Rusalka

Roussalka

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MythologieCultureAvant J.-C.Folklore et mythologie des peuples slaves, transmis oralement depuis l'époque pré-chrétienne et perpétué jusqu'à l'époque moderne

La roussalka est un esprit aquatique féminin du folklore slave, souvent représentée comme une jeune femme aux longs cheveux hantant rivières, lacs et étangs. Selon les traditions, elle serait l'âme d'une noyée ou d'une jeune fille morte avant le mariage, attirant les hommes vers les profondeurs.

Questions fréquentes

La roussalka est un esprit aquatique féminin du folklore slave oriental, souvent décrite comme l'âme d'une jeune fille morte avant le mariage, notamment par noyade. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle appartient à la catégorie des « morts impurs » (zalojnye pokoïniki), selon l'ethnographe Dmitri Zelenine (1916) : des défunts disparus avant l'heure, qui n'ont pas accompli leur destin terrestre. Contrairement à une simple créature maléfique, elle incarne à la fois la séduction et le danger, attirant les hommes vers les profondeurs par son chant et sa beauté. Sa figure varie selon les régions : hideuse dans le nord de la Russie, belle jeune femme aux cheveux dénoués en Ukraine.

Faits marquants

  • Esprit féminin des eaux issu de la mythologie slave pré-chrétienne, vénéré avant la christianisation des peuples slaves (autour du 9e-10e siècle).
  • Associée aux âmes de jeunes femmes noyées ou mortes avant le mariage, selon les croyances populaires.
  • Célébrée lors de la 'semaine des roussalki' (Roussalnaïa nedelia), fête liée au cycle agraire et au printemps.
  • A inspiré de nombreuses œuvres artistiques, dont l'opéra 'Rusalka' d'Antonín Dvořák (1901) et des poèmes de Pouchkine.
  • Figure ambivalente : tantôt séductrice dangereuse entraînant les hommes vers la noyade, tantôt esprit protecteur de la fertilité des champs.

Œuvres & réalisations

« Roussalka », drame d'Alexandre Pouchkine (1829-1832 (publié 1837))

Drame en vers inachevé : une fille de meunier, séduite et abandonnée par un prince, se noie et devient reine des roussalki, source de nombreuses œuvres ultérieures.

« La Nuit de mai ou la Noyée », nouvelle de Nicolas Gogol (1831)

Récit fantastique des « Veillées du hameau » qui fixe l'image populaire de la noyée devenue roussalka dans la littérature russe.

« Roussalka », opéra d'Alexandre Dargomyjski (1856)

Premier grand opéra russe inspiré du sujet, adapté du drame de Pouchkine, jalon de l'opéra national russe.

« Rusalka », opéra d'Antonín Dvořák (1901)

Chef-d'œuvre lyrique tchèque dont le « Chant à la lune » compte parmi les airs d'opéra les plus célèbres au monde.

« La Chanson de la forêt », drame de Lessia Oukraïnka (1911)

Drame féerique ukrainien mettant en scène la Mavka, esprit des forêts proche de la roussalka, classique de la littérature ukrainienne.

« Les Conceptions poétiques des Slaves sur la nature », d'Alexandre Afanassiev (1865-1869)

Monumentale étude de mythologie comparée qui rassemble et analyse les croyances slaves, dont celles relatives aux roussalki.

« Essais de mythologie russe », de Dmitri Zelenine (1916)

Étude ethnographique de référence qui rattache scientifiquement les roussalki au culte des « morts impurs ».

Anecdotes

Pendant la « semaine des roussalki » (roussalnaïa nedelia), juste après la Pentecôte, les villageois slaves de l'Est évitaient de se baigner ou de travailler aux champs : on croyait que les roussalki sortaient de l'eau pour danser dans les bouleaux et pouvaient entraîner les imprudents vers le fond. Les jeunes filles accrochaient des couronnes et des morceaux de toile aux branches pour apaiser ces esprits.

