Biographie

Chimiste français (1827-1907), fondateur de la thermochimie et de la chimie de synthèse organique. Il fut aussi homme politique républicain, ministre de l'Instruction publique puis des Affaires étrangères.

Marcellin Berthelot(1827 — 1907)

Marcellin Berthelot

France

9 min de lecture

SciencesPolitiqueScientifiqueXIXe siècleIIIe République française, âge d'or des sciences expérimentales

Questions fréquentes

Marcellin Berthelot (1827-1907) est un chimiste français qui a révolutionné la chimie en prouvant qu'on pouvait fabriquer des molécules organiques sans l'intervention du vivant. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a définitivement enterré la théorie du vitalisme en synthétisant le méthanol à partir de matières minérales en 1853, à seulement 26 ans. Il a aussi fondé la thermochimie, la science qui mesure la chaleur dégagée par les réactions chimiques, en inventant la bombe calorimétrique en 1881. Moins un expérimentateur solitaire qu'un bâtisseur d'institutions, il a cumulé les postes de secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences et de ministre de l'Instruction publique, faisant de lui l'incarnation du savant républicain.

Citations célèbres

« Le monde est aujourd'hui sans mystères.»
« La chimie crée son objet.»

Faits marquants

  • 1827 : naissance à Paris
  • 1854 : première synthèse totale d'un corps gras (alcool méthylique)
  • 1865 : chaire de chimie organique au Collège de France
  • 1877 : publication de l'Essai de mécanique chimique fondée sur la thermochimie
  • 1886-1887 : ministre de l'Instruction publique ; 1895-1896 : ministre des Affaires étrangères

Œuvres & réalisations

Chimie organique fondée sur la synthèse (1860)

Ouvrage en deux volumes fondant la chimie de synthèse organique moderne. Berthelot y démontre que l'on peut créer des substances organiques sans jamais recourir à la vie, renversant définitivement la théorie vitaliste et ouvrant l'ère de la chimie industrielle.

La Synthèse chimique (1876)

Ouvrage de théorie et de vulgarisation qui popularise les idées de Berthelot sur la création de substances organiques. Il y expose l'idée révolutionnaire que la chimie 'crée son objet', contrairement aux sciences naturelles qui se bornent à observer le monde.

Essai de mécanique chimique fondée sur la thermochimie (1879)

Traité en deux volumes fondant la thermochimie comme discipline scientifique à part entière. Berthelot y développe sa méthode calorimétrique et établit les lois fondamentales de la chaleur de réaction, posant les bases de la thermodynamique chimique.

Science et philosophie (1886)

Recueil d'essais où Berthelot expose sa vision positiviste, défendant l'idée que la science doit guider la philosophie et la morale. Ouvrage phare de la pensée laïque et républicaine, très lu dans les milieux enseignants de la IIIe République.

Thermochimie — Données et lois numériques (1897)

Compilation exhaustive de vingt ans de mesures calorimétriques, offrant à la communauté scientifique un corpus de données de référence sur les chaleurs de réaction. Ouvrage utilisé comme bible de la discipline pendant des décennies.

Science et morale (1897)

Essai philosophique soutenant que la morale doit être fondée sur la science et non sur la religion, dans la droite ligne du positivisme d'Auguste Comte. Très influent dans les cercles républicains et laïques qui bâtissaient l'école publique française.

Anecdotes

En 1853, Berthelot synthétise le méthanol entièrement à partir de matières minérales, sans jamais recourir à une substance d'origine vivante. Cette prouesse réfute définitivement la théorie du « vitalisme », selon laquelle seul le vivant pouvait produire des molécules organiques. Ce coup d'éclat le rend célèbre dans toute l'Europe scientifique dès l'âge de 26 ans.

Le 18 mars 1907, Marcellin Berthelot meurt à Paris quelques heures seulement après sa femme Sophie, qu'il aimait passionnément depuis quarante ans. L'État leur accorde à tous deux les honneurs du Panthéon, et le couple y repose côte à côte — une des plus belles histoires d'amour de la République savante.

Pendant le siège de Paris par les Prussiens en 1870-1871, Berthelot met ses compétences au service de la défense nationale. Il dirige la commission scientifique chargée d'améliorer la fabrication de la poudre et des explosifs, passant des nuits en laboratoire pour trouver des formules plus efficaces. Son engagement patriotique lui vaut une notoriété bien au-delà des cercles académiques.

En 1901, Berthelot est élu à l'Académie française, devenant le premier chimiste à siéger sous la Coupole parmi les « immortels ». Il cumulait déjà le titre de secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences depuis 1889. Ce double honneur, rarissime, témoigne de son statut de savant encyclopédiste à la française, aussi à l'aise avec les éprouvettes qu'avec les mots.

Berthelot est un républicain convaincu et un libre penseur militant. Lorsqu'il meurt, il refuse expressément toute cérémonie religieuse, conformément à ses convictions positivistes. Son entrée au Panthéon, sans messe ni prière, est saluée par la presse laïque comme un symbole de la République triomphante — la science au sommet de la nation.

Sources primaires

Chimie organique fondée sur la synthèse (1860)
La chimie crée son objet. Cette faculté créatrice, semblable à celle de l'art lui-même, la distingue essentiellement des sciences naturelles et historiques.
Essai de mécanique chimique fondée sur la thermochimie (1879)
La thermochimie a pour but de mesurer les forces qui produisent les phénomènes chimiques, et de remonter de ces mesures à la connaissance des lois générales qui régissent les transformations de la matière.
Science et philosophie (1886)
La science est la base de toute philosophie solide ; elle seule peut fournir les matériaux d'une morale positive et d'une politique rationnelle, libérée des dogmes et des superstitions.
Science et morale (1897)
La morale doit être fondée sur la connaissance scientifique de la nature humaine et non sur des révélations surnaturelles ; c'est là la grande tâche de notre siècle finissant.
Discours prononcé aux funérailles de Ernest Renan à l'Académie française (1892)
Il avait compris que la science et la philosophie ne sont pas ennemies mais sœurs, et que la grandeur de l'homme est de chercher la vérité sans jamais se lasser ni jamais désespérer.

Lieux clés

Collège de France, Paris

Institution où Berthelot occupa la chaire de chimie organique à partir de 1865 et où se trouvait son laboratoire principal. C'est là qu'il mena pendant plus de quarante ans ses expériences fondatrices de la thermochimie, formant plusieurs générations de chimistes.

Panthéon, Paris

Monument républicain où reposent les grands hommes de la nation. Berthelot et son épouse Sophie y furent inhumés ensemble le 19 mars 1907, lors d'obsèques nationales laïques, en reconnaissance de son œuvre scientifique et de son engagement républicain.

Paris, 5e arrondissement (quartier Latin)

Quartier où Berthelot naquit le 25 octobre 1827, fils d'un médecin parisien, et où il passa toute son existence. Le quartier Latin, avec ses facultés, ses cafés et ses libraires, forma le décor permanent de sa vie de savant et d'intellectuel républicain.

École supérieure de pharmacie, Paris

Établissement où Berthelot débuta ses études de chimie sous la direction du professeur Antoine Jérôme Balard, découvreur du brome. Cette formation rigoureuse lui donna le goût de l'expérimentation systématique et de la mesure précise qui marqua toute sa carrière.

Ministère des Affaires étrangères, quai d'Orsay, Paris

Siège de la diplomatie française où Berthelot exerça comme ministre des Affaires étrangères de novembre 1895 à avril 1896. Son passage au Quai d'Orsay fut marqué par ses efforts pour consolider l'alliance franco-russe face à la puissance allemande.

Voir aussi