Romancière et militante pacifiste autrichienne (1843-1914), Bertha von Suttner publie en 1889 « Die Waffen nieder ! » (Bas les armes !), roman qui choque l'Europe par sa description réaliste des horreurs de la guerre. En 1905, elle devient la première femme à recevoir le prix Nobel de la paix.
Bertha von Suttner(1843 — 1914)
Bertha von Suttner
empire d'Autriche, Cisleithanie
9 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« Die Waffen nieder ! (Bas les armes !)»
« La paix n'est pas un rêve : c'est une science.»
Faits marquants
- 1843 : Naissance à Prague (Empire autrichien) dans une famille aristocratique
- 1889 : Publication de « Die Waffen nieder ! », roman pacifiste traduit dans de nombreuses langues
- 1891 : Fondation de la Société autrichienne pour la paix
- 1905 : Première femme lauréate du prix Nobel de la paix
- 1914 : Décès à Vienne, huit jours avant l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand et le déclenchement de la Grande Guerre
Œuvres & réalisations
Son roman le plus célèbre, narré à la première personne par une aristocrate autrichienne qui vit les horreurs de plusieurs guerres. Traduit en une douzaine de langues, il choque l'Europe par son réalisme et devient le manifeste fondateur du mouvement pacifiste international.
Essai visionnaire sur les transformations sociales et technologiques de la modernité industrielle, publié sous pseudonyme. Bertha y analyse les dangers du progrès technique mis au service de la guerre et plaide pour des institutions internationales capables de réguler les conflits.
Organisation pacifiste fondée et présidée par Bertha von Suttner à Vienne, affiliée au Bureau international de la paix. Elle coordonnait pétitions, congrès et campagnes de sensibilisation, devenant l'une des associations pacifistes les plus actives d'Europe centrale.
Revue mensuelle pacifiste fondée et dirigée par Bertha von Suttner pendant sept ans. Elle y publiait des articles sur le droit international et le désarmement, forgeant un réseau militant à l'échelle européenne.
Autobiographie dans laquelle Bertha von Suttner retrace son parcours, de l'aristocratie viennoise au mouvement pacifiste international. Source précieuse pour comprendre l'histoire du militantisme pour la paix à la Belle Époque.
Premier prix Nobel de la paix attribué à une femme. Son discours de réception à Christiania, « L'évolution du mouvement pour la paix », reste une référence de la pensée pacifiste et une synthèse de toute sa philosophie.
Anecdotes
En 1876, Bertha Kinsky répond à une annonce dans un journal parisien : Alfred Nobel, l'inventeur de la dynamite, cherche une secrétaire polyglotte à Paris. Elle passe quelques jours auprès de lui, puis repart précipitamment en Autriche pour épouser Arthur von Suttner. Les deux entretiennent pourtant une longue amitié épistolaire jusqu'à la mort de Nobel en 1896, et de nombreux historiens estiment que c'est elle qui l'a convaincu d'inclure un prix pour la paix dans son célèbre testament.
Quand Bertha von Suttner propose son roman « Die Waffen nieder ! » à un éditeur en 1889, celui-ci hésite : le sujet — les horreurs de la guerre décrites par une femme — lui semble trop choquant. Il accepte finalement, à condition qu'elle s'engage à acheter elle-même 1 500 exemplaires. Le livre devient un best-seller international, traduit en une douzaine de langues. Léon Tolstoï le compare à « La Case de l'oncle Tom » et affirme qu'il pourrait changer l'histoire de l'Europe.
Le 21 juin 1914, Bertha von Suttner meurt à Vienne, épuisée après des décennies de combat pour la paix. Sept jours plus tard, l'archiduc François-Ferdinand est assassiné à Sarajevo. La Première Guerre mondiale, qu'elle avait passé sa vie à vouloir éviter, éclate quelques semaines après sa mort. Cette coïncidence tragique a profondément marqué ses contemporains : la grande prophétesse de la paix n'a pas vécu la catastrophe qu'elle avait si souvent annoncée.
