Marianna Martines(1744 — 1812)

Marianne de Martines

empire d'Autriche

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MusiqueTemps modernesClassicisme viennois au XVIIIe siècle

Compositrice, chanteuse et pianiste italienne née à Vienne (1744-1812), élève de Haydn et amie de Mozart. Elle fut l'une des rares femmes de son temps à être admise à l'Académie Philharmonique de Bologne.

Questions fréquentes

Marianna Martines (1744-1812) est une compositrice, chanteuse et pianiste italienne née à Vienne, figure du classicisme viennois. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle fut l'une des rares femmes de son époque à être admise à l'Académie Philharmonique de Bologne, en 1773, aux côtés de Mozart et Haydn. Son importance tient à la fois à la qualité de ses œuvres sacrées et profanes — messes, oratorios, concertos — et à son rôle de médiatrice culturelle dans les salons viennois, où elle réunissait l'élite musicale européenne. Moins connue que ses contemporains masculins, elle incarne pourtant la place possible des femmes dans la création musicale au XVIIIe siècle.

Faits marquants

  • Née le 4 mai 1744 à Vienne dans une famille d'origine italienne
  • Formée au piano et à la composition par Joseph Haydn qui logeait dans le même immeuble
  • Admise à l'Académie Philharmonique de Bologne en 1773, distinction rarissime pour une femme
  • Composa plus de 200 œuvres : messes, oratorios, concertos, cantates
  • Décédée le 13 décembre 1812 à Vienne

Œuvres & réalisations

Messa in C (Messe en do majeur) (1768)

L'une de ses œuvres sacrées les plus ambitieuses, interprétée à la cour impériale de Vienne. Cette messe témoigne de sa parfaite maîtrise du contrepoint et du style galant viennois.

Il primo amore (oratorio) (vers 1778)

Oratorio sur un texte de Métastase, son voisin et mentor. Cette œuvre illustre la synthèse accomplie par Marianna Martines entre poésie littéraire et écriture musicale dramatique.

Concerto pour clavecin en la majeur (vers 1770)

Concerto pour clavier et orchestre qui démontre la virtuosité technique de la compositrice et son assimilation du style de ses contemporains Haydn et Mozart.

Sonates pour clavier (1765-1790)

Plusieurs sonates pour clavecin puis fortepiano, dont certaines furent copiées et diffusées dans les cercles musicaux viennois. Elles sont représentatives du style galant dans sa forme la plus raffinée.

Cantates profanes et sacrées (1760-1800)

Marianna Martines composa une quarantaine de cantates, genre dans lequel elle excella en mettant souvent en musique les textes de Métastase. Ces pièces furent interprétées dans les salons et à la cour.

Dixit Dominus (vers 1774)

Composition vocale et orchestrale sur ce psaume liturgique, qui met en valeur ses compétences dans l'écriture chorale polyphonique héritée de la grande tradition catholique viennoise.

Anecdotes

Le jeune Joseph Haydn, musicien sans le sou fraîchement arrivé à Vienne, donna des leçons de musique à la petite Marianna en échange du logement offert par la famille Martines. Ce troc singulier entre deux futurs géants de la musique dura plusieurs années : Haydn polissait le contrepoint de son élève, qui lui offrait un toit dans la maison que les Martines partageaient avec le grand poète Métastase.

En 1773, Marianna Martines reçut une lettre officielle de l'Académie Philharmonique de Bologne : elle en devenait membre honoraire. Cette distinction, accordée à Mozart à 14 ans et à Haydn peu auparavant, était extraordinairement rare pour une femme. Martines rejoignait ainsi une poignée de compositrices à avoir franchi les portes d'une institution aussi prestigieuse.

Le musicologue anglais Charles Burney, grand voyageur à la recherche des meilleurs musiciens d'Europe, assista à une soirée chez Marianna Martines en 1772. Il fut si impressionné par la qualité de son chant et de son jeu au clavier qu'il lui consacra plusieurs pages enthousiastes dans son célèbre journal de voyage musical, publié en 1773. Son témoignage est aujourd'hui l'une des sources les plus précieuses sur la musicienne.

Marianna grandit littéralement aux côtés du poète Pietro Metastasio, dit Métastase, qui habitait dans le même immeuble viennois depuis sa naissance. Ce patriarche des lettres italiennes — dont les livrets d'opéra étaient mis en musique par tous les grands compositeurs du siècle — la considérait comme sa fille adoptive et lui transmit une culture littéraire raffinée qui transparaît dans ses propres compositions.

Après la mort de Métastase en 1782, Marianna Martines hérita de la grande salle de l'appartement et en fit un salon musical réputé dans toute Vienne. Elle y accueillait compositeurs, chanteurs et mélomanes de toute l'Europe, tenant un rôle de médiatrice culturelle centrale dans la vie musicale viennoise jusqu'à la fin de sa vie.

Sources primaires

The Present State of Music in Germany, the Netherlands and United Provinces — Charles Burney (1773)
Signora Martines, who was brought up under the eye of Metastasio, has composed a great deal of music both sacred and secular... I heard her sing and accompany herself, with great taste and expression.
Correspondance de Métastase — lettres à diverses personnalités européennes (1750-1782)
Métastase mentionne à plusieurs reprises 'la Martinesina', décrivant ses progrès musicaux et son talent exceptionnel avec une fierté paternelle manifeste.
Registres de l'Académie Philharmonique de Bologne (1773)
Procès-verbal d'admission de Marianna Martines au titre de membre honoraire, consignant le vote favorable des académiciens en reconnaissance de ses compositions.
Historisch-Biographisches Lexikon der Tonkünstler — Ernst Ludwig Gerber (1790)
Marianna Martines est citée parmi les compositrices les plus remarquables de son époque, avec mention de ses messes, cantates et sonates pour clavier.

Lieux clés

Vienne — Michaelerplatz (immeuble Martines-Métastase)

C'est dans cet immeuble du centre de Vienne que Marianna Martines naquit, grandit et vécut toute sa vie. Elle y partagea des décennies avec le poète Métastase et y reçut ses premières leçons de Haydn.

Bologne — Accademia Filarmonica

Institution musicale fondée en 1666 et l'une des plus prestigieuses d'Europe, l'Académie Philharmonique de Bologne élut Marianna Martines membre honoraire en 1773, la plaçant aux côtés de Mozart et Haydn.

Vienne — Hofburg (cour impériale)

Résidence des Habsbourg et centre du pouvoir culturel viennois, la Hofburg fut l'un des lieux où furent créées les œuvres de Marianna Martines, notamment sa messe solennelle de 1768.

Vienne — Cathédrale Saint-Étienne (Stephansdom)

Haut lieu de la vie musicale sacrée viennoise, Saint-Étienne fut le cadre de nombreuses exécutions d'œuvres religieuses de l'époque. La musique sacrée de Marianna Martines — messes, motets, oratorios — était destinée à de tels espaces liturgiques.

Voir aussi