Biographie

Mary Prince (vers 1788 - après 1833) est une esclave des Bermudes dont le récit autobiographique, publié en 1831, est la première autobiographie d'une femme noire esclave publiée en Grande-Bretagne. Son témoignage a joué un rôle décisif dans le mouvement abolitionniste britannique.

Mary Prince(1788 — 1833)

Mary Prince

Empire britannique

9 min de lecture

SociétéLettresÉcrivain(e)XIXe siècleÉpoque de l'esclavage colonial britannique et des premières luttes abolitionnistes, au tournant du XIXe siècle

Questions fréquentes

Mary Prince (vers 1788 – après 1833) est une esclave des Bermudes dont l'autobiographie, The History of Mary Prince, a West Indian Slave (1831), est la première récit d'une femme noire esclave publié en Grande-Bretagne. Ce qu'il faut retenir, c'est que son livre a eu un impact direct sur le débat parlementaire : il fut cité à la Chambre des communes et contribua à l'adoption du Slavery Abolition Act de 1833. Ce qui rend son témoignage singulier, c'est qu'il donne la parole à une victime directe, avec une force émotionnelle que les arguments juridiques ou religieux des abolitionnistes ne pouvaient égaler.

Citations célèbres

« I have been a slave myself — I know what slaves feel — I can tell by myself what other slaves feel.»
« All slaves want to be free — to be free is very sweet.»

Faits marquants

  • Vers 1788 : naissance à Brackish Pond, Bermudes, en esclavage
  • 1828 : arrive à Londres avec ses maîtres et fuit pour obtenir sa liberté
  • 1831 : publication de The History of Mary Prince, première autobiographie d'une esclave femme publiée en Grande-Bretagne
  • Son récit est présenté au Parlement britannique pour soutenir la cause abolitionniste
  • 1833 : adoption du Slavery Abolition Act au Royaume-Uni, deux ans après la publication de son témoignage

Œuvres & réalisations

The History of Mary Prince, a West Indian Slave, Related by Herself (1831)

Première autobiographie d'une femme noire esclave publiée en Grande-Bretagne, dictée à Susanna Strickland et éditée par Thomas Pringle. Ce texte fondateur du mouvement abolitionniste britanique connut trois éditions en moins d'un an et fut lu au Parlement lors des débats sur le Slavery Abolition Act.

Témoignages oraux devant la Anti-Slavery Society (1828–1831)

Avant la publication de son livre, Mary Prince livra des témoignages oraux aux membres de la Société anti-esclavagiste de Londres. Ces dépositions, consignées par écrit, constituèrent la matière brute de son autobiographie et circulèrent dans les réseaux militants.

Déposition dans le cadre du procès Pringle v. Cadell (1833)

Face aux poursuites en diffamation intentées par ses anciens maîtres, Mary Prince maintint son témoignage devant la justice britannique. Ce document judiciaire constitue une source primaire précieuse qui confirme les grandes lignes de son récit autobiographique.

Anecdotes

Vers l'âge de douze ans, Mary Prince fut vendue séparément de sa mère et de ses sœurs lors d'une vente aux enchères publique à Bermudes. Elle décrit dans son récit avoir entendu les pleurs de sa mère s'éloigner tandis qu'elle était emmenée par son nouveau maître, une scène qu'elle n'oubliera jamais et qui deviendra l'un des passages les plus émouvants de son autobiographie.

Envoyée travailler dans les marais salants des îles Turques-et-Caïques, Mary Prince passa plusieurs années à patauger dans l'eau saumâtre jusqu'aux genoux sous un soleil brûlant, extraire et transporter le sel. Ce travail épuisant et douloureux lui laissa des séquelles physiques durables, notamment des rhumatismes sévères dont elle souffrit le reste de sa vie.

En 1828, ses maîtres les Woods l'emmenèrent à Londres pour les servir. Sachant qu'en sol britannique l'esclavage n'était pas légalement reconnu, Mary Prince refusa de repartir avec eux pour Antigua. Elle se réfugia auprès de la Société anti-esclavagiste et devint ainsi, de fait, une femme libre sur le territoire anglais, bien que juridiquement elle restât la 'propriété' des Woods si elle reposait le pied dans les colonies.

