Écrivaine sénégalaise (1929-1981), auteure de *Une si longue lettre* (1979), premier roman africain à remporter le prix Noma. Son œuvre explore la condition féminine en Afrique et dénonce les inégalités liées au mariage polygame.
Mariama Bâ(1929 — 1981)
Mariama Bâ
Sénégal
8 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« Les livres sont une nourriture de l'âme.»
« La femme a le droit au bonheur.»
Faits marquants
- Née en 1929 à Dakar, au Sénégal, dans une famille musulmane aisée.
- Publie *Une si longue lettre* en 1979, roman épistolaire traduit en plus de 15 langues.
- Reçoit en 1980 le prix Noma, première distinction internationale pour une écrivaine africaine.
- Publie *Un chant écarlate* en 1981, l'année de sa mort, roman sur les mariages mixtes.
- Milite pour l'éducation des filles et les droits des femmes au Sénégal tout au long de sa vie.
Œuvres & réalisations
Premier roman de Mariama Bâ, écrit sous forme épistolaire. Ramatoulaye, récemment veuve, écrit à son amie Aissatou et réfléchit sur sa vie, son mariage brisé et la polygamie. Lauréat du premier prix Noma en 1980, traduit en plus de trente langues, c'est l'un des textes fondateurs de la littérature africaine contemporaine.
Deuxième et dernier roman de Mariama Bâ, publié à titre posthume. Il explore les tensions entre un homme sénégalais et sa femme française face aux pressions familiales et culturelles, et le choc des identités dans le Sénégal post-indépendance. Une réflexion amère sur les limites de l'amour face aux déterminismes sociaux.
Parallèlement à son travail d'enseignante et d'écrivaine, Mariama Bâ a milité activement dans plusieurs associations de femmes au Sénégal pour défendre l'égalité des droits, l'accès des filles à l'éducation et la réforme du code de la famille. Ce militantisme a directement inspiré ses romans.
Anecdotes
Mariama Bâ a étudié à l'École Normale de Jeunes Filles de Rufisque, l'une des rares institutions permettant aux jeunes femmes africaines d'accéder à une formation supérieure sous la colonisation française. Elle y a développé un goût profond pour la littérature tout en prenant conscience des contradictions entre les valeurs universelles qu'on lui enseignait et la réalité des femmes africaines. Cette tension entre deux mondes a nourri toute son œuvre.
Mariama Bâ a été mariée à Obèye Diop, député et homme politique sénégalais, avec qui elle a eu neuf enfants. Après leur divorce, elle a élevé seule ses enfants dans des conditions financières difficiles. Cette expérience personnelle de femme divorcée dans une société où le divorce était mal vu lui a donné une perspective unique sur la condition féminine africaine et a directement inspiré ses romans.
"Une si longue lettre" a été écrit sous forme épistolaire — une longue lettre que l'héroïne Ramatoulaye adresse à son amie Aissatou depuis sa chambre de deuil. Ce choix formel était délibéré : Mariama Bâ voulait donner une voix intime aux femmes africaines souvent condamnées au silence. La lettre, genre privé et féminin par excellence, devenait ainsi un acte politique et littéraire.
En 1980, "Une si longue lettre" remporte le tout premier prix Noma, récompense créée pour promouvoir la littérature africaine. Mariama Bâ est la première femme à recevoir cette distinction internationale, propulsant son roman sur la scène mondiale et ouvrant un débat durable sur le féminisme africain et la polygamie.
Mariama Bâ est décédée en août 1981, quelques semaines avant la parution officielle de son deuxième roman "Un chant écarlate". Elle n'a jamais pu mesurer l'accueil international de cette œuvre ni l'impact durable de sa contribution à la littérature africaine. Son éditeur a décrit sa mort comme une perte irréparable pour les lettres du continent.
Sources primaires
Aissatou, j'ai reçu ton mot. En réponse à ton geste d'amitié, en témoignage de ma foi en toi, je t'offre mes confidences. Il faut que tu saches, que tu comprennes, pourquoi je ne puis te rejoindre immédiatement.
L'homme polygame, hier soutenu par une société qui s'en accommodait, se retrouve aujourd'hui en porte-à-faux avec une femme nouvelle qui refuse d'être humiliée. Les femmes de ma génération se trouvent au cœur de ce conflit.
Mireille regardait sans comprendre cet univers qui l'entourait. Elle avait cru que l'amour pouvait franchir toutes les frontières et démentir toutes les traditions. Elle découvrait l'étendue de son erreur.
La femme africaine doit s'armer de patience et d'intelligence pour revendiquer ses droits. L'écriture est pour moi un acte de résistance autant qu'un acte de foi en l'avenir de nos sociétés.
Lieux clés
Ville natale de Mariama Bâ, où elle a enseigné, milité et écrit ses deux romans. Dakar, capitale animée du Sénégal, est le cadre principal d'"Une si longue lettre" et le théâtre des tensions entre tradition et modernité qu'elle décrit.
Institution où Mariama Bâ a reçu sa formation d'institutrice dans les années 1940. Cette école fondée par les Français pour former les cadres féminins africains lui a ouvert l'accès à la littérature tout en révélant les contradictions du système colonial.
Ancienne capitale coloniale du Sénégal, symbole de la rencontre entre cultures africaine et française. Saint-Louis représente dans la littérature sénégalaise le lieu de mémoire d'un passé colonial ambigu que Mariama Bâ interroge dans son œuvre.
Lieu de diffusion internationale de l'œuvre de Mariama Bâ. Le roman a été distribué en France et y a reçu un accueil critique décisif pour sa reconnaissance mondiale, confirmant la place de la littérature africaine francophone dans le champ littéraire mondial.
Objets typiques