Bien que née comtesse Kinsky von Wchinitz und Tettau dans la haute aristocratie autrichienne, Bertha von Suttner utilise sa position sociale pour accéder aux conférences diplomatiques et aux cours royales où peu de femmes étaient admises. Elle interpelle directement des empereurs, des présidents et des ministres, leur remettant des pétitions pour le désarmement. Cette audace choqua une partie de son milieu d'origine, mais lui permit d'être prise au sérieux là où une roturière n'aurait pas été reçue.
En 1905, lorsque Bertha von Suttner apprend qu'elle est lauréate du prix Nobel de la paix, elle a 62 ans et est déjà reconnue dans le monde entier comme la « reine de la paix ». Elle est la première femme à recevoir cette distinction. Lors de la cérémonie à Christiania (aujourd'hui Oslo) en 1906, elle prononce un discours sur l'évolution du mouvement pacifiste qui restera une référence pour les générations suivantes.
Sources primaires
La guerre ! Qui l'a jamais décrite telle qu'elle est vraiment ? Pas les hommes d'État dans leurs dépêches, pas les généraux dans leurs rapports de victoire. Ce sont les blessés dans la boue, les veuves sur le seuil, les enfants sans père qui pourraient le dire — si seulement on leur donnait la parole.
Toute ma vie, j'ai été convaincue que la guerre n'est pas une fatalité, mais une institution que les hommes ont créée et que les hommes peuvent abolir. Cette conviction m'a guidée dans chaque article, chaque discours, chaque lettre adressée aux puissants de ce monde.
Le mouvement pour la paix n'est pas le rêve de quelques idéalistes isolés : c'est la réponse rationnelle et nécessaire d'une humanité qui comprend que la guerre moderne, avec ses nouvelles armes, ne peut conduire qu'à la destruction de la civilisation elle-même.
Vous avez mis entre les mains des hommes une force capable de détruire des nations entières. Ne pourriez-vous pas, avec votre fortune et votre intelligence, consacrer une part de vos ressources à rendre la guerre impossible — ou du moins si effrayante que les gouvernements renoncent à y recourir ?
Le désarmement n'est pas une utopie. Les nations qui ont eu recours à l'arbitrage international ont prouvé que des conflits graves peuvent être résolus sans verser une seule goutte de sang. Ce que quelques États ont accompli, tous peuvent le faire — pourvu qu'ils en aient la volonté.
Lieux clés
Bertha von Suttner naît le 9 juin 1843 à Prague, alors capitale du Royaume de Bohême rattaché à l'Empire d'Autriche, dans une famille de haute noblesse.
Résidence de la famille von Suttner en Basse-Autriche, où Bertha vécut de nombreuses années avec son mari Arthur. C'est dans cette demeure qu'elle rédigea une grande partie de son œuvre littéraire et militante.
Capitale de l'Empire austro-hongrois, Vienne est le centre de l'activité militante de Bertha von Suttner : elle y fonde la Société autrichienne pour la paix en 1891 et y décède le 21 juin 1914, sept jours avant l'attentat de Sarajevo.
En 1876, Bertha Kinsky se rend à Paris pour travailler comme secrétaire d'Alfred Nobel. Ce séjour bref mais décisif marque le début d'une amitié épistolaire déterminante pour la création du prix Nobel de la paix.
Bertha von Suttner participa activement aux Conférences internationales de la paix de La Haye en 1899 et 1907, qui représentaient la concrétisation institutionnelle de son combat pour l'arbitrage international.
C'est dans la capitale norvégienne que Bertha von Suttner prononce son discours Nobel en 1906, devenant la première femme à recevoir solennellement le prix Nobel de la paix devant un public international.
Objets typiques

