Biographie

Écrivain, poète et cinéaste italien, figure majeure de l'intelligentsia engagée d'après-guerre. Marxiste hétérodoxe et critique de la société de consommation, il marqua autant la littérature que le cinéma avant son assassinat en 1975.

Pier Paolo Pasolini(1922 — 1975)

Pier Paolo Pasolini

Italie, royaume d'Italie

7 min de lecture

SpectacleLettresPoète(sse)Écrivain(e)XXe siècleItalie de l'après-guerre et des Trente Glorieuses, marquée par le néoréalisme, le boom économique et les tensions politiques des années 1960-1970

Questions fréquentes

Pier Paolo Pasolini (1922-1975) était un écrivain, poète et cinéaste italien, figure majeure de l'intelligentsia engagée d'après-guerre. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a marqué la culture italienne par une œuvre multiforme qui mêle critique sociale, marxisme hétérodoxe et exploration des marges. Ses films comme Accattone (1961) et L'Évangile selon saint Matthieu (1964) ont révolutionné le cinéma par leur réalisme brut et leur regard sur les pauvres. Il a été assassiné en 1975, dans des circonstances troubles, ce qui a renforcé son mythe d'intellectuel martyr.

Citations célèbres

« Je suis une force du Passé.»

Faits marquants

  • Né le 5 mars 1922 à Bologne, il publie son premier recueil de poèmes en dialecte frioulan en 1942
  • Publie le roman Une vie violente (Una vita violenta) en 1959, peignant les bas-fonds romains
  • Réalise L'Évangile selon saint Matthieu en 1964, salué jusque dans les milieux catholiques
  • Sort Théorème (Teorema) en 1968, film-parabole sur la bourgeoisie italienne
  • Assassiné dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975 à Ostie, dans des circonstances restées troubles

Œuvres & réalisations

Poesie a Casarsa (1942)

Premier recueil de poèmes, écrit en dialecte frioulan, qui révèle son talent précoce et son attachement à une langue populaire.

Ragazzi di vita (Les Ragazzi) (1955)

Roman sur la jeunesse des banlieues pauvres de Rome, qui fait scandale par sa crudité mais le rend célèbre.

Les Cendres de Gramsci (Le ceneri di Gramsci) (1957)

Recueil de poésie majeur où il mêle réflexion politique marxiste et émotion personnelle.

Accattone (1961)

Son premier film, qui transpose à l'écran l'univers des borgate romaines avec des acteurs non professionnels.

L'Évangile selon saint Matthieu (1964)

Adaptation austère et bouleversante de la vie du Christ, saluée même par les milieux catholiques.

Théorème (Teorema) (1968)

Film énigmatique sur une famille bourgeoise bouleversée par un visiteur mystérieux, critique de la société de consommation.

Écrits corsaires (Scritti corsari) (1975)

Recueil d'articles polémiques dénonçant le conformisme et l'uniformisation de la société italienne.

Salò ou les 120 journées de Sodome (1975)

Son dernier film, ultraviolent et provocateur, sorti après sa mort, qui dénonce le pouvoir totalitaire.

Anecdotes

À tout juste vingt ans, Pasolini publie son premier recueil de poèmes, « Poesie a Casarsa » (1942), non pas en italien mais en frioulan, le dialecte du village de sa mère. Choisir une langue rurale et minoritaire pour faire de la grande poésie était à l'époque un geste audacieux et provocateur.

Marxiste et non-croyant, Pasolini réalise pourtant en 1964 « L'Évangile selon saint Matthieu », un film sur la vie du Christ qu'il dédie au pape Jean XXIII. Il n'engage que des acteurs amateurs et confie le rôle de la Vierge âgée à sa propre mère, Susanna.

Passionné de football, Pasolini jouait comme attaquant dans des matchs improvisés avec les équipes de tournage et soutenait le club de Bologne, sa ville natale. Il disait que le football était « la dernière représentation sacrée de notre époque ».

En 1974, dans un article retentissant du Corriere della Sera, il écrit « Je sais » : il affirme connaître les responsables des attentats qui ensanglantent l'Italie, tout en reconnaissant n'avoir aucune preuve. Le texte devient le symbole de l'intellectuel qui défie le pouvoir.

Dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975, Pasolini est sauvagement tué sur une plage près d'Ostie, au sud de Rome. Un jeune homme, Pino Pelosi, avoua le crime, mais ses aveux contradictoires laissent planer jusqu'à aujourd'hui le doute sur les véritables circonstances de sa mort.

Sources primaires

Que signifie ce coup d'État ? (« Je sais »), Corriere della Sera (14 novembre 1974)
Je connais les noms des responsables de ce qu'on appelle un coup d'État. Je connais les noms des responsables des massacres. Mais je n'ai pas les preuves. Je n'ai même pas d'indices.
Écrits corsaires (Scritti corsari), article sur la disparition des lucioles (1975)
Au début des années 1960, à cause de la pollution et de la transformation des campagnes, les lucioles ont commencé à disparaître. C'est, pour Pasolini, le signe d'un changement profond et brutal de la société italienne.
Ragazzi di vita (Les Ragazzi) (1955)
Roman qui plonge dans le quotidien des jeunes des banlieues pauvres de Rome (les borgate), avec leur langue crue et leur misère, loin de l'Italie officielle et triomphante.
Les Cendres de Gramsci (Le ceneri di Gramsci) (1957)
Recueil de poésie où Pasolini médite sur la tombe du penseur communiste Antonio Gramsci, déchiré entre sa raison marxiste et son attachement passionné au monde populaire qui disparaît.

Lieux clés

Bologne

Ville d'Italie du Nord où Pasolini naît en 1922 et fait une partie de ses études. Il y développe son amour de la littérature et soutient toute sa vie l'équipe de football locale.

Casarsa della Delizia (Frioul)

Village de la région du Frioul d'où vient sa mère et où il passe sa jeunesse. C'est là qu'il écrit ses premiers poèmes en dialecte frioulan.

Rome et ses borgate

Capitale où il s'installe en 1950 et qui devient le décor de ses romans et de ses films. Il y observe la vie des quartiers pauvres de la périphérie, le sous-prolétariat.

Plage d'Ostie (Idroscalo)

Lieu situé au bord de la mer, au sud de Rome, où Pasolini est assassiné dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975. Un monument y rappelle sa mémoire.

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