Marquise du Châtelet

Gabrielle Émilie Le Tonnelier de Breteuil, marquise du Châtelet

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SciencesPhilosophieScientifiqueMathématicien(ne)PhilosopheTemps modernesSiècle des Lumières, XVIIIe siècle

Physicienne et mathématicienne française du XVIIIe siècle, elle traduit et commente les Principia Mathematica de Newton, introduisant la mécanique newtonienne en France. Compagne de Voltaire et figure centrale des Lumières, elle développe le concept de force vive (énergie cinétique).

Questions fréquentes

Émilie du Châtelet (1706-1749) est une physicienne et mathématicienne française du Siècle des Lumières. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle a joué un rôle clé dans l'introduction de la mécanique newtonienne en France, notamment grâce à sa traduction commentée des Principia Mathematica de Newton, publiée en 1759 après sa mort. Elle a également développé le concept de force vive (énergie cinétique), conciliant les théories de Leibniz et de Newton. Moins une simple traductrice qu'une véritable interprète et vulgarisatrice, elle a permis aux savants français d'accéder à une œuvre fondatrice de la physique moderne.

Citations célèbres

« Il faut avoir de l'ambition pour les choses de l'esprit comme pour celles de la fortune.»
« Je suis en vérité une femme singulière.»

Faits marquants

  • 1706 : Naissance à Paris dans une famille de la haute noblesse
  • 1733 : Début de la liaison avec Voltaire et installation au château de Cirey, qui devient un centre intellectuel
  • 1740 : Publication des Institutions de physique, synthèse de Newton et Leibniz
  • 1745-1749 : Traduction commentée des Principia Mathematica de Newton (publiée posthumément en 1759)
  • 1749 : Mort à Lunéville à 42 ans, des suites de ses couches

Œuvres & réalisations

Dissertation sur la nature et la propagation du feu (1738)

Mémoire scientifique présenté au concours de l'Académie royale des sciences, dans lequel elle analyse expérimentalement la chaleur et la lumière. Ce texte lui vaut une première reconnaissance officielle dans le monde savant.

Institutions de physique (1740)

Traité de physique destiné initialement à l'éducation de son fils, devenu un ouvrage de référence synthétisant la mécanique newtonienne et la philosophie naturelle de Leibniz, avec une défense rigoureuse du concept de force vive (mv²).

Réponse à la lettre de Mairan sur les forces vives (1741)

Texte polémique dans lequel elle défend avec rigueur la théorie leibnizienne de la force vive contre les critiques du secrétaire de l'Académie des sciences, démontrant sa pleine maîtrise du débat scientifique de son époque.

Principes mathématiques de la philosophie naturelle (traduction des Principia de Newton) (rédigé 1745-1749, publié 1759)

Traduction française des Principia Mathematica de Newton accompagnée d'un commentaire analytique original. Publiée dix ans après sa mort, elle demeure encore aujourd'hui la seule traduction française de référence de cette œuvre fondatrice.

Discours sur le bonheur (rédigé vers 1746-1748, publié 1779)

Essai philosophique personnel dans lequel elle défend le droit des femmes à l'éducation et au bonheur intellectuel, plaidant pour une réforme profonde de la place des femmes dans la société des Lumières.

Anecdotes

Pour accéder au Café Gradot à Paris, lieu de réunion des savants et mathématiciens, Émilie du Châtelet se déguisa un jour en homme afin de contourner l'interdiction faite aux femmes d'y entrer. Une fois reconnue, elle fut néanmoins accueillie avec respect par les intellectuels présents, qui connaissaient sa valeur scientifique.

Émilie du Châtelet dormait très peu — parfois seulement deux ou trois heures par nuit — et travaillait souvent jusqu'à l'aube. Pour rester éveillée lors de ses longues nuits d'étude, elle avait pris l'habitude de plonger ses mains dans de l'eau glacée, méthode radicale pour maintenir sa concentration sur ses calculs complexes.

Passionnée de jeux de cartes, la marquise jouait aux tables de jeu dans les salons parisiens non par désœuvrement, mais pour financer ses travaux scientifiques. Les gains qu'elle réalisait lui permettaient d'acheter des livres, des instruments d'optique et de physique, dont les prix étaient alors très élevés.

Sa traduction commentée des Principia Mathematica de Newton représente un monument intellectuel : non contente de traduire le latin en français, elle ajouta un commentaire analytique de plusieurs centaines de pages, expliquant et actualisant les démonstrations mathématiques. Publiée dix ans après sa mort, cette édition reste aujourd'hui encore la référence française de l'œuvre de Newton.

Émilie du Châtelet mourut à quarante-deux ans à Lunéville en 1749, quelques jours après avoir accouché d'une petite fille. Voltaire, qui avait partagé sa vie pendant seize ans, écrivit dans une lettre déchirante : « Je n'ai point perdu une maîtresse, j'ai perdu la moitié de moi-même, une âme pour qui la mienne était faite. »

Sources primaires

Institutions de physique (1740)
« La force des corps en mouvement est en raison composée de leur masse et du carré de leur vitesse. » Elle y expose la théorie de la force vive de Leibniz en la conciliant avec la mécanique newtonienne.
Dissertation sur la nature et la propagation du feu (1738)
Mémoire présenté au concours de l'Académie royale des sciences de Paris, dans lequel elle analyse expérimentalement la nature de la chaleur et de la lumière, contestant certaines thèses cartésiennes.
Principes mathématiques de la philosophie naturelle (traduction des Principia de Newton) (1759 (publication posthume))
« Newton a démontré que toutes les planètes s'attirent mutuellement en raison directe de leur masse et en raison inverse du carré de leur distance. » Traduction annotée et complétée d'un commentaire analytique original.
Discours sur le bonheur (rédigé vers 1746, publié en 1779)
« Il faut commencer par se dire à soi-même, avec une entière bonne foi, quelles sont les choses qui peuvent nous rendre heureux. » Essai philosophique dans lequel elle défend le droit des femmes à l'éducation et à l'épanouissement intellectuel.
Correspondance avec Johann Bernoulli II (1739-1741)
Échanges scientifiques avec le mathématicien suisse portant sur le calcul différentiel, la mécanique et les forces vives, témoignant de la rigueur et de l'originalité de sa pensée mathématique.

Lieux clés

Paris — hôtel Le Tonnelier de Breteuil

Lieu de naissance d'Émilie en 1706, où elle grandit dans un milieu aristocratique cultivé qui lui permit d'apprendre le latin, le grec, l'allemand et les mathématiques dès l'enfance.

Château de Cirey-sur-Blaise (Haute-Marne)

Résidence principale d'Émilie du Châtelet et de Voltaire de 1734 à 1749, transformée en véritable centre scientifique avec laboratoire de physique, bibliothèque de plusieurs milliers de volumes et théâtre privé.

Château de Lunéville (Lorraine)

Résidence de la cour du duc Stanislas de Lorraine où Émilie du Châtelet mourut le 10 septembre 1749, quelques jours après avoir donné naissance à sa fille.

Académie royale des sciences — Paris

Institution scientifique la plus prestigieuse de France, où ses travaux sur le feu furent présentés en 1738 ; les femmes en étaient exclues comme membres, ce qui ne l'empêcha pas d'y soumettre ses mémoires.

Bruxelles (Pays-Bas autrichiens)

Ville où elle séjourna régulièrement avec Voltaire pour les affaires diplomatiques du marquis du Châtelet, poursuivant ses travaux scientifiques et sa traduction de Newton pendant ces séjours.

Voir aussi