Bertha von Suttner était avant tout une femme de lettres : elle consacrait plusieurs heures par jour à l'écriture — romans, articles de presse, correspondance diplomatique. Sa plume était son arme principale dans le combat contre la guerre.

Son roman de 1889 est le symbole de toute son œuvre. Elle en distribuait personnellement des exemplaires lors des congrès pacifistes et supervisait ses traductions dans une douzaine de langues pour toucher le plus grand nombre de lecteurs possible.

Reçue lors de la cérémonie de Christiania en 1906, cette médaille représente la consécration internationale de son combat. Elle est la première femme à recevoir ce prix, créé en partie grâce à son influence sur Alfred Nobel.

Bertha von Suttner dirigeait la revue « Die Waffen Nieder ! » et lisait assidûment la presse européenne pour suivre débats parlementaires sur les armements et crises diplomatiques qu'elle commentait publiquement dans ses articles.

Elle entretenait une volumineuse correspondance avec Alfred Nobel, des responsables politiques européens et des militants pacifistes du monde entier, cherchant à tisser un réseau international capable de peser sur les décisions des gouvernements.

Militante infatigable, Bertha von Suttner participait à de nombreux congrès pacifistes en Europe et aux États-Unis. Son agenda était constamment rempli de voyages en train, de discours publics et de réunions avec des associations pacifistes étrangères.
Programmes scolaires
Vocabulaire & tags
Vocabulaire clé
Vie quotidienne
Matin
Bertha von Suttner se levait tôt et consacrait ses matinées à l'écriture : romans, articles pour la presse pacifiste ou lettres adressées à des personnalités politiques. Elle lisait attentivement plusieurs journaux européens pour suivre les tensions diplomatiques et les débats parlementaires sur les armements, y puisant des arguments pour ses prochains discours.
Après-midi
Ses après-midis étaient souvent consacrées aux réunions de la Société autrichienne pour la paix, à la réception de délégations militantes ou à la préparation de conférences publiques. Lors des congrès pacifistes internationaux, elle passait des heures à élaborer pétitions et résolutions avec des militants venus de toute l'Europe, à soumettre ensuite aux gouvernements.
Soir
Les soirées étaient parfois mondaines — les salons viennois lui permettaient de rencontrer des personnalités politiques et des aristocrates influents —, mais souvent studieuses : correction d'épreuves, rédaction d'articles ou préparation d'interventions. Sa vie sociale restait au service de sa cause, chaque dîner pouvant devenir l'occasion de convaincre un ministre ou un ambassadeur.
Alimentation
Comme il était courant dans l'aristocratie austro-hongroise, Bertha von Suttner mangeait selon les traditions culinaires viennoises : soupes, viandes en sauce, légumes de saison et pâtisseries. Ses nombreux voyages à travers l'Europe l'amenaient à goûter des cuisines variées, des brasseries parisiennes aux buffets des congrès internationaux de La Haye ou de Berne.
Vêtements
Femme de la haute noblesse autrichienne, Bertha von Suttner portait des tenues élégantes adaptées à son statut : corsages ajustés, jupes longues et chapeaux à voilettes typiques de la Belle Époque. Paradoxalement, cette apparence conventionnelle lui servait de passeport dans les milieux diplomatiques et aristocratiques où elle cherchait des soutiens à sa cause pacifiste.
Habitat
Bertha von Suttner vécut principalement au château de Harmannsdorf, propriété familiale des Suttner en Basse-Autriche, et dans plusieurs appartements à Vienne. Son cadre de vie aristocratique — bibliothèques garnies, salon de réception — contrastait avec la radicalité de ses convictions, mais lui permettait d'accueillir dignement diplomates, militants et journalistes.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Die Waffen nieder ! (Bas les armes !)
1889
Das Maschinenzeitalter (L'Ère des machines)
1889
Fondation de la Société autrichienne pour la paix
1891
Revue « Die Waffen Nieder ! »
1892-1899
Memoiren (Mémoires)
1909
Prix Nobel de la paix — discours de réception
1906






