Mary Prince (vers 1788 - après 1833) est une esclave des Bermudes dont le récit autobiographique, publié en 1831, est la première autobiographie d'une femme noire esclave publiée en Grande-Bretagne. Son témoignage a joué un rôle décisif dans le mouvement abolitionniste britannique.
Mary Prince(1788 — 1833)
Mary Prince
Empire britannique
9 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« I have been a slave myself — I know what slaves feel — I can tell by myself what other slaves feel.»
« All slaves want to be free — to be free is very sweet.»
Faits marquants
- Vers 1788 : naissance à Brackish Pond, Bermudes, en esclavage
- 1828 : arrive à Londres avec ses maîtres et fuit pour obtenir sa liberté
- 1831 : publication de The History of Mary Prince, première autobiographie d'une esclave femme publiée en Grande-Bretagne
- Son récit est présenté au Parlement britannique pour soutenir la cause abolitionniste
- 1833 : adoption du Slavery Abolition Act au Royaume-Uni, deux ans après la publication de son témoignage
Œuvres & réalisations
Première autobiographie d'une femme noire esclave publiée en Grande-Bretagne, dictée à Susanna Strickland et éditée par Thomas Pringle. Ce texte fondateur du mouvement abolitionniste britanique connut trois éditions en moins d'un an et fut lu au Parlement lors des débats sur le Slavery Abolition Act.
Avant la publication de son livre, Mary Prince livra des témoignages oraux aux membres de la Société anti-esclavagiste de Londres. Ces dépositions, consignées par écrit, constituèrent la matière brute de son autobiographie et circulèrent dans les réseaux militants.
Face aux poursuites en diffamation intentées par ses anciens maîtres, Mary Prince maintint son témoignage devant la justice britannique. Ce document judiciaire constitue une source primaire précieuse qui confirme les grandes lignes de son récit autobiographique.
Anecdotes
Vers l'âge de douze ans, Mary Prince fut vendue séparément de sa mère et de ses sœurs lors d'une vente aux enchères publique à Bermudes. Elle décrit dans son récit avoir entendu les pleurs de sa mère s'éloigner tandis qu'elle était emmenée par son nouveau maître, une scène qu'elle n'oubliera jamais et qui deviendra l'un des passages les plus émouvants de son autobiographie.
Envoyée travailler dans les marais salants des îles Turques-et-Caïques, Mary Prince passa plusieurs années à patauger dans l'eau saumâtre jusqu'aux genoux sous un soleil brûlant, extraire et transporter le sel. Ce travail épuisant et douloureux lui laissa des séquelles physiques durables, notamment des rhumatismes sévères dont elle souffrit le reste de sa vie.
En 1828, ses maîtres les Woods l'emmenèrent à Londres pour les servir. Sachant qu'en sol britannique l'esclavage n'était pas légalement reconnu, Mary Prince refusa de repartir avec eux pour Antigua. Elle se réfugia auprès de la Société anti-esclavagiste et devint ainsi, de fait, une femme libre sur le territoire anglais, bien que juridiquement elle restât la 'propriété' des Woods si elle reposait le pied dans les colonies.
Son autobiographie, dictée à Susanna Strickland en 1831 puis publiée par Thomas Pringle, connut trois éditions en moins d'un an tant la demande était forte. Ce succès déclencha des poursuites en diffamation intentées par ses anciens maîtres contre l'éditeur, ce qui paradoxalement donna encore plus de visibilité à son témoignage et renforça la cause abolitionniste au Parlement britannique.
Après la publication de son livre, Mary Prince témoigna devant des membres du Parlement britannique et ses mots contribuèrent directement aux débats qui aboutirent au Slavery Abolition Act de 1833. Elle ne put cependant jamais retourner aux Antilles pour retrouver son mari, le libre charpentier Daniel James qu'elle avait épousé à Antigua en 1826, sans risquer d'être à nouveau réduite en esclavage.
Sources primaires
I was born at Brackish-Pond, in Bermuda, on a farm belonging to Mr. Charles Myners. My mother was a household slave; and my father, whose name was Prince, was a sawyer belonging to Mr. Trimmingham, a ship-builder at Crow-Lane.
I have been a slave myself — I know what slaves feel — I can tell by myself what other slaves feel, and by what they have told me. The man that says slaves be quite happy in slavery — that they don't want to be free — that man is either ignorant or a lying person.
The plaintiff Thomas Pringle, as editor and publisher of The History of Mary Prince, was sued by James Wood who contested la véracité des accusations de cruauté. Le jury trancha en faveur de Wood pour un seul passage, mais l'essentiel du témoignage de Mary Prince fut jugé crédible.
Mary Prince came to me herself and told me her history. I wrote it down from her own lips. I have no doubt of the truth of her narrative — she told it with such simple, unaffected earnestness.
Le récit de Mary Prince fut cité explicitement par plusieurs membres lors des débats sur le Slavery Abolition Bill, comme preuve des conditions subies par les esclaves dans les colonies britanniques des Antilles.
Lieux clés
Lieu de naissance de Mary Prince, vers 1788, sur la ferme de Charles Myners. C'est là qu'elle vécut ses premières années en compagnie de sa mère et de ses sœurs avant d'être vendue.
Ville portuaire où eut lieu la vente aux enchères publique lors de laquelle Mary Prince fut séparée de sa famille vers l'âge de douze ans, l'un des épisodes les plus traumatisants qu'elle relate dans son autobiographie.
Mary Prince y fut envoyée pour travailler plusieurs années dans les marais salants, sous des conditions d'une extrême brutalité. Elle y vit mourir des compagnons d'infortune et contracta les rhumatismes qui la handicapèrent sa vie entière.
Dernière colonie où Mary Prince fut tenue en esclavage avant d'accompagner ses maîtres en Angleterre. C'est là qu'elle épousa Daniel James en 1826 et qu'elle ne put jamais retourner après avoir conquis sa liberté à Londres.
C'est à Londres que Mary Prince trouva refuge en 1828, auprès de Thomas Pringle et de la Anti-Slavery Society. C'est là qu'elle dicta son autobiographie et qu'elle mena son combat pour la liberté et la reconnaissance de sa dignité.
Objets typiques

