Mephistopheles
Méphistophélès
Démon du pacte faustien, Méphistophélès est l'agent du Diable chargé de séduire le savant Faust. Rendu célèbre par Marlowe dans Doctor Faustus (1592) puis par Goethe dans Faust (1808), il incarne la tentation intellectuelle et la corruption de l'âme par la soif de connaissance.
Faits marquants
- Apparaît pour la première fois dans l'Historia von D. Johann Fausten (1587), chapbook allemand
- Marlowe le met en scène dans The Tragical History of Doctor Faustus (vers 1592)
- Goethe développe le personnage dans Faust, Première partie (1808) et Deuxième partie (1832)
- Son nom est d'étymologie incertaine, probablement issu de l'hébreu ou du grec
- Il conclut le célèbre pacte : Faust vend son âme en échange de connaissance et de plaisirs
Œuvres & réalisations
Premier texte imprimé mettant en scène Méphistophélès et le pacte faustien. Best-seller de l'Europe du XVIe siècle, il fixe la structure narrative du mythe.
Première grande tragédie théâtrale du mythe, jouée à Londres. Marlowe fait de Méphistophélès une figure à la fois terrifiante et pathétique, prisonnière elle-même de la damnation.
Chef-d'œuvre de la littérature mondiale. Goethe transforme Méphistophélès en esprit philosophique, incarnation de la négation ironique. Texte au programme des classes de lycée en France et en Allemagne.
Conclusion posthume de l'œuvre de Goethe, où Méphistophélès perd finalement son pari : l'âme de Faust est sauvée par l'amour. Œuvre d'une complexité symbolique immense.
Œuvre musicale pour orchestre, chœurs et solistes. Berlioz crée un Méphistophélès cynique et virtuose, dont les interventions musicales sont parmi les plus saisissantes du répertoire romantique.
Opéra lyrique en cinq actes, l'un des plus joués au monde. Il popularise la figure de Méphistophélès auprès d'un très large public et contribue à en faire une icône culturelle universelle.
Suite de dix-sept lithographies illustrant le Faust de Goethe. Goethe lui-même félicita Delacroix pour ces images. Elles fixent l'iconographie romantique française de Méphistophélès.
Anecdotes
Le nom 'Méphistophélès' apparaît pour la première fois dans le Faustbuch allemand de 1587, publié à Francfort par Johann Spies. Ce livre populaire raconte les aventures d'un certain Johann Faust, présenté comme un savant réel ayant vendu son âme au diable. L'ouvrage connut un succès immédiat et fut traduit dans toute l'Europe, lançant une légende qui allait traverser les siècles.
Le personnage repose en partie sur un individu historique : Johann Georg Faust (vers 1480–1540), un alchimiste et astrologue itinérant allemand mentionné dans plusieurs documents d'époque. Le théologien Philip Melanchthon et l'humaniste Conrad Gessner le décrivent comme un charlatan. Pourtant, sa réputation sulfureuse inspira une figure littéraire bien plus grande que lui.
Dans la pièce de Christopher Marlowe (vers 1592), Méphistophélès affirme qu'il n'a pas à voyager pour rejoindre Faust : il est déjà partout où un homme désespère de son âme. Cette réplique — 'Why this is hell, nor am I out of it' — est l'une des plus célèbres du théâtre élisabéthain. Elle suggère que l'enfer n'est pas un lieu, mais un état intérieur.
Goethe travailla sur son Faust pendant plus de soixante ans, de 1772 à 1831. Il publia la première partie en 1808 et la seconde, posthume, en 1832. Dans sa version, Méphistophélès est moins un démon terrifiant qu'un esprit ironique et philosophique, se définissant lui-même comme 'une partie de cette force qui veut toujours le mal et fait toujours le bien' — une formule tirée du livre de Job.
Le musicien Hector Berlioz composa La Damnation de Faust en 1846, dans laquelle Méphistophélès chante une Sérénade moqueuse sous la fenêtre de Marguerite. Cette œuvre contribua à populariser la figure du démon dans la culture romantique française, notamment auprès du public des grandes salles de concert parisiennes.
Sources primaires
Doctor Faustus […] gab sich dem Teufel auf eine gewisse Zeit, nämlich vierundzwanzig Jahre. In dieser Zeit sollte Mephostophiles sein Diener und Knecht sein und alles tun, was Faustus von ihm begehrte.
Mephistophilis: Why this is hell, nor am I out of it. Think'st thou that I, who saw the face of God, and tasted the eternal joys of heaven, am not tormented with ten thousand hells in being deprived of everlasting bliss?
Mephistopheles: Ich bin ein Teil von jener Kraft, die stets das Böse will und stets das Gute schafft. [Je suis une part de cette force qui veut toujours le mal et fait toujours le bien.]
Faustum quendam […] qui ausus est se nomine Faustum appellare, fontem necromantiae esse jactitantem. [Un certain Faust […] qui a osé se faire appeler Faust, se vantant d'être la source de la nécromancie.]
Mephistopheles y apparaît comme manipulateur des puissants du monde, guidant Faust à travers l'Antiquité et la modernité, jusqu'à la scène finale où les anges arrachent l'âme de Faust à sa prise.
Lieux clés
Ville universitaire où Faust est censé exercer comme docteur et professeur. C'est aussi le lieu où Luther afficha ses thèses en 1517 — le choix n'est pas anodin, Wittenberg étant le symbole de la liberté intellectuelle de la Réforme.
Ville où plusieurs chroniques du XVIe siècle situent les exploits du 'vrai' Faust historique. L'université d'Erfurt est l'une des plus anciennes d'Allemagne, cadre plausible pour un savant orgueilleux.
Ville d'impression et de diffusion du Faustbuch de 1587. C'est aussi la ville natale de Goethe, qui grandit avec la légende faustienne avant d'en faire son œuvre maîtresse.
Résidence de Goethe à partir de 1775, où il travailla pendant des décennies sur Faust. La ville devint un centre culturel majeur du classicisme allemand, et Méphistophélès y fut en quelque sorte 'domestiqué' en figure philosophique.
C'est dans les théâtres populaires londoniens — le Rose Theatre notamment — que le Doctor Faustus de Marlowe fut joué pour la première fois devant des publics mêlés. La figure de Méphistophélès y gagna une dimension scénique et dramatique.
Capitale de la réception romantique du mythe faustien : Berlioz y créa La Damnation de Faust en 1846, Delacroix y illustra Faust en 1828, et Gounod y fit jouer son opéra en 1859. Paris fut le grand relais français du mythe.
Galerie
Mephisto und Hexe, Margret Hofheinz-Döring, Aquarell, 1960 (WV-Nr.1600)
Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Margret Hofheinz-Döring
Mephisto und Hexe, Margret Hofheinz-Döring, Aquarell, 1961 (WV-Nr.1629)
Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Margret Hofheinz-Döring
Portrait of Grigoriy Grigoryevich Ge as 'Mephistopheles'
Wikimedia Commons, Public domain — Ilya Repin
Caruso, Journet, Charles Gounod's Faust, 'O merveille! ... A moi les plaisirs'
Wikimedia Commons, Public domain — Singers: Enrico Caruso (1873–1921), tenor Marcel Journet (1867–1933), bass Frieda Hempel (vocalist: soprano vocal)