Pour clore cette semaine, on pratiquait le rite des « adieux à la roussalka » (provody roussalki) : une jeune fille ou un mannequin de paille déguisé en roussalka était promené dans le village, puis « noyé » dans la rivière ou déchiré dans les champs. Les paysans pensaient ainsi renvoyer les esprits dans l'eau et garantir l'humidité nécessaire aux récoltes.

Selon les régions, la roussalka changeait de visage. Dans le nord de la Russie, le folklore en faisait une morte hideuse et hostile ; en Ukraine et dans le sud, elle devenait une belle jeune femme aux cheveux dénoués qui séduisait les voyageurs. L'ethnographe Dmitri Zelenine montra, en 1916, qu'elle appartenait aux « morts impurs », ces défunts disparus avant l'heure.

D'après de nombreux contes, la roussalka tuait ses victimes en les chatouillant jusqu'à la mort ou en leur posant des devinettes mortelles. On disait aussi qu'elle ne devait jamais laisser ses cheveux sécher, car l'eau était sa force vitale.

Le compositeur tchèque Antonín Dvořák rendit la roussalka mondialement célèbre avec son opéra Rusalka (1901), où l'esprit des eaux chante au clair de lune le fameux « Chant à la lune » (Měsíčku na nebi hlubokém) pour confier son amour d'un humain.

Sources primaires

Antonín Dvořák et Jaroslav Kvapil, opéra « Rusalka », « Chant à la lune » (1901)
« Měsíčku na nebi hlubokém, světlo tvé daleko vidí » — « Lune dans le ciel profond, ta lumière voit au loin, tu erres par le vaste monde et regardes dans les demeures des hommes. » La roussalka supplie la lune de dire son amour au prince.
Alexandre Pouchkine, drame « Roussalka » (1829-1832 (publié 1837))
Le meunier reproche à sa fille : « Voilà bien comme vous êtes, jeunes filles, toutes écervelées… » Séduite puis délaissée par un prince, elle se jette dans le Dniepr et devient reine des roussalki.
Nicolas Gogol, « La Nuit de mai ou la Noyée » (Veillées du hameau) (1831)
Une demoiselle persécutée par sa belle-mère sorcière se noie dans l'étang et devient la reine des roussalki ; elle demande au héros de reconnaître la sorcière dissimulée parmi les esprits qui jouent au bord de l'eau.
Dmitri Zelenine, « Essais de mythologie russe : les morts de mort non naturelle et les roussalki » (1916)
Zelenine classe les roussalki parmi les « morts impurs » (zalojnye pokoïniki) : jeunes filles noyées ou mortes avant le mariage, qui n'ont pas accompli leur destin et hantent les eaux jusqu'au terme normal de leur vie.
Lessia Oukraïnka, drame féerique « La Chanson de la forêt » (Lісова пісня) (1911)
La Mavka, esprit ukrainien des forêts et des eaux proche de la roussalka, s'éprend du jeune paysan Loukach ; le drame oppose le monde des hommes et celui de la nature enchantée.

Lieux clés

Le Dniepr

Grand fleuve d'Ukraine, cadre du drame de Pouchkine ; ses rives et ses gouffres sont, dans le folklore, le royaume des roussalki.

La Polésie

Vaste région de marais et de forêts entre la Biélorussie et l'Ukraine, considérée comme un foyer majeur des croyances aux roussalki.

La Volga

Plus grand fleuve d'Europe, dont les villages riverains entretenaient de nombreux récits d'esprits des eaux.

Le lac Svitiaz

Lac le plus profond d'Ukraine, en Volhynie, entouré de légendes de jeunes filles noyées et d'esprits des eaux.

Le Théâtre national de Prague

Lieu de création de l'opéra « Rusalka » de Dvořák en 1901, qui fit entrer la roussalka sur les grandes scènes lyriques.

Voir aussi