Louise Bourgeois(1911 — 2010)

Louise Bourgeois

France, États-Unis

8 min de lecture

Arts visuelsArtisteXXe siècleLouise Bourgeois traverse un siècle marqué par deux guerres mondiales, l'essor du mouvement féministe et la montée de l'art contemporain international. Son œuvre s'inscrit dans les courants surréaliste, expressionniste et conceptuel de New York.

Louise Bourgeois est une sculptrice franco-américaine dont l'œuvre explore la mémoire, le corps et les relations familiales. Connue pour ses araignées monumentales « Maman », elle est l'une des figures majeures de l'art contemporain du XXe siècle.

Questions fréquentes

Louise Bourgeois (1911-2010) est une sculptrice franco-américaine dont l'œuvre explore la mémoire, le corps et les relations familiales. Ce qui la rend singulière, c'est qu'elle a transformé ses traumatismes personnels — la trahison de son père, la mort de sa mère — en un langage sculptural universel. Alors que la plupart des artistes de sa génération restaient dans l'abstraction, elle a imposé une dimension narrative et psychanalytique à la sculpture. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle est devenue une icône de l'art contemporain tardivement, à 71 ans, avec sa rétrospective au MoMA en 1982.

Citations célèbres

« L'art est une garantie de santé mentale. »
« Je suis une femme sans inconscient — je suis toute sur la surface. »

Faits marquants

  • Née à Paris en 1911, elle émigre aux États-Unis en 1938 après son mariage avec l'historien d'art Robert Goldwater
  • Sa série des « Cells » (années 1990) explore la douleur, le désir et les traumatismes de l'enfance
  • Ses araignées monumentales « Maman » (1999) sont exposées dans les plus grands musées du monde, dont le musée Guggenheim de Bilbao
  • Elle connaît une reconnaissance internationale tardive : rétrospective au MoMA de New York en 1982, à plus de 70 ans
  • Décède à New York en 2010 à l'âge de 98 ans, laissant une œuvre de plus de 80 ans de création

Œuvres & réalisations

Personages (1945-1955)

Série de sculptures en bois verticales évoquant des silhouettes humaines solitaires, exposées dès 1949 au MoMA. Chaque figure représente une personne chère restée en France après son émigration.

The Destruction of the Father (1974)

Installation en latex, plâtre et os, représentant une scène de fantasme où les enfants dévorent le père tyrannique. Œuvre pivot dans sa carrière, alliant violence symbolique et psychanalyse.

Femme Maison (1946-1947)

Série de dessins et gravures représentant une femme dont la tête est remplacée par une maison. Icône féministe avant l'heure, elle illustre l'enfermement domestique imposé aux femmes.

Cells (série) (1990-2008)

Environnements clos en métal et verre renfermant objets personnels, sculptures et fragments de corps. Chaque 'cellule' explore une forme de douleur ou de souvenir encapsulé.

Maman (1999)

Araignée monumentale en bronze, acier et marbre, haute de 9,27 mètres. Créée pour la Tate Modern, elle rend hommage à la mère tisserande de l'artiste et est devenue l'une des sculptures les plus célèbres du XXe siècle.

Spider (1997)

Première grande araignée en bronze de la série, précédant 'Maman'. Elle condense la symbolique maternelle et l'ambivalence entre protection et menace qui traverse toute l'œuvre de Bourgeois.

I Do, I Undo, I Redo (2000)

Installation de trois tours en acier présentées à la Tate Modern, invitant le public à monter et à se croiser. Elle incarne le cycle perpétuel de création, destruction et reconstruction propre à la démarche de Bourgeois.

Anecdotes

Louise Bourgeois est née à Paris en 1911 dans une famille de restaurateurs de tapisseries. Sa mère, Joséphine, était tisserande et représentait pour Louise une figure de douceur et de résilience. Quand sa mère mourut alors que Louise avait 21 ans, ce deuil influença toute son œuvre future.

Son père, Louis Bourgeois, entretint une liaison de dix ans avec la gouvernante anglaise de la famille, Sadie Gordon Richmond, qui vivait sous le même toit. Louise vécut cette trahison comme une humiliation profonde : elle en fit le moteur secret de sculptures comme 'The Destruction of the Father' (1974), monument à la rage et à la vengeance symbolique.

Installée à New York après son mariage avec l'historien d'art Robert Goldwater en 1938, Louise Bourgeois resta longtemps ignorée du marché de l'art. Sa première grande rétrospective au MoMA ne survint qu'en 1982, alors qu'elle avait 71 ans. Elle devint ainsi l'une des artistes les plus célébrées du monde à un âge où beaucoup prennent leur retraite.

La sculpture 'Maman' (1999), araignée monumentale en bronze et acier de plus de neuf mètres de haut, fut créée pour l'inauguration de la Tate Modern de Londres. Pour Louise Bourgeois, l'araignée symbolisait sa mère : habile tisserande, protectrice, patiente et redoutable à la fois. Des exemplaires de 'Maman' sont aujourd'hui installés devant plusieurs grands musées du monde.

Louise Bourgeois tenait depuis les années 1950 des 'Sunday Sessions' dans son atelier new-yorkais : des réunions hebdomadaires où artistes, critiques et amis débattaient librement d'art et de psychanalyse. Elle suivit elle-même une psychanalyse pendant plus de vingt ans et considérait ses Journaux intimes comme une œuvre à part entière, publiés en 1994 sous le titre 'Destruction of the Father / Reconstruction of the Father'.

Sources primaires

Journaux et écrits de Louise Bourgeois (1950s-1990s)
Je suis seule, je suis toujours seule. Mon travail est là pour me protéger. Il représente la crainte que j'ai de perdre le contrôle.
Interview avec Donald Kuspit, 'An Interview with Louise Bourgeois' (1988)
Art is a guaranty of sanity. That is the most important thing I have said.
Catalogue de la rétrospective MoMA, déclaration de l'artiste (1982)
My work grows from the duel between the isolated individual and the shared awareness of the group.
Lettre à ses fils, archives Easton Foundation (1960)
La sculpture est un corps. Elle a un système nerveux, des humeurs, des sentiments. Elle peut avoir mauvaise mine. Elle change selon les jours.
Déclaration pour l'exposition 'Cells', Documenta IX (1992)
The Cells represent different types of pain: the physical, the emotional and psychological, and the mental and intellectual. The fear of pain is the fear of vulnerability.

Lieux clés

Choisy-le-Roi, Val-de-Marne, France

Ville où grandit Louise Bourgeois, dans l'atelier familial de restauration de tapisseries. Ce cadre artisanal forgea son rapport au matériau et à la transmission.

Atelier du 142 West 20th Street, Chelsea, New York

Atelier et résidence de Louise Bourgeois pendant des décennies, lieu de ses légendaires 'Sunday Sessions' et de la création de la quasi-totalité de son œuvre américaine.

MoMA — Museum of Modern Art, New York

Lieu de sa rétrospective fondatrice en 1982, qui consacra internationalement son œuvre à 71 ans et changea le regard du monde de l'art sur cette artiste longtemps méconnue.

Tate Modern, Londres, Royaume-Uni

Musée inauguré en 2000 avec l'installation 'Maman' de Bourgeois dans la Turbine Hall. Cette araignée monumentale est devenue l'une des images iconiques de l'art contemporain.

École des Beaux-Arts de Paris

Lieu de formation de Louise Bourgeois dans les années 1930, avant qu'elle n'étudie aussi avec Fernand Léger et Vassily Kandinsky à l'Académie de la Grande Chaumière.

Voir aussi