Ngũgĩ wa Thiong'o(1938 — 2025)
Ngugi wa Thiong'o
Kenya
7 min de lecture
Écrivain kenyan majeur, romancier, dramaturge et essayiste. D'abord publié en anglais sous le nom de James Ngugi, il choisit dès la fin des années 1970 d'écrire en kikuyu et en swahili pour décoloniser les littératures africaines. Figure centrale de la pensée postcoloniale.
Questions fréquentes
Citations célèbres
« Le choix de la langue et l'usage qu'on en fait sont au cœur de la définition que les peuples se donnent d'eux-mêmes. »
Faits marquants
- Né en 1938 à Kamiriithu (Kenya), dans une famille kikuyu pendant la période coloniale britannique
- Publie son premier roman, Weep Not, Child, en 1964, premier grand roman en anglais d'un auteur d'Afrique de l'Est
- Emprisonné sans procès en 1977-1978 après la pièce en kikuyu Ngaahika Ndeenda (Je me marierai quand je voudrai)
- Décide d'abandonner l'anglais pour écrire en kikuyu, théorisé dans l'essai Decolonising the Mind (1986)
- Contraint à l'exil à partir de 1982, il enseigne aux États-Unis et est régulièrement cité pour le prix Nobel
Œuvres & réalisations
Premier roman en anglais publié par un écrivain d'Afrique de l'Est ; il raconte l'enfance d'un garçon kényan sur fond de révolte des Mau Mau.
Roman explorant le déchirement entre traditions kikuyu et christianisme colonial dans un village des hautes terres.
Roman choral sur les sacrifices et les trahisons à la veille de l'indépendance du Kenya, considéré comme l'un de ses chefs-d'œuvre.
Roman dénonçant les inégalités et la corruption du Kenya postcolonial ; sa publication précède de peu son arrestation.
Pièce en kikuyu jouée par des villageois à Kamiriithu ; sa critique sociale provoque sa détention sans procès.
Premier roman moderne écrit en kikuyu, composé en prison sur du papier hygiénique ; satire mordante du capitalisme néocolonial.
Recueil d'essais devenu un manifeste mondial sur la place des langues africaines dans la littérature et la pensée.
Vaste roman satirique en kikuyu sur le pouvoir et la dictature dans une Afrique imaginaire, fresque ambitieuse de sa maturité.
Anecdotes
Emprisonné sans procès en 1977 dans la prison de haute sécurité de Kamiti, Ngugi refuse de cesser d'écrire. Privé de papier, il rédige tout son roman Caitaani Mũtharaba-inĩ (Le Diable sur la croix) sur du papier hygiénique de prison, rêche et résistant, qu'il juge justement parfait pour écrire. C'est le premier roman moderne composé en langue kikuyu.
Publié d'abord sous le nom de James Ngugi, l'écrivain abandonne vers 1970 ce prénom chrétien et colonial pour reprendre son nom complet, Ngũgĩ wa Thiong'o (« Ngugi fils de Thiong'o »). Ce geste accompagne sa décision célèbre : cesser d'écrire en anglais pour n'écrire qu'en kikuyu et en swahili.
En 1977, sa pièce Ngaahika Ndeenda (Je me marierai quand je voudrai) est jouée en plein air à Kamiriithu par des paysans et des ouvriers du village, et non par des acteurs professionnels. Le succès et la critique sociale de la pièce inquiètent tant le pouvoir que le théâtre communautaire sera rasé par les autorités et l'auteur jeté en prison.
Enfant, Ngugi grandit pendant la révolte des Mau Mau et l'état d'urgence britannique. Sa famille est durement touchée : un demi-frère rejoint les combattants dans la forêt, sa mère est interrogée et torturée, et son frère sourd Gitogo est abattu par des soldats coloniaux parce qu'il n'avait pas entendu l'ordre de s'arrêter.
En 1968, jeune professeur à l'université de Nairobi, Ngugi cosigne un texte retentissant intitulé « De l'abolition du département d'anglais ». Il y propose de placer les littératures africaines et orales au centre des études, plutôt que les seuls auteurs anglais — une idée qui transforme l'enseignement de la littérature dans toute l'Afrique.
Sources primaires
La balle était le moyen de la sujétion physique. La langue était le moyen de la sujétion spirituelle.
Ce livre… est mon adieu à l'anglais comme véhicule de l'un quelconque de mes écrits. Désormais, ce sera le gikuyu et le kiswahili jusqu'au bout.
Le papier hygiénique de Kamiti était censé punir les prisonniers… mais il était très résistant et excellent pour écrire dessus.
J'estime que mon écriture en langue gikuyu, une langue kényane, une langue africaine, fait partie intégrante des luttes anti-impérialistes des peuples kényan et africains.
Lieux clés
Village natal de Ngugi, au cœur des hautes terres kikuyu. C'est là qu'il fonda plus tard un théâtre communautaire, démoli par les autorités en 1982.
Université où Ngugi étudie la littérature anglaise à la fin des années 1950. Il y participe en 1962 à une conférence fondatrice des écrivains africains.
Établissement britannique où Ngugi poursuit ses études dans les années 1960 et découvre les pensées marxistes et anticoloniales qui nourriront son œuvre.
Lieu de sa détention sans procès de 1977 à 1978, près de Nairobi. C'est dans sa cellule qu'il écrivit, sur du papier hygiénique, son premier roman en kikuyu.
Université américaine où Ngugi enseigne durant son long exil, comme professeur de littérature comparée. Il y poursuit son combat intellectuel pour les langues africaines.
Ville américaine où Ngũgĩ wa Thiong'o s'éteint en 2025, à 87 ans, loin de son Kenya natal mais célébré dans le monde entier.
