Marsha P. Johnson(1945 — 1992)

Marsha P. Johnson

États-Unis

8 min de lecture

SociétéPolitiqueXXe siècleAmérique des années 1960-1990 : luttes pour les droits civiques, mouvement de libération gay et montée de la crise du SIDA

Militante afro-américaine transgenre, Marsha P. Johnson fut l'une des figures emblématiques de l'émeute de Stonewall en 1969. Cofondatrice de STAR, elle milita toute sa vie pour les droits des personnes LGBT+ et des sans-abri.

Citations célèbres

« No pride for some of us without liberation for all of us. »
« I may be crazy, but that don't make me wrong. »

Faits marquants

  • Née le 24 août 1945 à Elizabeth, New Jersey
  • Participe à l'émeute de Stonewall Inn à New York en juin 1969
  • Cofonde avec Sylvia Rivera STAR (Street Transvestite Action Revolutionaries) en 1970
  • Militante anti-SIDA dans les années 1980-1990 au sein d'ACT UP
  • Décède dans des circonstances troubles le 6 juillet 1992 à New York

Œuvres & réalisations

Cofondation de STAR (Street Transvestite Action Revolutionaries) (1970)

Avec Sylvia Rivera, Marsha cofonda la première organisation américaine dédiée aux droits des personnes transgenres et travesties marginalisées, pionnière dans l'articulation des luttes pour les droits civiques, LGBT et contre la pauvreté.

STAR House — premier refuge LGBT de New York (1972)

Marsha et Sylvia ouvrirent un appartement-refuge pour les jeunes LGBT rejetés par leur famille, précurseur des structures d'accueil spécialisées qui se développèrent dans les décennies suivantes aux États-Unis.

Participation active aux émeutes de Stonewall (1969)

Présente lors de la résistance au Stonewall Inn, Marsha est devenue une figure symbolique de cet événement fondateur du mouvement de libération gay mondial, commémoré chaque année par la Gay Pride.

Militantisme au sein d'ACT UP (1987-1992)

Membre active d'ACT UP, Marsha manifesta pour exiger une réponse politique à la crise du SIDA, participant à des actions directes qui contribuèrent à forcer les autorités américaines à accélérer les recherches thérapeutiques.

Portraits « Ladies and Gentlemen » par Andy Warhol (1975)

Photographiée par Andy Warhol pour cette série majeure, Marsha contribua à inscrire l'image des femmes transgenres de couleur dans l'histoire de l'art contemporain américain.

Anecdotes

Le « P » du nom de Marsha P. Johnson ne désignait aucun prénom. Lors d'une comparution au tribunal, un juge lui demanda ce que cette initiale représentait. Elle répondit avec aplomb : « Pay it no mind » — « N'y prêtez pas attention ». Cette phrase devint sa devise, un rejet élégant de toutes les questions intrusives sur son identité de genre.

Dans la nuit du 28 juin 1969, la police fit une descente au Stonewall Inn, un bar de Greenwich Village fréquenté par des homosexuels et des personnes transgenres. Pour une fois, la clientèle résista. Marsha P. Johnson, présente cette nuit-là, participa activement à la résistance. Ces émeutes de Stonewall marquèrent le début du mouvement moderne de libération gay aux États-Unis.

En 1970, Marsha et son amie Sylvia Rivera fondèrent STAR (Street Transvestite Action Revolutionaries), une organisation d'entraide pour les jeunes LGBT sans-abri. Elles ouvrirent la « STAR House », un appartement à Manhattan où elles accueillaient les jeunes rejetés par leur famille. Pour payer le loyer et nourrir les résidents, Marsha et Sylvia devaient parfois travailler la nuit dans les rues du Village.

En 1975, le célèbre artiste Andy Warhol photographia Marsha P. Johnson pour sa série « Ladies and Gentlemen », un ensemble de portraits de drag queens et de femmes transgenres de couleur. Ces portraits contribuèrent à rendre Marsha visible dans les cercles artistiques new-yorkais, même si elle continua de vivre dans la précarité malgré cette reconnaissance artistique.

Dans les années 1980-1990, la crise du SIDA ravageait la communauté LGBT de New York. Marsha rejoignit ACT UP (AIDS Coalition to Unleash Power) et manifesta régulièrement pour exiger du gouvernement américain des financements pour la recherche et des traitements accessibles. Elle perdit de nombreux amis à cette maladie avant de mourir en 1992, à 46 ans, dans des circonstances jamais totalement élucidées.

Sources primaires

Tract-manifeste de STAR (Street Transvestite Action Revolutionaries) (1971)
STAR is a revolutionary group of street drag queens committed to fighting for the liberation of all oppressed people, including homeless youth, gay people, and street people.
Entretien de Marsha P. Johnson avec Randy Wicker (archives New York Public Library) (circa 1990)
I was no one, nobody, from Nowheresville, until I became a drag queen. That's what made me in New York, that's what made me move ahead.
Témoignage de Marsha P. Johnson lors d'une action ACT UP devant la FDA (1988)
We're not going to be silent while our community is dying. The government has blood on its hands.
Déclaration de Marsha P. Johnson à la marche de la Gay Pride de New York (1973)
As long as my people don't have their rights across America, there's no reason for celebration.

Lieux clés

Elizabeth, New Jersey

Ville natale de Marsha P. Johnson, où elle grandit dans une famille afro-américaine religieuse. Elle quitta la ville à 17 ans pour fuir le rejet lié à son identité de genre.

Stonewall Inn, Greenwich Village, New York

Bar emblématique où eurent lieu les émeutes des 28-29 juin 1969. Marsha y était présente cette nuit historique fondatrice du mouvement de libération gay mondial, aujourd'hui classé monument national.

STAR House, East 2nd Street, Manhattan

Appartement ouvert en 1972 par Marsha et Sylvia Rivera pour héberger les jeunes LGBT sans-abri, premier refuge du genre aux États-Unis. Il incarna leur engagement concret pour les plus vulnérables de la communauté.

Christopher Street, Greenwich Village, New York

Artère principale du quartier gay new-yorkais où Marsha vivait et militait au quotidien. C'est de là que partait chaque année la marche de la Gay Pride, dont elle fut une participante emblématique.

Hudson River, New York

Le 6 juillet 1992, le corps de Marsha P. Johnson fut retrouvé dans ce fleuve. Sa mort reste entourée de zones d'ombre ; son amie Victoria Cruz enquêta des années pour faire rouvrir le dossier en homicide.

Voir aussi