Outils indispensables dans les marais salants des îles Turques-et-Caïques où Mary Prince travailla des années durant. Elle décrit dans son récit comment ses pieds et ses jambes étaient en permanence blessés par le sel et le soleil lors de cette récolte épuisante.

Mary Prince était profondément chrétienne et fréquenta les chapelles méthodistes aux Antilles puis à Londres. Sa foi lui donna la force de résister et lui permit d'entrer en contact avec des réseaux abolitionnistes liés aux Églises dissidentes.

À Londres, Mary Prince gagnait sa vie comme blanchisseuse et femme de ménage pour subvenir à ses besoins après avoir quitté ses maîtres. Le travail de lavandière était l'un des rares emplois accessibles aux femmes noires pauvres dans l'Angleterre du début du XIXe siècle.

N'ayant pas appris à lire ni à écrire — l'alphabétisation des esclaves étant souvent interdite —, Mary Prince dicta son autobiographie à Susanna Strickland. La plume de la secrétaire et le cahier de notes furent donc les instruments matériels grâce auxquels son témoignage fut préservé.

Symboles omniprésents dans les colonies esclavagistes britanniques, les fers étaient utilisés comme instrument de punition et de contrôle. Mary Prince décrit dans son récit les coups, les humiliations et les châtiments corporels subis par elle et d'autres esclaves.

Ces imprimés annonçaient publiquement les ventes de personnes réduites en esclavage, avec leur âge, leur 'valeur' et leurs 'aptitudes'. Mary Prince fut vendue plusieurs fois selon ce procédé, et son récit constitue un témoignage rare de ce que ces ventes signifiaient pour les familles déchirées.
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Vie quotidienne
Matin
Aux îles Turques-et-Caïques, Mary Prince se levait avant l'aube pour rejoindre les marais salants. Les esclaves devaient entrer dans l'eau saumâtre dès les premières lueurs du jour, remplir leurs paniers de sel et les transporter sur la tête jusqu'aux entrepôts, souvent pieds nus sur le sol brûlant et coupant.
Après-midi
Les après-midis étaient consacrés à la poursuite du travail dans les salines, sans répit sous le soleil des Caraïbes. À Antigua et aux Bermudes, les tâches domestiques s'enchaînaient : récurer, cuisiner, laver le linge, s'occuper des enfants des maîtres — sans limite d'horaire ni repos garanti.
Soir
Le soir, épuisée, Mary Prince regagnait le quartier des esclaves — une case rudimentaire partagée avec d'autres. C'est souvent le seul moment où elle pouvait prier, chanter des cantiques méthodistes appris à la chapelle, et se retrouver avec ses compagnons de captivité, formant des liens de solidarité essentiels à la survie morale.
Alimentation
L'alimentation des esclaves dans les colonies britanniques se composait principalement de rations de maïs, de plantain, de patates douces et parfois de poisson séché. Les rations étaient calculées au minimum vital et la faim était une compagne ordinaire, surtout lors des périodes de travail intensif dans les salines.
Vêtements
Les esclaves recevaient chaque année une ou deux tenues rudimentaires de coton grossier, souvent une jupe et un corsage pour les femmes. Mary Prince décrit comment ses habits étaient insuffisants pour la protéger du soleil, du sel et des insectes lors du travail dans les marais, et comment le manque de vêtements décents était une humiliation supplémentaire.
Habitat
Mary Prince dormait dans des cases en bois ou en pierre sans fenêtres, souvent à même le sol ou sur une simple paillasse. À Londres, après avoir quitté ses maîtres, elle logeait dans des garnis modestes du quartier est de la ville, partageant parfois une chambre avec d'autres domestiques ou travailleurs pauvres.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
The History of Mary Prince, a West Indian Slave, Related by Herself
1831
Témoignages oraux devant la Anti-Slavery Society
1828–1831
Déposition dans le cadre du procès Pringle v. Cadell
1833






