Natalia Gontcharova fut l'une des grandes figures de l'avant-garde russe du début du XXe siècle. Peintre, dessinatrice et créatrice de décors et costumes pour les Ballets russes de Diaghilev, elle mêla art populaire russe, icônes et innovations cubo-futuristes avant de s'installer à Paris.
Natalia Gontcharova(1881 — 1962)
Natalia Gontcharova
Russie, Ukraine
6 min de lecture
Questions fréquentes
Faits marquants
- Née en 1881 dans le gouvernement de Toula, en Russie
- Cofonde avec Mikhaïl Larionov le mouvement rayonniste vers 1912-1913
- Crée à partir de 1914 décors et costumes pour les Ballets russes de Diaghilev (Le Coq d'or)
- S'installe définitivement à Paris en 1919 où elle poursuit sa carrière
- Meurt à Paris en 1962
Œuvres & réalisations
Polyptyque inspiré des icônes, censuré pour blasphème, manifeste de son néo-primitivisme spirituel.
Tableau cubo-futuriste figurant le mouvement et la vie urbaine moderne, l'une de ses œuvres les plus célèbres.
Toile emblématique du rayonnisme, où les formes se dissolvent en faisceaux de rayons colorés.
Composition néo-primitiviste célébrant les objets et gestes du quotidien.
Scénographie éclatante pour les Ballets russes qui révolutionna le décor de théâtre en Occident.
Ensemble de toiles glorifiant le travail des champs dans un style monumental inspiré du folklore.
Lithographies pour des recueils d'avant-garde, fusionnant poésie et image.
Anecdotes
En 1910, plusieurs tableaux religieux de Natalia Gontcharova furent saisis par la censure tsariste lors d'une exposition à Moscou : on jugeait scandaleux qu'une femme peigne des saints et des Évangélistes dans un style inspiré des icônes populaires. Elle fut même poursuivie pour blasphème, mais acquittée. L'affaire fit d'elle l'une des artistes les plus discutées de Russie.
Avec son compagnon Mikhaïl Larionov, Gontcharova participa au mouvement futuriste russe jusque dans la rue : ils se peignaient le visage de fleurs et de signes, défilaient ainsi dans Moscou et donnaient des conférences-spectacles pour choquer le public bourgeois. Pour eux, l'art devait sortir des musées et envahir la vie quotidienne.
En 1914, Diaghilev confia à Gontcharova les décors et costumes du ballet-opéra « Le Coq d'or » sur une musique de Rimski-Korsakov. Ses couleurs éclatantes inspirées de l'art paysan russe firent sensation à Paris et changèrent durablement le regard des Occidentaux sur la scénographie. Ce triomphe lança sa carrière internationale.
Gontcharova revendiquait fièrement ses racines : elle puisait dans les lubki (images populaires imprimées), les broderies et les icônes plutôt que dans la peinture occidentale. « Je me tourne vers l'Orient », écrivait-elle, alors que la plupart des avant-gardistes regardaient vers Paris. Cette fidélité à l'art populaire russe fit l'originalité de son néo-primitivisme.
Réfugiée à Paris à partir de 1919, Gontcharova vécut le reste de sa vie dans un modeste atelier avec Larionov, souvent dans la gêne matérielle. Le couple ne se maria officiellement qu'en 1955, après plus de quarante ans de vie commune. Elle continua de peindre presque jusqu'à sa mort, en 1962.
Sources primaires
Je secoue la poussière de mes pieds et je m'éloigne de l'Occident… Mon chemin va vers la source de tous les arts, l'Orient.
Le rayonnisme est une peinture fondée sur les formes spatiales nées du croisement des rayons réfléchis par différents objets.
Nous proclamons : le génie de notre époque, ce sont les pantalons, les vestons, les chaussures, les tramways, les avions, les chemins de fer.
Lieux clés
Région rurale où naît Gontcharova en 1881 ; la campagne et l'art paysan marqueront toute son œuvre.
Ville de sa formation et de ses débuts, foyer de l'avant-garde russe (Valet de Carreau, Queue d'âne).
Scène où triomphent en 1914 ses décors pour « Le Coq d'or » des Ballets russes de Diaghilev.
Quartier où elle vit et travaille avec Larionov à partir de 1919 jusqu'à sa mort.
Objets typiques

Image imprimée bon marché du folklore russe, aux couleurs vives et au dessin naïf, dont Gontcharova s'inspira directement pour son néo-primitivisme.
Image sainte sur bois, modèle visuel de ses tableaux religieux censurés de 1910, qu'elle réinterpréta dans un langage moderne.

Outils de la peintre prolifique : elle exposa près de 800 œuvres lors de sa seule rétrospective de 1913.

Dessins et patrons colorés réalisés pour les Ballets russes, notamment « Le Coq d'or » de 1914.

Recueils de poèmes d'avant-garde qu'elle illustra à la main, mêlant texte et image dans un esprit nouveau.

Motifs des textiles populaires russes qui nourrissaient ses formes décoratives et ses couleurs.

Fleurs et signes peints sur la peau lors des happenings futuristes dans les rues de Moscou.
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Vie quotidienne
Matin
Gontcharova se lève tôt dans son atelier encombré de toiles, de cartons et de maquettes. Elle prépare ses couleurs et travaille à la lumière du jour, parfois sur plusieurs tableaux à la fois. Le café partagé avec Larionov est l'occasion de discuter des projets en cours.
Après-midi
L'après-midi se passe à peindre, dessiner des costumes ou graver des illustrations pour des livres d'avant-garde. À Moscou, elle prépare expositions et accrochages ; à Paris, elle travaille sur les commandes de décors de théâtre. Des artistes et amis passent souvent à l'atelier.
Soir
Le soir, le couple fréquente conférences, débats artistiques et spectacles. Avant 1915, ce sont les soirées futuristes provocatrices de Moscou ; à Paris, les générales des Ballets russes. Gontcharova rentre tard, la tête pleine d'idées nouvelles.
Alimentation
Issue de la campagne russe, elle garde le goût d'une nourriture simple : pain noir, soupes, thé bu au samovar. À Paris, dans la gêne matérielle de l'émigration, les repas restent frugaux, faits de produits modestes du marché de quartier.
Vêtements
Gontcharova s'habille de façon sobre mais affirmée, refusant les codes de la coquetterie bourgeoise. Lors des happenings futuristes, elle ose se peindre le visage de fleurs et de signes. Elle aime les motifs inspirés des costumes paysans russes.
Habitat
À Moscou, elle vit et travaille dans des ateliers d'artistes au cœur de la vie d'avant-garde. À partir de 1919, elle occupe avec Larionov un modeste appartement-atelier à Paris, près de Saint-Germain-des-Prés, encombré d'œuvres et souvent mal chauffé.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Un style néo-primitiviste russe aux couleurs vives cernées de noir, mêlant art populaire, icônes et géométrie cubo-futuriste.
Ambiance sonore
Des cloches orthodoxes et chants paysans russes aux ateliers bruissants de Moscou, jusqu'à la rumeur d'un théâtre parisien avant un ballet de Diaghilev.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Les Évangélistes (série religieuse)
1911
Le Cycliste
1913
Cats (Chats rayonnistes)
1913
La Toile / Le Linge (Linen)
1913
Décors et costumes du « Coq d'or »
1914
La Moisson (cycle paysan)
1911
Illustrations de livres futuristes russes
1912-1913






