Ranavalona Ire

Ranavalona Ire

1788 — 1861

Royaume merina

PolitiqueXIXe siècleXIXe siècle — ère des résistances africaines à l'expansion coloniale européenne

Reine de Madagascar de 1828 à 1861, Ranavalona Ire appartient au peuple Merina des Hautes Terres malgaches. Elle résista fermement à la pénétration européenne — britannique et française — en expulsant les missionnaires et en interdisant le christianisme. Sa politique souverainiste préserva l'indépendance du royaume pendant plus de trente ans.

Citations célèbres

« « Je gouvernerai ici en suivant les lois et coutumes de mes ancêtres. » (parole attribuée par la tradition malgache lors de son accession au trône, non vérifiée par écrit) »

Faits marquants

  • 1828 : accède au trône après la mort de son époux Radama Ier, devenant la troisième souveraine du royaume de Madagascar
  • 1835 : interdit le christianisme et expulse les missionnaires européens pour protéger les traditions ancestrales malgaches
  • 1845 : repousse militairement une expédition navale franco-britannique cherchant à forcer l'ouverture du pays
  • Tout au long de son règne (1828-1861) : maintient l'indépendance de Madagascar face aux pressions coloniales françaises et britanniques
  • 1861 : décède après 33 ans de règne ; Madagascar ne sera colonisée par la France qu'en 1896, bien après sa mort

Œuvres & réalisations

Édit d'interdiction du christianisme (1835)

Décret royal proclamant l'interdiction de la pratique chrétienne et l'expulsion des missionnaires européens. Cet acte politique majeur définit la politique souverainiste de Ranavalona pour les vingt-six années suivantes.

Rupture des traités anglo-malgaches de Radama Ier (1828)

Dès son accession au trône, Ranavalona renégocier ou annula les traités signés par son prédécesseur qui accordaient des privilèges aux Britanniques. Cet acte fondateur illustre sa vision d'une Madagascar pleinement souveraine.

Fondation de l'industrie manufacturière de Mantasoa (1837–1857)

En collaboration avec Jean Laborde, Ranavalona fit construire une vaste industrie locale produisant armes, textiles et porcelaine. Ce projet visait à rendre Madagascar autosuffisante et indépendante des importations européennes.

Palais royal de Manjakamiadana (reconstruction) (1839)

La reine fit reconstruire le palais royal en bois avec des artisans et des techniques exclusivement malgaches, refusant les matériaux importés. Ce bâtiment devint le symbole architectural de la résistance culturelle malgache.

Réforme du code judiciaire traditionnel (tangena) (1828–1861)

Ranavalona maintint et institutionnalisa les pratiques judiciaires ancestrales, dont l'ordalie du tangena, en opposition directe au droit européen que les missionnaires cherchaient à introduire.

Organisation de la défense côtière de Madagascar (1845–1857)

Suite au bombardement de 1845, la reine renforça les fortifications des ports malgaches et développa une artillerie locale. Cette stratégie défensive permit à Madagascar de rester indépendante jusqu'en 1896.

Anecdotes

Lorsque son mari, le roi Radama Ier, mourut en 1828, Ranavalona Ire prit le pouvoir par un coup de palais habilement orchestré avec ses partisans Merina. Elle fit proclamer immédiatement son règne depuis le palais de Manjakamiadana à Antananarivo, déjouant ainsi les intrigues de plusieurs prétendants rivaux.

En 1845, une flotte franco-britannique bombarda Tamatave (aujourd'hui Toamasina) pour contraindre la reine à rouvrir Madagascar au commerce européen. Ranavalona refusa catégoriquement de céder et répondit en renforçant les défenses côtières, envoyant un message clair : Madagascar resterait maîtresse de son destin.

La reine imposa le 'tangena', une ordalie traditionnelle malgache, comme moyen de jugement pour les accusés de trahison ou de sorcellerie. La noix de tanghin, hautement toxique, était administrée à l'accusé ; sa survie ou sa mort déterminait son innocence. Cette pratique, qui fit de nombreuses victimes, symbolisait aux yeux de Ranavalona le refus des modes de jugement européens.

En 1861, peu avant sa mort, Ranavalona Ire reçut dans son palais une délégation de notables qui lui demandèrent de lever l'interdiction du christianisme. Elle refusa jusqu'à son dernier souffle. C'est son fils Radama II qui, à sa succession, autorisa immédiatement le retour des missionnaires, illustrant la profondeur du clivage politique qui traversait la cour.

