Rani Lakshmibai
Lakshmî Bâî
1828 — 1858
Empire marathe
Reine de Jhansi (Inde centrale), elle devient l'une des figures les plus emblématiques de la révolte des Cipayes de 1857-1858 contre la domination britannique. Refusant l'annexion de son royaume par la Compagnie des Indes orientales, elle prend personnellement la tête des combats et meurt au champ de bataille à 29 ans.
Faits marquants
- 1828 : naissance à Varanasi (Bénarès) sous le nom de Manikarnika Tambe
- 1842 : mariage avec le raja Gangadhar Rao Newalkar, souverain de Jhansi — elle prend le nom de Lakshmî Bâî
- 1853 : mort du raja sans héritier direct ; la Compagnie des Indes orientales annexe Jhansi en appliquant la « doctrine de la déchéance »
- 1857-1858 : lors de la révolte des Cipayes, elle prend la tête de la défense de Jhansi contre les troupes britanniques
- 17 juin 1858 : mort au combat lors de la bataille de Gwalior, devenant une martyre et symbole de la résistance indienne
Œuvres & réalisations
Après la mort de son époux, la Rani assura personnellement la gouvernance de Jhansi, gérant finances, justice et défense. Cette administration fut saluée même par des contemporains britanniques pour son efficacité.
Dirigeant personnellement ses troupes sur les remparts, la Rani tint Jhansi face à une armée britannique supérieure en nombre et en équipement pendant plusieurs semaines, devenant le symbole de la résistance indienne.
La Rani rédigea plusieurs protestations officielles contre l'annexion de Jhansi, invoquant le droit hindou et les traités signés avec la Compagnie. Ces textes constituent un des premiers actes de résistance juridique à la politique coloniale britannique en Inde.
Ce poème en hindi, devenu l'un des textes les plus mémorisés des écoles indiennes, immortalisa la figure de la Rani Lakshmibai et contribua à en faire un symbole national du mouvement d'indépendance. Son vers célèbre : 'Khoob ladi mardani woh to Jhansi wali Rani thi.'
Anecdotes
Manikarnika Tambe, future Rani Lakshmibai, reçut dès l'enfance une éducation peu commune pour une fille de son époque : elle apprit l'équitation, l'escrime et le tir aux côtés des garçons de la cour peshwa de Bithur. Cette formation martiale, rare pour une jeune femme de haute caste au XIXe siècle, lui donna les compétences qui feraient d'elle une redoutable guerrière.
En 1853, son époux le maharaja Gangadhar Rao mourut sans héritier biologique. Avant de mourir, il adopta légalement un neveu prénommé Damodar Rao, en présence d'un officier britannique, afin d'assurer la succession. La Compagnie des Indes orientales refusa néanmoins de reconnaître cet héritier au nom de la 'doctrine de la caducité' et annexa le royaume de Jhansi en 1854. La Rani aurait alors déclaré : 'Meri Jhansi nahin doongi' — 'Je ne donnerai pas ma Jhansi.'
Lors de la chute de Jhansi en avril 1858, la Rani s'échappa de la forteresse assiégée en sautant les remparts à cheval, son fils adoptif Damodar Rao attaché dans son dos. Elle parcourut ainsi plus de cent kilomètres jusqu'à Kalpi pour rejoindre les forces rebelles. Cet épisode, rapporté par des témoins des deux camps, est devenu l'image la plus célèbre de sa légende.
Sir Hugh Rose, le général britannique qui mena la campagne contre elle, écrivit dans ses rapports officiels que la Rani était 'the best and bravest military leader of the rebels' — la meilleure et la plus courageuse des chefs militaires insurgés. Ce témoignage de l'ennemi lui-même contribua dès le XIXe siècle à forger sa réputation héroïque, y compris en Grande-Bretagne.
La Rani mourut au combat le 17 ou 18 juin 1858 près de Gwalior, vêtue en guerrière, l'épée à la main. Elle n'avait pas encore trente ans. Selon la tradition, ses partisans brûlèrent son corps avant que les Britanniques puissent s'en emparer, refusant que leur reine soit exposée à l'ennemi même dans la mort.
Sources primaires
La Rani conteste l'application de la doctrine de la caducité à Jhansi, rappelant que l'adoption de Damodar Rao a été effectuée conformément à la loi hindoue en présence d'un représentant britannique, et que le refus de reconnaître cet héritier constitue une injustice manifeste.
The Rani of Jhansi commanded her troops with great ability and personal bravery, and was the most dangerous of all the rebel leaders. She was remarkably brave and determined.
Récit de première main d'un brahmane de Nashik qui se trouvait à Jhansi et Gwalior durant la révolte. Godse décrit la Rani comme une femme d'autorité naturelle, admirée de ses soldats, qui dirigeait personnellement la défense des fortifications de Jhansi.
The Rani made a gallant defence of Jhansi, and when the town was carried by assault, she escaped with a body of cavalry and made her way to Kalpi, where she joined the rebel forces under the Nana Sahib.
Lieux clés
Forteresse imprenable du XVIIe siècle qui fut le siège du royaume de la Rani. Elle y organisa la résistance contre le siège du général Rose en mars-avril 1858 avant de s'en échapper.
Ville sainte sur les rives du Gange où naquit Manikarnika Tambe en 1828. Elle y grandit dans la cour du peshwa Baji Rao II en exil, où elle reçut son éducation martiale.
Ville-forteresse sur la Yamuna où la Rani se réfugia après la chute de Jhansi. Elle y rejoignit les autres chefs rebelles Tantia Tope et Rao Sahib avant de marcher sur Gwalior.
Ville où se déroula la dernière phase de la résistance. La Rani Lakshmibai y trouva la mort au combat le 17 ou 18 juin 1858, à moins de trente ans.