Mariama Bâ écrivait ses brouillons à la main, souvent le soir après avoir couché ses enfants. L'écriture manuscrite symbolise dans son œuvre la parole intime et le témoignage personnel, deux piliers de son roman épistolaire.

La lettre est l'objet central d'"Une si longue lettre" et le support choisi par Bâ pour incarner la parole féminine. Dans la société sénégalaise des années 1970, les femmes échangeaient des lettres pour exprimer ce qu'elles ne pouvaient dire publiquement.

Vêtement ample et coloré porté quotidiennement par les femmes sénégalaises, le boubou symbolise à la fois l'identité culturelle et le statut social. Mariama Bâ le portait habituellement, refusant de sacrifier son identité africaine à une mode occidentale.

Formée dans le système colonial, Mariama Bâ a été nourrie par la littérature française classique. Ces livres représentent la tension fondatrice de son œuvre : l'émancipation par la culture du colonisateur et la nécessité de forger une littérature africaine autonome.

Objet de dévotion islamique omniprésent dans les foyers sénégalais, le chapelet rythme la vie quotidienne des héroïnes de Bâ. Il symbolise à la fois la foi qui les soutient dans l'adversité et les contraintes religieuses qu'elles doivent affronter.

Les étoffes wax africaines sont un marqueur identitaire fort dans la vie sénégalaise. Dans ses romans, Mariama Bâ décrit avec précision les tenues de ses personnages féminins, révélant leur statut, leurs émotions et leur résistance silencieuse.
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Vie quotidienne
Matin
Mariama Bâ se levait tôt pour préparer ses neuf enfants avant d'aller enseigner dans les écoles primaires de Dakar. Comme beaucoup de femmes sénégalaises, elle commençait la journée par la prière et la préparation du petit-déjeuner familial — pain, café au lait ou bouillie de mil selon les saisons.
Après-midi
Après les cours, elle corrigeait les travaux de ses élèves et s'occupait de l'organisation du foyer. Dans les années 1970, après avoir progressivement réduit son activité d'enseignante, elle consacrait ses après-midis à l'écriture, régulièrement interrompue par les obligations domestiques et les besoins de ses enfants.
Soir
Le soir était le moment privilégié de l'écriture : une fois les enfants couchés, Mariama Bâ pouvait se retrouver seule avec ses cahiers. Elle participait aussi aux réunions d'associations féminines, où les femmes débattaient des réformes du droit de la famille qu'elles réclamaient collectivement.
Alimentation
L'alimentation quotidienne était celle de la bourgeoisie dakaroise : riz au poisson (thiéboudienne), plat national sénégalais, mais aussi poulet yassa ou mafé au beurre d'arachide. Le thé à la menthe (ataya), préparé en trois services selon la tradition wolof, rythmait les conversations et les moments de pause.
Vêtements
Mariama Bâ portait habituellement le boubou sénégalais, ample et coloré, accompagné d'un foulard assorti noué sur la tête. Dans le cadre professionnel de l'école, elle adoptait parfois des tenues plus sobres. Elle n'a jamais renoncé au vêtement traditionnel africain, même dans les milieux intellectuels où la mode occidentale dominait.
Habitat
Après son divorce, Mariama Bâ vivait dans un appartement modeste de Dakar avec ses neuf enfants. Le logement d'une femme divorcée au Sénégal était souvent précaire, dépendant en partie de la famille étendue. Cette expérience personnelle du dénuement maternel a directement nourri les portraits de ses héroïnes.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Une si longue lettre
1979
Un chant écarlate
1981
Militantisme féministe associatif
Années 1960-1970