Ranavalona Ire fit construire en 1839 un palais en bois de style européen, le Manjakamiadana, au sommet de la colline d'Antananarivo — mais en utilisant exclusivement des artisans malgaches et des techniques locales adaptées. Ce choix symbolisait parfaitement sa politique : adopter ce qui était utile de l'extérieur, sans jamais abdiquer la souveraineté culturelle.

Sources primaires

Traditions orales Merina — récits de règne transmis par les mpikabary (orateurs) (1828–1861 (transmis oralement))
Les mpikabary de la cour d'Antananarivo perpétuèrent les discours royaux (kabary) de Ranavalona, notamment ses proclamations contre les étrangers : 'Cette île m'appartient, héritée de mes ancêtres ; je ne la partagerai pas avec des étrangers.'
Rapport de l'amiral de Hell sur le bombardement de Tamatave (1845)
L'amiral français rapporte que la reine refusa toute négociation après le bombardement de 1845 et fit démanteler les comptoirs européens, ordonnant l'expulsion immédiate des résidents étrangers restants.
Mémoires du missionnaire William Ellis — 'Three Visits to Madagascar' (1858)
Ellis décrit la fermeté de Ranavalona face aux missionnaires anglicans : 'La reine déclara que la religion de ses ancêtres suffisait à son peuple et que nulle foi étrangère ne serait tolérée sur ses terres.'
Chants épiques Hainteny — poésie orale Merina (XIXe siècle (tradition orale))
Les hainteny composés sous son règne évoquent la reine comme 'Iaboriborivola', celle qui protège le pays comme la mère protège ses enfants, résistant aux vents venus de la mer.
Correspondance diplomatique française — Archives du Quai d'Orsay (1836)
Une dépêche de 1836 indique que la reine a promulgué un édit interdisant formellement à tout Malgache de se convertir au christianisme sous peine de mort, rendant toute mission européenne impossible.

Lieux clés

Palais de Manjakamiadana — Antananarivo

Résidence officielle de la reine au sommet de la colline royale d'Antananarivo, ce palais fut reconstruit en bois par des artisans malgaches en 1839. C'est depuis ce palais que Ranavalona gouverna Madagascar pendant plus de trente ans.

Tamatave (Toamasina)

Principal port de Madagascar sur la côte est, Tamatave fut le théâtre du bombardement franco-britannique de 1845. La résistance de ce port symbolise le refus de Ranavalona de toute ingérence étrangère par la mer.

Mantasoa

Ville industrielle fondée sous le règne de Ranavalona par l'ingénieur français Jean Laborde, où furent construites des forges, une poudrerie et des manufactures. Ce site illustre la politique de Ranavalona : acquérir la technologie européenne sans perdre la souveraineté.

Hautes Terres Merina (Imerina)

Région centrale de Madagascar, berceau du peuple Merina et cœur du royaume de Ranavalona. C'est ici que la reine trouva son soutien populaire le plus fort et où se perpétuèrent les traditions orales célébrant son règne.

Ambohimanga

Colline sacrée et ancienne capitale spirituelle du royaume Merina, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO. Ranavalona y renforça le culte des ancêtres royaux pour légitimer son autorité face aux influences étrangères.

Galerie

Ranavalona I

Ranavalona I

Wikimedia Commons, Public domain — Philippe-Auguste Ramanankirahina (1860-1915)

Madagascar ambassadors to England 1836-1837 - Henry Room

Madagascar ambassadors to England 1836-1837 - Henry Room

Wikimedia Commons, Public domain — Henry Room (1802 -1850)

Factories Laborde

Factories Laborde

Wikimedia Commons, Public domain — E. Colin et P. Suau,

Engineer Jean Laborde

Engineer Jean Laborde

Wikimedia Commons, Public domain — P. Roblet

Ancien site industriel de Jean Laborde Mantasoa

Ancien site industriel de Jean Laborde Mantasoa

Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Dalbergiaada

Profile portrait of king Radama II

Profile portrait of king Radama II

Wikimedia Commons, Public domain — P. Roblet

Head of the chief officer in the Embassy to Europe in 1835

Head of the chief officer in the Embassy to Europe in 1835

Wikimedia Commons, Public domain — William Ellis

Head of another member of the Embassy to Europe in 1835

Head of another member of the Embassy to Europe in 1835

Wikimedia Commons, Public domain — William Ellis

Raombana - David Griffiths and the Missionary History of Madagascar - p 66 2

Raombana - David Griffiths and the Missionary History of Madagascar - p 66 2

Wikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

Raombana - David Griffiths and the Missionary History of Madagascar - p 66

Raombana - David Griffiths and the Missionary History of Madagascar - p 66

Wikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

Voir aussi