Écrivaine espagnole du Siècle d'or (1590-1661), María de Zayas est l'une des rares femmes de lettres de son époque à avoir publié sous son propre nom. Ses nouvelles, Novelas amorosas y exemplares (1637) et Desengaños amorosos (1647), dénoncent avec audace la domination masculine et défendent l'éducation des femmes.
María de Zayas(1590 — ?)
María de Zayas y Sotomayor
Espagne
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Questions fréquentes
Citations célèbres
« Las mujeres tienen las mismas almas que los hombres y el mismo entendimiento.»
Faits marquants
- Née vers 1590 à Madrid, dans une famille de la petite noblesse espagnole
- Publication en 1637 des Novelas amorosas y exemplares, recueil de dix nouvelles à succès immédiat
- Publication en 1647 des Desengaños amorosos, suite plus sombre dénonçant la violence faite aux femmes
- Contemporaine de Lope de Vega et Calderón de la Barca, reconnue par ses pairs masculins
- Disparaît des archives après 1647 ; date et lieu de sa mort restent inconnus
Œuvres & réalisations
Premier recueil de dix nouvelles publié à Saragosse, présenté comme un cadre narratif de réunion entre hommes et femmes échangeant des récits. L'ouvrage mêle intrigues amoureuses et critique sociale, défendant ouvertement l'éducation et la dignité des femmes.
Second recueil de dix nouvelles, publié dix ans après le premier, au ton nettement plus sombre et désenchanté. Les récits y dénoncent avec une violence accrue les maltraitances masculines et se concluent souvent par l'entrée au couvent des protagonistes féminines comme ultime refuge.
Seule pièce de théâtre attribuée à María de Zayas, cette comédie de mœurs met en scène la rivalité amoureuse entre femmes et la trahison de l'amitié féminine par l'amour. Elle témoigne de la diversité de ses talents et de sa participation au genre dramatique du Siècle d'or.
María de Zayas contribua des poèmes laudatifs aux recueils de plusieurs auteurs contemporains, notamment Lope de Vega. Ces contributions attestent de son intégration dans les cercles littéraires madrilènes et de la reconnaissance de son talent par ses pairs.
Anecdotes
María de Zayas fut l'une des très rares femmes de son époque à publier des œuvres littéraires sous son propre nom, sans pseudonyme masculin. À une époque où les femmes étaient largement exclues du monde des lettres, cette audace était en elle-même un acte de résistance remarquable.
Dans le prologue de ses Novelas amorosas y exemplares (1637), María de Zayas s'adresse directement à ses lecteurs pour défendre l'intelligence des femmes, affirmant que si elles semblent moins savantes que les hommes, c'est uniquement parce qu'on leur refuse l'accès aux livres et à l'éducation — non par manque de capacité naturelle.
Ses nouvelles mettent en scène des femmes victimes de violence masculine avec une crudité inhabituelle pour l'époque. Certains critiques contemporains étaient choqués par la noirceur de ses récits, mais d'autres la comparaient favorablement à Lope de Vega et Cervantès, ce qui constitue un éloge exceptionnel pour une femme du XVIIe siècle.
La date de mort de María de Zayas reste inconnue : elle disparaît des archives après 1647, date de publication de son deuxième recueil. Certains historiens pensent qu'elle aurait pu terminer sa vie dans un couvent, pratique courante chez les femmes lettrées de l'époque souhaitant préserver leur indépendance intellectuelle.
Ses œuvres furent rééditées plusieurs fois au XVIIe siècle, preuve de leur popularité, mais elles tombèrent dans l'oubli pendant plus de deux siècles. Ce n'est qu'au XXe siècle que la critique féministe la redécouvrit, la reconnaissant comme une précurseure majeure de la littérature féministe hispanique.
Sources primaires
¿Quién duda, lector mío, que te causará admiración que una mujer tenga despejo, no sólo para escribir un libro, sino para darle a la estampa?
Las mujeres tienen alma igual a la de los hombres; la razón está en no dejarlas ejercitar las potencias, cerrándoles los libros y las escuelas.
No hay cosa más ingrata que el hombre que ha sido querido, ni más olvidadiza que la mujer que ha amado sin ser correspondida.
Si los hombres usaran de la misma lealtad que piden a las mujeres, no hubiera tantas desgraciadas.
Lieux clés
Capitale du royaume et centre intellectuel de l'Espagne du Siècle d'or, Madrid est la ville où María de Zayas passa la plus grande partie de sa vie. Elle y fréquenta les académies littéraires et les milieux cultivés de la cour de Philippe IV.
C'est à Saragosse que fut publié le premier recueil de María de Zayas en 1637, chez l'imprimeur Pedro Escuer. La ville était un important centre d'imprimerie et de diffusion littéraire dans l'Espagne du XVIIe siècle.
Son père, Pedro de Zayas, fut soldat et administrateur au service de la couronne espagnole en Italie. María de Zayas séjourna probablement à Naples dans son enfance, ce qui explique sa connaissance de la culture et de la littérature italiennes visible dans ses œuvres.
Ancienne capitale de l'Espagne où la famille royale résida au début du XVIIe siècle, Valladolid était un foyer culturel important que María de Zayas aurait pu fréquenter dans sa jeunesse.
Objets typiques

Outil quotidien de l'écrivaine au XVIIe siècle, la plume d'oie taillée permettait de coucher sur le papier les longues nouvelles de María de Zayas. Son usage supposait une maîtrise technique et un accès à des ressources que peu de femmes de l'époque possédaient.

