondément pacifiste, Lise Meitner refusa de participer au Projet Manhattan malgré les invitations répétées des Américains. Lorsque la bombe atomique fut larguée sur Hiroshima en 1945, elle déclara publiquement son horreur et passa le reste de sa vie à militer pour un usage pacifique de l'énergie nucléaire.
Sources primaires
Nous avons réfléchi sérieusement à votre résultat sur le baryum... Il est possible que le noyau d'uranium se comporte comme une goutte d'eau oscillante qui peut se diviser.
On the basis of present knowledge of the forces acting inside a nucleus, it seems possible to account for the formation of such a large nucleus in a simple way: the uranium nucleus might divide itself into two nuclei of roughly equal size.
La physique m'a donné la joie de ma vie. Science is not the result of a single mind, but of hundreds of minds working together across generations.
Je ne voulais pas construire une bombe. Je suis une physicienne, non une militaire. L'usage de la bombe atomique sur des populations civiles est une catastrophe morale.
Lieux clés
Ville natale de Lise Meitner, où elle effectua ses études supérieures à l'Université de Vienne et obtint son doctorat en 1906 sous la direction de Ludwig Boltzmann.
Principal lieu de travail de Meitner pendant plus de trente ans. C'est là qu'elle et Hahn menèrent leurs recherches sur la radioactivité et qu'ils découvrirent le protactinium en 1918.
Petite ville côtière suédoise où Meitner et son neveu Otto Frisch, lors d'une promenade dans la forêt enneigée en décembre 1938, élaborèrent la théorie de la fission nucléaire.
Institution qui accueillit Meitner en exil à partir de 1938. Elle y travailla dans des conditions difficiles, loin de ses collègues berlinois, tout en développant ses travaux théoriques majeurs.
Ville où Meitner s'installa dans ses dernières années, proche de son neveu Frisch. Elle y décéda le 27 octobre 1968, quelques jours avant son 90e anniversaire.
Objets typiques

Instrument de détection des rayonnements ionisants que Meitner utilisait quotidiennement pour analyser la radioactivité des éléments. Il était indispensable dans ses expériences sur les noyaux atomiques.

Dispositif permettant de rendre visibles les trajectoires des particules subatomiques. Meitner l'utilisa pour identifier et analyser les émissions des éléments radioactifs qu'elle étudiait.

Outil clé des expériences de bombardement neutronique de l'uranium menées par Hahn et Meitner dans les années 1930. C'est grâce à ces bombardements que la fission fut observée expérimentalement.

Meitner tenait des notes scientifiques rigoureuses consignant chaque expérience, mesure et réflexion théorique. Ses carnets constituent une source primaire précieuse pour l'histoire des sciences.

Outil central de son quotidien de chercheuse, sur lequel elle identifia le protactinium et suivit les transmutations nucléaires. En son honneur, l'élément 109 porte aujourd'hui son nom : Meitnerium.

En exil, Meitner maintenait une intense correspondance avec Hahn, Frisch et d'autres physiciens. C'est par lettres que fut élaborée la théorie de la fission, en décembre 1938.
Programmes scolaires
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Vocabulaire clé
Vie quotidienne
Matin
Meitner commençait sa journée tôt, souvent avant ses collègues masculins, pour éviter les regards déplacés dans un milieu scientifique encore très fermé aux femmes. Elle prenait un petit déjeuner frugal — thé noir, pain et confiture — avant de rejoindre le laboratoire à pied.
Après-midi
Les après-midis étaient entièrement consacrés aux expériences et aux mesures de radioactivité : calibrage des instruments, lecture des compteurs, annotation minutieuse des résultats dans ses carnets. Les discussions théoriques avec Hahn avaient souvent lieu en fin d'après-midi autour d'un tableau noir.
Soir
En soirée, Meitner lisait les derniers journaux scientifiques, répondait à sa volumineuse correspondance avec des physiciens européens, ou assistait aux séminaires scientifiques dont Berlin était alors la capitale mondiale. Elle aimait aussi la musique classique et jouait occasionnellement du piano.
Alimentation
Meitner menait une vie simple et modeste, se nourrissant de repas bourgeois berlinois ordinaires : soupes, viandes braisées, légumes de saison. Pendant ses années d'exil en Suède, elle s'adapta à la cuisine scandinave, plus frugale, et consacra peu de temps aux repas, absorbée par ses recherches.
Vêtements
En laboratoire, Meitner portait toujours une blouse blanche sur une robe sombre, col montant et sobre, conforme aux normes de la respectabilité bourgeoise de l'époque. Elle ne se distinguait jamais par sa mise, préférant passer inaperçue dans un monde d'hommes, mais restait toujours soignée et digne.
Habitat
À Berlin, Meitner habitait un appartement bourgeois modeste près de l'Institut Kaiser-Wilhelm, rempli de livres et de partitions musicales. Après son exil en 1938, elle vécut dans des chambres d'hôtel et des logements provisoires à Stockholm, une instabilité qui pesa lourdement sur sa productivité et son moral.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Réalisme scientifique en teintes grises et ambrées : laboratoires berlinois aux instruments de laiton et de verre, contrastant avec les paysages enneigés de Suède. Esthétique photographique d'archive des années 1930.
Ambiance sonore
Ambiance de laboratoire feutré des années 1930 : tics du compteur Geiger, instruments électriques bourdonnants, plume sur papier ; puis la neige et les pins de Suède où naît la théorie de la fission.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Découverte du protactinium (élément 91)
1918
Théorie de la fission nucléaire
décembre 1938
Disintegration of Uranium by Neutrons: a New Type of Nuclear Reaction (article Nature)
11 février 1939
Travaux sur la radioactivité bêta et les spectres d'émission
1908–1933
Conférences et articles pour un usage pacifique de l'énergie atomique
1945–1960






