Mary Lou Williams(1910 — 1981)

Mary Lou Williams

États-Unis

7 min de lecture

MusiqueXXe siècleÉtats-Unis du XXe siècle, traversant l'âge d'or du jazz : ère du swing, naissance du bebop et grandes mutations du jazz américain.

Mary Lou Williams (1910-1981) est une pianiste, compositrice et arrangeuse de jazz américaine. Figure majeure et influente sur plusieurs décennies, elle a traversé tous les grands styles du jazz, du swing au bebop, et fut une mentore pour de nombreux musiciens.

Questions fréquentes

Mary Lou Williams (1910-1981) est une pianiste, compositrice et arrangeuse de jazz américaine. Ce qui la rend singulière, c'est qu'elle a traversé et influencé tous les grands courants du jazz du XXe siècle, du swing des années 1930 au bebop des années 1940, puis au jazz sacré et à l'avant-garde. Contrairement à beaucoup de musiciens cantonnés à un style, elle a su se réinventer constamment. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle n'était pas seulement une interprète de génie, mais aussi une mentore pour des figures comme Thelonious Monk et Dizzy Gillespie, contribuant activement à la naissance du bebop. Elle est l'une des rares femmes à occuper une place centrale dans l'histoire du jazz, tant comme instrumentiste que comme créatrice.

Faits marquants

  • Née le 8 mai 1910 à Atlanta, en Géorgie.
  • Arrangeuse et pianiste majeure de l'orchestre d'Andy Kirk (Clouds of Joy) dans les années 1930.
  • Compose des arrangements pour les grands chefs d'orchestre du swing comme Duke Ellington et Benny Goodman.
  • Mentore des musiciens du bebop comme Thelonious Monk et Dizzy Gillespie dans les années 1940.
  • Compose des œuvres de jazz sacré, dont des messes, après sa conversion au catholicisme. Décédée le 28 mai 1981 à Durham.

Œuvres & réalisations

Walkin' and Swingin' (1936)

Composition et arrangement phares pour Andy Kirk and His Twelve Clouds of Joy, devenus emblématiques du swing de Kansas City.

Roll 'Em (1937)

Pièce de boogie-woogie écrite pour l'orchestre de Benny Goodman, qui en fit l'un de ses grands succès.

The Zodiac Suite (1945)

Suite de douze mouvements, un par signe du zodiaque, mêlant jazz et écriture de concert ; jouée au Town Hall puis au Carnegie Hall.

Trumpets No End (1946)

Arrangement éclatant de « Blue Skies » réalisé pour l'orchestre de Duke Ellington.

In the Land of Oo-Bla-Dee (1949)

Composition enregistrée par le big band de Dizzy Gillespie, témoignant de son engagement aux côtés des inventeurs du bebop.

Black Christ of the Andes (St. Martin de Porres) (1963)

Hymne de jazz sacré dédié au premier saint noir des Amériques, fruit de sa conversion au catholicisme.

Mary Lou's Mass (1970)

Messe composée dans le langage du jazz, chorégraphiée par Alvin Ailey et donnée à la cathédrale Saint-Patrick.

Embraced (1977)

Concert en duo avec le pianiste d'avant-garde Cecil Taylor au Carnegie Hall, preuve de sa curiosité jamais éteinte.

Anecdotes

Enfant prodige de Pittsburgh, Mary Lou jouait du piano d'oreille dès l'âge de trois ou quatre ans, sans jamais avoir pris de leçon. Surnommée « the little piano girl » (la petite fille au piano), on la portait de maison en maison pour qu'elle joue, et elle gagnait ainsi de l'argent qui aidait sa nombreuse famille.

Au sein des Clouds of Joy d'Andy Kirk, à Kansas City, elle n'était pas seulement la pianiste mais surtout l'arrangeuse en chef : c'était elle qui décidait quel instrument jouait quoi. Sa réputation devint telle que des chefs aussi célèbres que Benny Goodman, Duke Ellington ou Tommy Dorsey lui achetaient ses arrangements.

Dans son appartement de Hamilton Terrace, à Harlem, Mary Lou tenait un véritable salon du jazz. De jeunes révolutionnaires comme Thelonious Monk, Dizzy Gillespie, Bud Powell ou Tadd Dameron y venaient à toute heure : elle les nourrissait, les conseillait et les aidait à mettre au point le bebop naissant.

Après sa conversion au catholicisme dans les années 1950, elle consacra une partie de sa musique à la foi. En 1975, sa « Mary Lou's Mass » fut jouée à la cathédrale Saint-Patrick de New York : elle devint ainsi la première musicienne de jazz à s'y produire, et le chorégraphe Alvin Ailey en tira un ballet.

Mary Lou Williams n'a jamais cessé d'évoluer : pianiste de swing devenue pionnière du bebop, elle donna en 1977 un concert en duo avec l'avant-gardiste Cecil Taylor au Carnegie Hall. Les dernières années de sa vie, elle enseigna le jazz comme professeure à l'université Duke.

Sources primaires

Mary Lou Williams, « My Life with the Kings of Jazz », mémoires publiés dans le magazine Melody Maker (Londres) (1954 (souvenir des nuits de Kansas City, vers 1933))
Around four a.m. I awoke to hear someone tapping on my window. It was Ben Webster: 'Get up, pussycat, we're jammin' and all the pianists are tired out now.' (Vers quatre heures du matin, on tapa à ma fenêtre. C'était Ben Webster : « Debout, ma belle, on fait le bœuf et tous les pianistes sont épuisés. »)
Propos de Mary Lou Williams sur sa musique sacrée (années 1970)
I am praying through my fingers when I play. (Quand je joue, je prie à travers mes doigts.)
Le « Tree of Jazz », schéma de l'histoire du jazz dessiné de la main de Mary Lou Williams (années 1970)
Diagramme en forme d'arbre faisant remonter toutes les branches du jazz — spirituals, ragtime, blues, swing, bop — à une même racine : les souffrances et les chants des Afro-Américains réduits en esclavage.
Enregistrement de la « Zodiac Suite » (label Asch Records) (1945)
Suite de douze pièces, une par signe du zodiaque, chacune inspirée par un musicien de son entourage ; œuvre pionnière mêlant le jazz aux formes de la musique de concert.

Lieux clés

Atlanta, Géorgie

Ville natale de Mary Elfrieda Scruggs, qu'elle quitta très jeune lorsque sa famille rejoignit le Nord.

Pittsburgh, Pennsylvanie

Ville de son enfance, où la « petite fille au piano » se fit connaître et apprit la musique d'oreille.

Kansas City, Missouri

Cœur d'un jazz très blues et swinguant ; c'est là qu'elle s'imposa comme pianiste-arrangeuse des Clouds of Joy d'Andy Kirk.

Harlem, New York

Son appartement de Hamilton Terrace devint un salon du jazz où elle forma les pionniers du bebop comme Monk et Gillespie.

Cathédrale Saint-Patrick, New York

En 1975, sa « Mary Lou's Mass » y fut donnée : elle fut la première musicienne de jazz à s'y produire.

Durham, Caroline du Nord

Siège de l'université Duke, où elle enseigna le jazz à la fin de sa vie et où elle mourut en 1981.

Voir aussi