María de Zayas s'inspira directement des Décaméron de Boccace et des novellieri italiens, dont les recueils circulaient en traduction espagnole. Ces volumes constituaient à la fois ses modèles littéraires et ses sources d'inspiration thématiques.

La mode féminine aristocratique espagnole du XVIIe siècle privilégiait les tissus sombres et les ornements discrets, imposés par l'étiquette de la cour. María de Zayas, issue de la petite noblesse, portait vraisemblablement ces vêtements codifiés qu'elle décrit avec précision dans ses récits.

Objet de dévotion catholique omniprésent dans l'Espagne du Siècle d'or, le chapelet rythmait la journée des femmes de bonne famille. Dans les nouvelles de Zayas, la religion et la morale catholiques servent souvent de cadre pour critiquer les comportements masculins jugés hypocrites.

Avant publication, les textes des écrivains du Siècle d'or circulaient sous forme manuscrite dans les académies et salons littéraires. María de Zayas fréquenta ces cercles madrilènes où ses textes furent lus et discutés avant d'être imprimés.

Symbole de vanité et d'illusion dans la littérature baroque, le miroir est une image récurrente dans les œuvres de Zayas pour évoquer la tromperie des apparences et la duplicité des hommes envers les femmes.
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Vie quotidienne
Matin
María de Zayas commençait sa journée par la prière matinale, pratique obligatoire dans l'Espagne catholique du XVIIe siècle. Après une frugale collation — pain, fromage et chocolat chaud introduit d'Amérique —, elle s'installait tôt à son bureau pour écrire, profitant de la clarté naturelle avant que les visites de l'après-midi n'interrompent sa concentration.
Après-midi
L'après-midi était consacré aux obligations sociales de son rang : visites de courtoisie, réception de connaissances lettrées, parfois participation à une académie littéraire où l'on lisait des textes à voix haute et débattait de poésie et de prose. Ces réunions mixtes, bien que surveillées, lui offraient un espace rare d'expression intellectuelle publique.
Soir
Le soir, à la lueur des chandelles, elle relisait ses manuscrits et correspondait peut-être avec des éditeurs et des auteurs. La soirée comportait également la prière du soir et, dans les maisons nobles, une lecture à voix haute de textes pieux ou littéraires avant le coucher. Le couvre-feu imposé aux femmes non accompagnées limitait ses sorties nocturnes.
Alimentation
L'alimentation de la petite noblesse madrilène au XVIIe siècle reposait sur le pain de froment, les légumineuses (pois chiches, lentilles), la viande de porc et de mouton, ainsi que les poissons salés les jours maigres. Le chocolat chaud, importé des Amériques, était devenu un luxe accessible aux classes aisées, et María de Zayas en fait d'ailleurs mention dans ses nouvelles comme d'une boisson associée aux réunions féminines.
Vêtements
María de Zayas portait les vêtements caractéristiques de la petite noblesse espagnole du XVIIe siècle : robe longue en taffetas ou en laine noire, col de dentelle blanche (cuello), corset rigide (cuerpo) et jupon bouffant (guardainfante) à la mode de la cour de Philippe IV. La sobriété des couleurs sombres était un marqueur de distinction sociale imposé par l'étiquette espagnole.
Habitat
Elle vivait probablement dans un appartement en location dans un immeuble de rapport (casa de vecinos) du centre de Madrid, logement typique de la petite noblesse sans revenus stables. L'appartement comptait quelques pièces meublées de bois sombre, avec un oratoire domestique, une salle de réception et un cabinet d'étude personnel — espace précieux et rare pour une femme de son époque.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Style pictural baroque espagnol, inspiré de Velázquez : clair-obscur dramatique, palette sombre rehaussée d'ivoire et d'or, intérieur aristocratique madrilène du XVIIe siècle.
Ambiance sonore
Ambiance sonore d'un intérieur madrilène du XVIIe siècle : grattement de plume, cloches d'église, murmures d'une académie littéraire et bruits de la ville baroque en toile de fond.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Novelas amorosas y exemplares
1637
Desengaños amorosos (Parte segunda del Sarao y entretenimiento honesto)
1647
La traición en la amistad (comédie)
vers 1620-1630
Poèmes dans les paratextes d'œuvres contemporaines
1620-1637






