Luciano Berio(1925 — 2003)

Luciano Berio

Italie, royaume d'Italie

6 min de lecture

MusiqueCompositeur/tricePédagogueXXe siècleSeconde moitié du XXe siècle, période de l'avant-garde musicale et de l'essor de la musique électroacoustique en Europe.

Luciano Berio (1925-2003) est un compositeur italien, figure majeure de la musique contemporaine et de l'avant-garde d'après-guerre. Pionnier de la musique électroacoustique, il est connu pour ses recherches sur la voix et l'écriture instrumentale virtuose.

Questions fréquentes

Luciano Berio (1925-2003) est un compositeur italien qui a révolutionné la musique contemporaine. Ce qui le distingue, c'est sa double casquette : pionnier de la musique électroacoustique et virtuose de l'écriture instrumentale. Il a fondé le Studio di Fonologia de Milan avec Bruno Maderna, un laboratoire où l'on découpait la bande magnétique pour créer des sons inouïs. Moins un théoricien qu'un expérimentateur, il a exploré la voix humaine comme jamais, avec des œuvres comme Sequenza III où la chanteuse tousse, murmure et rit. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a ouvert la voie à une musique où le passé et le présent se mélangent librement.

Faits marquants

  • Né en 1925 à Oneglia (Imperia), en Italie, dans une famille de musiciens
  • Fonde en 1955 le Studio di fonologia musicale de la RAI à Milan avec Bruno Maderna, dédié à la musique électronique
  • Compose à partir de 1958 le cycle des Sequenze, pièces solistes virtuoses explorant les ressources de chaque instrument
  • Crée Sinfonia (1968-1969) pour orchestre et voix, œuvre emblématique mêlant citations musicales et collage de textes
  • Mort en 2003 à Rome ; il a marqué plusieurs générations de musiciens et enseigné dans de grandes institutions

Œuvres & réalisations

Thema (Omaggio a Joyce) (1958)

Œuvre électroacoustique fondatrice transformant la voix de Cathy Berberian lisant Joyce ; un jalon de la musique sur bande.

Sequenza (série pour instruments solistes) (1958-2002)

Ensemble de quatorze pièces poussant chaque instrument à ses limites techniques et expressives ; référence majeure du répertoire moderne.

Sequenza III pour voix (1965)

Pièce explorant tout l'éventail des sons vocaux humains, du rire au murmure, composée pour Cathy Berberian.

Sinfonia (1968)

Œuvre pour huit voix et orchestre, célèbre pour son collage de citations musicales et textuelles ; emblème du postmodernisme musical.

Laborintus II (1965)

Œuvre mêlant voix, instruments et bande sur un texte d'Edoardo Sanguineti, méditation sur Dante et la mémoire.

Un re in ascolto (1984)

Opéra inspiré d'Italo Calvino, réflexion sur l'écoute, le pouvoir et le théâtre.

Coro (1976)

Vaste œuvre pour voix et instruments mêlant chants populaires du monde entier à des textes de Pablo Neruda.

Rendering (1989)

Restauration musicale des esquisses de la 10e symphonie inachevée de Schubert, où Berio comble les vides avec sa propre écriture.

Anecdotes

En 1944, le jeune Berio se blesse gravement à la main droite en manipulant une arme le premier jour de son service militaire sous la République de Salò. Cette blessure l'empêcha de devenir pianiste virtuose et l'orienta définitivement vers la composition.

Pour sa série de pièces solistes intitulée « Sequenza », Berio voulait pousser chaque instrument à ses limites. La Sequenza III pour voix demande à la chanteuse de rire, tousser, murmurer et chanter, explorant tout l'éventail des émotions humaines en quelques minutes.

Dans sa célèbre « Sinfonia » (1968), Berio superpose des fragments de dizaines d'œuvres (Mahler, Bach, Debussy, Ravel) comme un immense collage musical. Huit voix récitent en même temps des bribes de textes, créant un effet de foule et de mémoire collective.

Berio fut marié à la chanteuse américaine Cathy Berberian, dont la voix extraordinaire inspira de nombreuses œuvres. Il composa pour elle des pièces qui exigeaient des prouesses vocales jusque-là jamais demandées à une interprète classique.

En 1955, Berio fonde avec Bruno Maderna le Studio di Fonologia de la radio italienne (RAI) à Milan, l'un des premiers laboratoires européens dédiés à la musique électronique, où l'on fabriquait des sons avec des magnétophones et des oscillateurs.

Sources primaires

Luciano Berio, Remembering the Future (conférences Charles Eliot Norton, Harvard) (1993-1994)
La musique est tout ce que l'on écoute avec l'intention de l'écouter comme de la musique. C'est une perpétuelle redécouverte et réinvention du passé.
Note de Berio sur la Sequenza III pour voix (1965)
J'ai essayé de capter et de musicaliser la grande variété de comportements vocaux qui caractérisent l'être humain, depuis le langage articulé jusqu'aux sons les plus inarticulés.
Entretiens avec Rossana Dalmonte et Bálint András Varga (Two Interviews) (1981)
Je n'ai jamais cru à l'idée d'une avant-garde qui détruirait le passé. Le passé fait partie de nous, il vit dans notre manière même d'écouter.

Lieux clés

Oneglia (Imperia), Italie

Ville natale de Berio sur la côte ligure, où il grandit dans une famille d'organistes et de musiciens.

Studio di Fonologia, RAI, Milan

Laboratoire de musique électronique fondé par Berio et Maderna en 1955, pionnier de l'électroacoustique en Italie.

IRCAM, Paris

Institut de recherche musicale fondé par Pierre Boulez, où Berio dirige la section électroacoustique dans les années 1970.

Tempo Reale, Florence

Centre de production et de recherche musicale fondé par Berio en 1987, dédié aux nouvelles technologies du son.

Rome, Italie

Ville où Berio dirigea l'Accademia Nazionale di Santa Cecilia et où il mourut en 2003.

Voir aussi