Son autobiographie, dictée à Susanna Strickland en 1831 puis publiée par Thomas Pringle, connut trois éditions en moins d'un an tant la demande était forte. Ce succès déclencha des poursuites en diffamation intentées par ses anciens maîtres contre l'éditeur, ce qui paradoxalement donna encore plus de visibilité à son témoignage et renforça la cause abolitionniste au Parlement britannique.

Après la publication de son livre, Mary Prince témoigna devant des membres du Parlement britannique et ses mots contribuèrent directement aux débats qui aboutirent au Slavery Abolition Act de 1833. Elle ne put cependant jamais retourner aux Antilles pour retrouver son mari, le libre charpentier Daniel James qu'elle avait épousé à Antigua en 1826, sans risquer d'être à nouveau réduite en esclavage.

Sources primaires

The History of Mary Prince, a West Indian Slave, Related by Herself (1831)
I was born at Brackish-Pond, in Bermuda, on a farm belonging to Mr. Charles Myners. My mother was a household slave; and my father, whose name was Prince, was a sawyer belonging to Mr. Trimmingham, a ship-builder at Crow-Lane.
Témoignage de Mary Prince devant la Société anti-esclavagiste de Londres (1829)
I have been a slave myself — I know what slaves feel — I can tell by myself what other slaves feel, and by what they have told me. The man that says slaves be quite happy in slavery — that they don't want to be free — that man is either ignorant or a lying person.
Pringle v. Cadell — Compte rendu du procès en diffamation (Court of King's Bench) (1833)
The plaintiff Thomas Pringle, as editor and publisher of The History of Mary Prince, was sued by James Wood who contested la véracité des accusations de cruauté. Le jury trancha en faveur de Wood pour un seul passage, mais l'essentiel du témoignage de Mary Prince fut jugé crédible.
Lettre de Susanna Strickland à un correspondant, évoquant la rédaction du récit (1831)
Mary Prince came to me herself and told me her history. I wrote it down from her own lips. I have no doubt of the truth of her narrative — she told it with such simple, unaffected earnestness.
Hansard — Débats parlementaires sur l'abolition de l'esclavage, Chambre des communes (1833)
Le récit de Mary Prince fut cité explicitement par plusieurs membres lors des débats sur le Slavery Abolition Bill, comme preuve des conditions subies par les esclaves dans les colonies britanniques des Antilles.

Lieux clés

Brackish-Pond, Bermudes

Lieu de naissance de Mary Prince, vers 1788, sur la ferme de Charles Myners. C'est là qu'elle vécut ses premières années en compagnie de sa mère et de ses sœurs avant d'être vendue.

Hamilton, Bermudes

Ville portuaire où eut lieu la vente aux enchères publique lors de laquelle Mary Prince fut séparée de sa famille vers l'âge de douze ans, l'un des épisodes les plus traumatisants qu'elle relate dans son autobiographie.

Îles Turques-et-Caïques (Grand Turk)

Mary Prince y fut envoyée pour travailler plusieurs années dans les marais salants, sous des conditions d'une extrême brutalité. Elle y vit mourir des compagnons d'infortune et contracta les rhumatismes qui la handicapèrent sa vie entière.

Saint John's, Antigua

Dernière colonie où Mary Prince fut tenue en esclavage avant d'accompagner ses maîtres en Angleterre. C'est là qu'elle épousa Daniel James en 1826 et qu'elle ne put jamais retourner après avoir conquis sa liberté à Londres.

Londres, siège de la Anti-Slavery Society

C'est à Londres que Mary Prince trouva refuge en 1828, auprès de Thomas Pringle et de la Anti-Slavery Society. C'est là qu'elle dicta son autobiographie et qu'elle mena son combat pour la liberté et la reconnaissance de sa dignité.

Liens externes & ressources

Œuvres

The History of Mary Prince, a West Indian Slave, Related by Herself

1831

Témoignages oraux devant la Anti-Slavery Society

1828–1831

Déposition dans le cadre du procès Pringle v. Cadell

1833

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